‹ Commentaires et lettres (volume 2)Chapitre 110 sur 158 · INSTRUCTION BAILLEE A MONSIEUR DE LIOUX · texte numérisé non relu

INSTRUCTION BAILLEE A MONSIEUR DE LIOUX

CHEVALIER DE l'oRDRE DU ROY ET GOUVERNEUR DE PIGNEROL, POUR LA REMONSTRER AU ROY ET A LA ROYNE, DU XV"^ DE CE MOYS'.

[Bordeaux, 15 avril 1563.J

Fault qu'il face entendre à leurs Majestés comme le seigneur de Saincte Colombe ^ arriva le vendredy sainct en ceste ville de Bourdeaulx^ avec les pattentes et commandement du roy de faire publier en la court l'édict de la paix.

Et pour ce faire monsieur de Monluc a faict assembler le samedy, veille de Pasques^ jour extraordinaire et de vaccation, messieurs de la court de parlement pour entendre l'intention et commandement du roy, pour deux raisons : l'une pour ce qu'il est expressément porté par les instructions du dict sieur de Saincte Colombe de faire promptement et diligemment publier la dicte paix, de faict que les estrangiers estoient sur la frontière, attendans l'asseurance que les courts des parlements eussent publié la dicte paix. L'aultre poiu* ce que le dict sieur de Saincte Colombe a donné advis à monsieur de Mon-

1 . Cette pièce n'est pas auti'ement datée, mais la letti'e précédente nous permet de compléter sa date.

2. Antoine de Lomagne de Terride, seigneur de Sainte-Colombe t. III, p. 178, note 2). Il fut chargé de rapporter à Monluc une lettre de la reine, qui témoigne des efforts inouïs de cette princesse pour pacilier le royaume de son fils. Une copie de cette lettre, malheureusement sans date, est conservée dans la coll. Saint- Germain fr., vol. 689, 6, f° 472.

lue que le rov envoyoit le seigneur de Caylus^ pour la faire publier à Thoulouze; et^ pour luy faire trouver les choses plus aysées dans la dite ville de Thoulouze, a esté faict la dicte assemblée du parlement de Bourdeaulx.

Qu'il a esté débattu si à tel jour se devoit faire la dicte publication, néanmoyns, pour les considérations susdictes, elle a esté publiée et enregistrée suyvant l'intention et commandement du roy.

Ce jourd'huv mesmes, estant la dite court de parlement assemblée, est arrivé l'abbé du Mas, avec instructions de monsieur le cardinal d'Ai-maignac pour les aller faire entendre à sa Majesté, lequel le dict sieur de Monluc a retenu avec ung double de ses instructions qu'il a baillées à monsiem' de Lioux. pour les monstrer à leurs Majestés. Par icelles l'on pomTa veoir les actes abominables qui se commettent jomuiellement, partie en la haulte Guienne, partve en pays de Languedoc, et es environs de Thoulouze.

Et de tant que ceuk de la religion sont en telle horreur à ceulx de la dicte ville, pour les mizères passées qu'ilz ont enduré, avant que le dict sieur de Caylus y aiTive, il a semblé au dict sieur de Monluc qu'il estoit expédient pour le service du roy renvoyer le dict sieur abbé du Mas pour faire entendre à monsieur le cardinal d'Ai^maignac, aulx sieurs de

1 . Antoine de Le\is, comte de Caylus, baron de Villeneuve et de la Penne était protestant. Il avait rempli la charge de lieutenant des cent geutilshomes de la maison du roi sous le grand écuyer Boisy. Il devint plus tard chevalier des ordres du roi, capitaine de cinquante hommes d'armes et sénéchal de Rouergue.

la court de parlement et cappitoulz de la dicte ville la pii]3lication faicte en la court du parlement de Bourdeaulx et comme tous les estais se sont accommodés et dëpoillés leurs affections, et obéyr et approuver la dicte publication; affni que, attendant la venue du dict seigneur de Caylus, ceulx de la dicte ville de Thoulouze ayenl loisir de se paciffier et dépoiller de lem^s passions et qu'il soit plus aysé aux ministres du roy de parfaire son commandement et plaisir.

Pour les affaires de la Guienne est besoing que le dict sieur de Lioux fasse entendre à leurs Majestés les troubles, les désordres, viollences et meurtres qui se commettent journellement tant à Mussidan, aux fi'ontières de Béarn, de Xaintonge, que ailleurs, au gouvernement du dict sieur de Monluc, soubz l'espérance de la rémission qu'ils se promettoient par la paix. Pom' à quoy remédier, fault nécessairement que sa Majesté renvoie le seignem' d'Escars, gouverneur de Bourdeaulx^, sur le lieu, affin que le dict sieur de Monluc aye moien de ce pouvoir promener par les villes de son gouvernement, où il sera besoing et nécessaire qu'il aille pour amortir les querelles, faire maintenir la paix et pugnir les infracteurs d'icelle. Ce que le dict sieur de Monluc ne pourra faire que bien fort mal ay sèment, de tant qu'il n'a nulle force en la Guienne que sa compaignie de quarante hommes d'armes, qui ne pourront

1. François d'Escars avait été nommé gouverneur de Bordeaux après la mort de Antoine de Noailles. Cependant les lettres patentes qui lui confiaient cette charge ne sont datées que du 24 mai 1 o63 et ne furent enregistrées au parlement que le 22 juin suivant (coll. Çlérambault, vol. 28o, f° 113).

estre suffisante force pour contenir le peuple en office pour plusieurs raisons.

Et entre autres est à considérer que une inimytié si grande^ qu'est entre les deux pai^tialitës, ne se pourra si promptement amortir et joindre en accord et bienvalliance pour vivre soubz l'obéyssance du roy et paciffication; ce que pourra aysément empesclier la casserie récente des compaignies de gens de pied du cappitaine MonluC;, lesquels, se voyant mal payés et renvoyés dans leurs maisons, pourront monoppouler et entreprendre quelque nouveaulté et faire des factions très préjudiciables. Et comme par la force de la gendarmerie, qui estoit naguères en Guienne, le dict seigneur de IMonluc a rompu deux ou trois foys les ennemys du roy et contraincts d'abandonner la Guienne, à présent il se voit frustré et de force et de moien pom^ commander à l'un et à l'autre parti.

De tant que à présent la compaignie de chevaulx légiers du cajDpitaine Monluc est cassée; et depuis sept ou huict mois la compaignie du feu roy de Navarre, celles de monsieur de Nemours et de monsieur le marescbal de Termes ont esté non seulement houstées à ce pays, mais données en partye aulx princes et seigneurs demourant en France, et en pai'tve à d'autres, qui sont de la religion, tellement qu'il y a deux ou troys cens gentilzhommes de ces compaignies, tous Gascons, qui, se voyant donnés à personnes d'autre religion que la leui^ et contre laquelle ilz ont combattu, et esloignés de leurs maisons sans estre baillés à cappitaines de leur pays et nation, estans eux apouvris et ruynés pour la des-

pence faicte ses guerres passées, et n'ayant moien de sortir hors de leur pays et maisons et se maintenir en ëquipages, sont contraincts la plus grand part y demeurer sans parti qui leur soict agréable, mal contents et ruynés de tous poincts. Qui faict craindre monsieur de Monluc qu'avec tant d'espritz gaillards, qu'il y a par tout ce pays, qu'il ne se dresse des factions, se joignant aux ligues passées de l'un ou l'autre parti, ou qu'ilz en dressent de toutes nouvelles.

Pour à quoy remédier, quand il adviendroit, il souviendra à monsieur de Lioux faire entendre le besoing que a monsieur de Monluc d'avoir des forces entretenues, tant de pied que de cheval, en ceste ville et autres lieux de la Guienne; et par exprès a-il besoing d'une bonne garde ^ pour exécuter ses commandemeris contre le premier qui vouldra innover quelque chose.

Et en cest endroict aura souvenance monsieur de Lioux de remonstrer bien amplement si ledict sieur de Monluc se doibt fyer à ceulx de la religion pour se faire oi^éyr à ceulx du parti contraire, et s'il est raysonable aussi qu'il preigne de ceulx qui ont tenu le paiti du roy pour punir ceulx de la religion. Et fault considérer que, si cella se faict, il s'en pourra ensuivi^e une grande sédition.

Aura souvenance du propos du cappitaine Renung, comme il aurra aussi d'Agen et Lectoure, ensemble de l'article de la lettre de Martinau, où il dict que

1 . Le roi autorisa Monluc à avoir une garde particulière de trente hommes de pied et de vingt arquebusiers à cheval (minute d'avril lo63; coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 9, P 201). A la même époque Burie obtint la même faveur.

de plus grandes inymytiés se sont appaisées; ce qui seroit bien aysé du cousté dudict sieur de Monluc, s'il n'avoit jà expérimenté combien sont différantes les voluntés de celluy qui est comprins en la lettre et de luy au service de leurs Majestés.

Am^a souvenance monsieur de Lioux de faire entendre à leurs Majestés l'extrême despence où ledict sieur de 3Ionluc est constitué, le peu de moyen qu'il a d'v fornir et comme il est mal aysé qu'il puisse estre suivv honorablement, comme mérite la charge qu'il a, de tant que, depuis les longs et notables services qu'il a faicts, il n'a esté nulement recongneus; et moins a-il esté grattiffié d'aucun estât pour en honorer ses enfants, gendre ou autres, ses parens et amys, que l'ont suivy et hasardé leurs vyes et biens pour le service de sa Majesté.

Par quoy il se souviendra de le démonstrer, et le peu d'occasion que a ledict sieur de Monluc de se contenter et réjouyr en sa vieillesse des estats et récompenses, qui ont esté faictes à luy ny aulx siens, après avoir faict tout ce que pourroit un de ses plus affectionnés et fidèles serviteurs du roy; de quoy il n'est si mal content poui' son particulier comme pour l'oppinion que peuvent prendre ses ennemys de l'en estimer indigne, et les estrangiers d'en penser ce qu'ilz vouldront.

Et pour faire fin, aura souvenance de dire à la royne qu'il luy plaise de commander à monsieur de Burye se retirer en son gouvernement *, car ledict sieur de Monluc s'est deschargé du tout.

1 Burie était à la cour, en vertu d'un congé obtenu du roi,

Il ^st besoing a monsieur de Lioiix de parler à la royne du personnaige qu'il scait, lequel le seigneur de Monluc n'a jamais si bien congneu que aujourd'huy : si est-il suffisant pour renverser sens dessus dessous tout un royaulme. Par quoy il est besoing d'avoir déclaration de l'article qui s'ensuit.

Que en toutes les villes, èsquelles la dite religion estoit, jusques au septiesme de ce présent moys de mars, exercée, oultre les autres villes qui seront, ainsi que dict est, particulièrement espéciffiées des dicts bailliages et sénéchaussées, le mesme exercice sera continué en un g lieu ou deux de la dicte ville, tel ou telz que par nous sera ordonné, sans que ceulx de la dicte religion puyssent s'ayder, prendre nv retenir aulcun temple ny église des gens ecclésiastiques S Par lequel il a voulu faire entendre qu'il estoit permis de prescher en la ville de Bourdeaulx et par consecquant en tous lieux, où il a esté cy-devant presché, chose qui est toute contraire à l'édict et traicté de la paix; par quoy il est nécessairement besoing que le roy et la royne fassent déclaration telle qu'ilz n'entendent qu'il soit presché que aux villes qui estoient occupées le septiesme de mars et non ailleurs; autrement il sera impossible d'avoir

depuis le mois de décembre précédent (coll. Saint-Germain fr., vol. 687, 7, P 438).

i . Une ordonnance royale avait énuméré les villes où l'exercice de la religion réformée devrait être toléré et avait spécifié qu'elle ne pourrait être prêchée que dans les faubourgs, (Mémoires de Condé, t. IV, p. 33(5.) On conserve à la Bibliothèque impériale une copie plus complète de cette ordonnance (coll. Gaignières, vol. 39?, f" 177).

que troubles, séditions et renversement de tous estats et villes. Et puisque la chose est si importante, il est requis de promptement y satisfaire et, ce faisant, sans aulcun doubte la publication de la paix s'en sui^Ta par toutes les villes, et par exprès dans Tlîoulouze, sans aucune contradiction.

Il seroit bien grand besoing qu'il fut escrit par exprès au dict personnaige de ne se mesler de vouloir interpréter la volonté du roy autrement qu'elle a esté arrestée par le conseil du dict seigneur, et l'advertir qu'il se garde de innover chose aulcune ny comporter plus l'ung que l'autre \

Il est besoing que le dict sieur de Lioux asseure la royne que, depuis la paix, comme luy-mesmes a veu, l'on n'a aulcunement poursuivy ny parfaict aulcune association et asseurer leurs Majestés que aulcun du corps de la court n'y a jamais assisté ny poursuivy, et que celluy qui a donné cet advis l'a donné tout contraire au devoir et repos des bons serviteurs du roy^

1. Il est difficile de de^iner de qui pai'le Monluc.Nous croyons cependant qu'il désigne le premier président Lagebaston. Ce magistrat venait d'être l'objet d'une dénonciation en plein parlement. Voyez Y Histoire de Bordeaux de dom Devienne, t. I, p. 143.

2. Il semble que la ligue des catholiques Bordelais et Gascons ait été dénoncée au roi par le président Lagebaston, et que cette dénonciation ait été la cause première de la haine que'les catholiques ne cessèrent de porter à ce magisti\it. Les signataires de la ligue n'avaient pas reçu sans ojîposition l'ordre de se dissoudre. Au mois d'avril le clergé écrivit au roi pour lui représenter que leur association n'avait rien de menaçant pour sa com'onne et que, puisqu'ils ne pouvaient combattre les réformés à aiMîies égales, ils demandaient l'autorisation d'aller %àvre hors du royaume (coll. Saint-Germain fr., vol. 689, H, f 381).

Après que le dict sieur de Lioux aura remonstré à la royne toutes ces cboses, monsieur de Monluc le prie supplier la royne vouloir entendre sa requeste, la vouloir accepter, comme venant de personne qui ne vouldroit au roy ni à elle, et aimeroit mieulx mourir que faillir aulcunement à leur service. Toutefois sa vieillesse, son indisposition et maladie, le grand tourment qu'il a en ceste charge, à laquelle il ne peult satisfaire sans bientost se perdre et tomber en telle ruyne et maladye, qu'estant de l'âge qu'il est, il luy seroit impossible d'en relever jamais. Et à ceste occasion il prie, après avoir faict publier la paix, avoir bien conduict ceste affaire au contentement du roy et de la royne, qu'il plaise à leurs Majestés permettre qu'il se retire en sa maison, passer ce peu de jours qu'il a à vivre en quelque repos et recongnoissance de sa vye passée; et leur faire entendre qu'il ne sera que meilleur d'y envoyer ung que puisse et saicbe mieux faire que luy et qui contienne esgalement l'une et l'autre religion en crainte et justice.

Ledict seigneur de Lioux pourra en oultre asseurer leurs Majestés que le dict sieur de Monluc ne fauldra de faire tout le debvoir de fidelle serviteur et bon suject, et au besoing mettre toutes les peynes et offices qu'il pourra pour contenir ceulx desquels il a tenu le parti, pour les faire soubsmettre à toute obéyssance qu'ilz doyvent rendre à sa Majesté.

Il est requis que ledict seigneur de Lioux se souviegne du maria ige qui luy a esté dict, et de toutes les autres particularités que ledict sieur de Monluc et luy ont discouru ensemble.

Souviendra aussi audict sieur de Lioux de remonstrer à la royne que je ne demande pas congé de me retirer pour ceste heure^ sinon d'icy quatre moys^ dans lequel temps j'espère^ avec l'ayde de Dieu^ prendre tant de peyne à faire conserver la paix, suivant son vouloir et intention, que sa Majesté cognoistra qu'il n'y aura rien d'espargné.

De Monluc.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

[Bordeaux, 16 avril 1563]

Madame, ce porteur s'en va vers vostre Majesté, dépesché de la part de monsieur le cardinal d'Armaignac*, m'a trouvé encor icy, attendant vos commandements de la response de ce que je vous ay

escript, tant pour la^ mon frère et pour le cappi-

taine Lamotlie, à quoy je vous supplie très humblement promptement me respondre, afin queje sache ce que j'ay à faire de ces compaignies de gens de pied, pour la grand faulte de vivres en quoy nous sommes, car ung jour est plus que ung mois en autre temps'.

i . Par ce porteur le cardinal d'Armagnac envoyait à la reine une lettre qui a été publiée dans l'Histoire du Languedoc, t. V, Preuves, col. t4S.

2. Lacune dans notre copie; probablement : pour la compagnie de..,.

3. Le roi répondit à cette demande qu'il aurait préféré licencier toutes les compagnies dernièrement levées, mais que cependant.

Vous verrez tout ce que vous mande le dict sieur cardinal^ des grands désordres qui se font autour de Tholoze, pour faute que monsieur de Caylus ny le gentilhomme, que monsieur le prince de Condé doibt envoyer avecques luy, ne se présentent avec les articles de la paix, ny celluy-là^ qui devoit venir avec le cappitaine Sainte Collumbe, n'est encores comparu ne nouvelles de luy, dont le dict cappitaine Sainte Collumhe est sur le point s'en retourner vers vostre Majesté^ car il a desjà liuict jours qu'il est icy. Tout le monde en ceste ville est en paix. J'ay faict rentrer tous les Huguenaulx, lesquels m'ont tous promis de vivre en bonne paciffication. Si vous m'eussiés envoyé icy ung gouverneur, comme je vous en ay supplié plusieurs fois voulloir faire promptement, je feusse couru jusques à Tholoze pour y donner le meilleur ordre que j'eusse peu; mais je n'ose bouger d'icy, de tans qu'il n'y a personne que moy, et aussy que j'attends la response de ceulx que je vous ay envoyés; je dépesche tout à ceste heure ung homme en poste pour faire marcher mes compaignies vers Tholoze \

si Monluc le jugeait nécessaire, il l'autorisait à garder sous les armes tel nombre de soldats qu'il jugerait indispensable (Minute d'avril 1S63; coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 9, f 201). Cette décision avait été combattue par le parlement de Bordeaux. Le 6 avril précédent il avait écrit au roi pour lui conseiller un désarmement général (coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 9, f° 157).

1 . Depuis l'annonce de la paix les réformés s'étaient saisis de Pamiers, où ils avaient commis d'épouvantables désordres, d'Auriac et de Buzet, trois villes peu éloignées de Toulouse; ils menaçaient les cités environnantes (Lettre du parlement à la

Madame^ je vous ay escrit plusieurs fois de faire aller chascung gouverneur en son gouvernement et principallement en Languedoc. Si vous ne me croyiés, vous ne serez jamais en repos, car je voys à l'œil ce que vous ne voyez pas. J'entends que monsieur de Burie, après avoir accepté l'autre partie de ce gouvernement*, s'en va devers vous, et tout ce quartier, qui luy est demeuré, est en sédition, et au moyen n'y a ung seul homme qui bouge; par quoy je vous supplie très humblement. Madame, que, puisqu'il vous a faict tant d'instances à vous bailler ce gouvernement, que vous luy envoyez promptement pour y faire son devoir; car pour moy je ne veulx point estre son valet ny d'autres que du roy et de vous; et feray mon devoir en la charge que m'avez donnée, et espère vous en rendre bon compte, aydant nostre Seigneur, auquel je supplie qu'il vous doinct, Madame, très longue vie et très longue heureuse santé.

A Bordeaulx, le XVF^ d'avril 1563.

Vostre très humble et très obéissant sujet et serviteur.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

reine du 13 avril 1S63; coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 9, f° 180).

1 . Le gouvernement de Guyenne avait été partagé entre Monluc et Burie, au grand de'sespoii' de IMonluc,

[Bordeaux, k mai 1563.]

Madame, dimanche dernier je assemblés à la maison de la ville tous les juratz et grandz personnaiges de ceste ville en grand nombre, où j'ay mené monsieur de Vaillac avecques moy et plusieurs gentilzhommes ; où je leur feiz une remonstrance qui promptement fut mise par escript, que je vous envoyé*. S'il vous plaisoit la faire veoir au conseil du roy et vostre, ou bien la vous faire lire devant, et adviser si trouverez bon que je face la mesme remonstrance par toutes les villes de mon gouvernement, et s'il vous semble y faire adjouster quelque chose, me mander promptement afin que j'ensuive vostre volunté^. Et après l'avoir receu, je le manderav à Tholoze, si vous trouvez bon que les affaires de la paix cheminent de ceste sorte.

Mon frère vous dira d'autres choses que je luy ay escript, pour ne vous donner peyne à lire si longues lectres.

Monsieur de Vaillac vous envoyé ce porteur, pour le faict du gouvernement de ceste ville. Je vous puys asseurer que je n'ay cogneu à l'endroict du dict sieur de Vaillac, sinon toute l'affection et volunté que ung vray subject et serviteur doyt porter à sa Majesté et vostre. Qui sera fin, après vous avoir

Page 1