‹ Commentaires et lettres (volume 2)Chapitre 117 sur 158 · IV — J · texte numérisé non relu

IV — J

Aucun* à mettre les

ministres dans les terres qui sont dans la souveraineté du roy, et ne le fera, cai' on lui a mandé que le roy ne le permettra.

monstrera plus amplement.

Plus qu'elle Commence à tenir ses Estais pour mettre les vmaiees hors les églises de Béarn et pour abatre et abolir la messe; et, après avoir fait cella, elle s'en vient à Nérae pour favoriser sa religion par toutes ses terres et y mettre ministres, comme ma dicte dame pourra veoir par la pattente, et aussy pom' m'arracher Lectoure d'entre les mains. Et si elle le comporte, le pays est perdu, à quoy ne suis délibéré de luy bailler sans que leurs Majestés et tout leur conseil n'ayent entendu les affaires, et passés par le conseil du roy, et après m'en mander leur volonté et commandements avecques patentes, affin que, venant la perdiction et ruyne du pays, comme elle sera si

i 11 manque peut-être : n'est autorisé.

une fois elle tient ceste place, et au temps advenir, quant le roy sera d'eaige, je n'en puisse estre reprins. Et pour cest effect j 'envoyé au cappitaine Monluc qu'il s'aille mettre dans la dicte ville de Lectoure , aveeques nombre de gentilzhommes, jusques à ce que j'aye en la manière que dessus le commandement du roy.

On a avisé et on en met- Plus la suppliera que

tia un autre. promptement elle pour-

voie au gouvernement de ceste viUe*, afin que je m'en aille au pays de

1. On a vu Monluc, dans sa dépêche du to avril (p. 207), se plaindre au roi de la faveur nouvelle qu'il venait de faire à François d'Escars en lui donnant le gouvemiement de Bordeaux. Dans l'instruction du 19 mai il supplie la reine de pourvoir à la vacance de cette charge. Nous devons expliquer cette contradiction apparente. Antoine de NoaUles, gouverneur de Bordeaux, était mort le 2 mars lo63. François d'Escars demanda cette charge et l'obtint ; mais l'expédition des lettres patentes fut retardée : elles ne furent signées que le 24 mai (coll. Clérambault, vol. 283, f'^ 113). Ce retard fit croire à Monluc que le roi avait révoqué un choix qu'il avait combattu. En effet de nouveaux compétiteurs, dont l'un suscité par Monluc lui-même, surgirent : le fils d'Antoine de Noailles, son gendre, et Jean de Vaillac se présentèrent. Vaillac exerça même cette charge pendant quelque temps sur une commission de l'auteur des Commentaires (lettre

hault donner ordre aux

affaires avant la venue de

la dite royne.

Cela se fera le plus tost Plus qu'elle envoyé

qu'il sera possible. promptement les compai-

gnies d'hommes d'armes qu'elle doyt envoyer par deçà, et qu'elle oste la compaignie de monsieur le prince de Navarre de ce pays, et la mectre au bas Lymosin, afin qu'elle ne favorise rien à l'entreprinse de la dicte dame; et au lieu de celle-là je mectray les compaignies qui viendront.

La roine estimera et con- Plus que je ne voy ré-

duira ce faict le plus à pro- mède aucun en ce fait, pos qu'elle pourra. sinon qu'elle l'envoyé

quérir et les deux autres personnes , que cy-devant je luy ay nommés, et qu'elle les tienne auprès d'elle ou bien à Vendosme, hors du pays; et ce faict je ne craings pas qu'avecques l'auctorité du roy je ne change le de-

de Vaillac au roi, du 4 mai; coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 9, f 2.^8).

DE BLAISE DE MONLUC. 24j

meurant selon la volante et intention de sa Majesté *.

Plus luy remonstrera qu'il ne touche pas à moy lui donner conseil comme elle se doibt entretenir en amityé avecques le pape et le roy d'Espaigne, mais luy remonstrera seullement , pour en avoir souvenance et et qu'elle cognoisse ce que je pense au loing et pour le temps advenir, que, si elle endure cecy à la royne de Navarre*, elle monstrera évidem-

\. Peu de temps api'ès le roi jugea prudent de suivre le conseil de Monluc et d'appeler la reine de Navarre à la cour. Jeanne se rendit à cette invitation. Voyez une lettre de cette princesse au connétable, du mois de décembre 1S63 (f. fr., vol. 3152, f» 25).

2. Peu après cette époque, le 28 mai 1563, Catherine écrivit à Monluc pour lui ordonner de traiter la reine de xN'avarre avec respect, mais avec la plus grande fermeté. Catherine ne veut pas que les prêches s'étendent au delà des lieux stipulés par l'édit ; elle menace la reine de Navarre de toute la vengeance du roi d'Espagne ; et, pour donner plus de crédit aux reproches de Monluc, elle l'autorise à montrer sa lettre à Jeanne d'Albret. La lettre de Catherine tomba entre les mains d'un secrétaire béarnais, nommé Colon, vendu au roi d'Espagne. Colon en prit copie et la fit passer à Martinez Descurra, qui nous l'a conservée dans une de ses dépêches (Arch. de l'empire, R. 1499, n" 81).

ment au roy d'Espaigne qu'elle estime plus Famityé de la dicte royne que la sienne; et d'autre part le pape n'en fera que, vous en étant adverty, ce qu'il fera. Et à ce ne fault faire aucun doubte, car le clergé de toute part de la Guienne commence à crier. Et Tholoze est plain d'Italiens, banquiers, et les viccaires de monsieur le cardinal de Ferrare et du cardinal Farnèze, qui sont en ce pays, ne peuvent faire de moins que d'en advertir ; et croy que monsieur le cardinal d'Armaignac, estant des principaulx de l'Eglise, n'en pourra faire de moings*.

Plus luy remonstrera l'eaue béniste que mon-

1. Les prévisions de Monluc e'taient justes. Le 28 septembre. Pie IV promulgua un Monitoire qui citait la reine de Navarre à la barre du saint-office. La cour de France protesta avec tant d'énergie contre cet acte menaçant que le souverain pontife ne lui donna aucune suite. Ce Monitoire et la réponse du roi ont été publiés dans les Mémoires de C oncle , t. IV, p. 669 et suivantes.

sieur de Burie mande donner par son secrétaire par les villes de son gouvernement^ qui est qu'il prie ung chaseun de vouUoir se maintenir honnestement^ les uns avecques les aultres, avecques toute modestie et amityé fraternelle, attendant qu'il ayt esté baiser les mains à sa Majesté pour luy monstrer qu'il a encores ung bon cœur dans le corps pour luy faire service, et que, après son retour, il les viendra veoyr et visiter. Et voilà ce qu'il feit au commencement, que, avecques toutes ces doulceui's, il gâta tout le potaige. Et cependant il a enduré que, à l'isle d'Alvert ^, en Marempnes, se soit tenu sinode. Et y avoit envoyé le mesme secrétaire pour les divertir avecques ses La royne en escript à doulces prières. Et le lenmonsieur de Burie afin qu'il demain qu'il leur eust

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