A LA ROYNE, POUR LES AFFAIRES DE GUYENNE
[Octobre ou novembre 1563?']
Ledict sieur de IMonluc suplie très humlDlement vostre Majesté, Madame, ordonner que les six compaignyes de gens de pied et celle de cent chevaulx légers du cappitaine 3Ionluc, son filz, qu'il a retenues jusques icy pour le service du roy et vostre ; lesquelles ont servy quatre moys durant et plus, sans avoii' eu que cinq cens li^TCs pour compaignye, soient payées pour le moins pour deux moys, en leur rabatant la dicte somme de cinq cens li^Tcs, lorsqu'elles seront licenciées et cassées ; qui sera si tost que la gendarmerie sera arrivée en Guyenne*. Et fault aussi paier par mesme moyen troys autres compaignyes de gens de pied qui sont en garnison, il y a plus de huict mois, l'une à Mont de Marsan et les deux autres à Bom^deaux ; ensemble les morte payes
1 . Ce mémoire et le suivant sont rémiis sur une même copie, an dos de laquelle on lit : Mémoire pour les affaires du roy en Guyenne et du s. de Monluc. Ils ne sont pas datés, mais ils nous paraissent appartenir l'mi au mois d'octobre ou de novembre, l'autre au mois de novembre ou de décembre de l'année 1563. ^ous énumérons nos raisons dans les notes ajoutées à ces deux documents.
2. Ces compagnies avaient été levées au mois de mars ou d'avril (Rapport au roi du 6 a\Til; coll. Saint-Germain fr., vol. 689. 9, f" 157). Vovez aussi la lettre de Monluc du 16 avril, p. 216, note 3. L'auteur des Commentaires vient de dire que ces compagnies avaient servi quatre mois et plus , ce qui n'attribuerait ce mémoire qu'au mois d'août ou de septembre.
DE BLAISE DE MONLUC. 28t
des chasteaux diidict Bourdeaux^ ausquelles il est deu plus d'un an entier. Autrement, qui ne les paiera, bientosl ilz abandoneront les dicts ville et chasteau ; ce qui seroit très grand préjudice au service du roy : par ainsi, Madame, il vous plaira y avoir esgard *.
Sera aussi le bon plaisir de vostre Majesté faire délivrer commission au dict sieur de Monluc pour faire égaler sur le peuple les deniers nécessaires pour l'entretenement de cinquante hommes, qu'il a pieu à vostre dicte Majesté luy ordonner pour sa garde ^.
Davantage, Madame, puisque ainsi est que pour ceste heure le roy et vous ne pouvez gratiffier le dict sieur de Monluc des services qu'il a faictz, puis quarante deux ans en çà et faict encores journellement à ceste couronne, il plaira à vostre Majesté, en considération de ce, convertir en cinquante hommes d'ai^mes la compaignye de cent chevaulx-légers de son filz, et ordonner qu'elle soit entretenue tout ainsi que celle du cappitaine la Valette.
Oultre ce, le dict sieur de Monluc suplie très hum-
1. François d'Escars, dans une lettre au roi, du 1" août 1563, réclamait en faveui- des mortes-payes des châteaux de Bordeaux, qui n'avaient pas été payés depuis neuf mois (coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 8, pièce 47). Dans une seconde lettre, du 3 novembre, d'Escars nous apprend qu'on leur devait onze mois de solde (ibid., pièce 103). Dans ce passage, Monluc observe à la reine que ces malheureux soldats n'ont rien eu depuis ung an en çà, ce qui porte ce mémoire au mois de décembre. Ces légères cont]\idictions ne nous permettent pas de donner une date précise à ce document.
2. Monluc avait déjà adi'cssé la même demande au roi dans sa lettre du 8 octobre 1363 (p. 281 ). Ce passage prouve que ce document est antérieur au 27 décembre, puisque dans la lettre de ce jour (p. 304) Monluc déclare qu'il a licencié sa garde.
blement vostre Majesté donner en sa faveur l'office de lieutenant général de la séneschaulcée de Bourdelloys à maistre Romain de Mulet *, lequel vacque à présent pour mort; et ordonner que les provisions nécessaires luy en soient expédiées.
[1 est aussi très nécessaire^ Madame, puisqu'il a pieu à vostre Majesté mectre deux lieutenans généraux en Guyenne, que le gouvernement soit party par moictié et par sénescliaucées et non par rivière ' ; autrement, cela aporteroit au peuple une très grande incommodité et confusion ; et tout ainsi qu'il vous plaist, Madame, que le sieur de Bm^ye ayt dans la ville de Bourdeaux pareille autorité que le dict sieur de Monluc, aussi suplie vostre Majesté, pour balancer et faire les choses égalles, ordonner qu'il puisse
1 . Romain de Mulet devint procureur général au parlement de Bordeaux. En 1372 il prêta les mains aux massacres qui furent faits à Bordeaux, à l'imitation de la Saint-Barthélémy. Il mourut peu après misériiblement. Un auteur huguenot cite de ce magistrat un acte d'administration qui fait honneur à sa sagesse. Frappé des désordres que les troupes royales laissaient sur leur passage, il entreprit de réunir un gros magasin de poudre, de vivres et d'armes. [Mémoires de la Finance sous Charles IX, 1378, t. I, p. 529 et suiv.)
2. La division des gouvernements de Guyenne par rivière entraînait de perpétuels conflits entre les gouverneurs de cette province. Plusieurs villes, placées à cheval sur la Garonne, le Tarn ou la Dordogne, étaient di\'isées, suivant les quartiers, entre plusieurs lieutenants du roi. En 1563 cette affaire n'était pas encore terminée. On conserve dans les archives de Castelsai-razin un procès-verbal d'enquête, dressé à la demande des habitants du diocèse du Bas-Montauban , constatant que le Tarn et la Garonne avaient toujours limité le Languedoc, Guyenne et Quercy, dans la partie de Moissac, Montauban et Verdun.
commander en tout ce qui concerne l'admiraulté, tout ainsi que faict le dict sieur de Burye.
Finablement, le dict sieur de Monluc vous faict entendi^e, Madame, que, dès le mois d'aoust dernier, il a pieu au roy et à vous luy donner neuf mil six cens livres*; en quoy Colineau, receveur du taillon de Bourdellois, est demeuré redevable envers sa Majesté de l'année 1560, avec permission que le dict Colineau se pourra défaire de son office, sans payer finance, pource qu'il n'a autres biens suffisans pom^ payer la dicte somme. Et dès lors le brevet en fut expédié au dict sieur de Monluc ; en vertu duquel il a composé du dict office, et d'icelluy receu les deniers, qu'il a depuis employez au service de voz Maj estez.
La dicte partie a esté mise deux foys au roUe, signé de la main du roy, néantmoins monsieur le chancellier ne veult expédier le dict don et dict qu'il fault, suivant l'ordonnance, que le dict Colineau mecte la dicte partie ez mains du receveur général, lequel l'aportera à l'espargne, et lors elle sera aportée au dict sieur de Monluc; ce qui seroit du tout impossible, d'autant que le dict Colineau n'a aucuns biens, comme dict est, que son office, qui ne peult valoir plus de quinze cens escus, lesquelz il a desjà touchez de celluy qui a composé du dict office, dont il a baillé quictance; et partant est ung moyen. Madame, pour en frustrer entièrement le dict sieur de Monluc : par quoy, il vous suplie très humblement
1. Cette affaire traînait déjà depuis longtemps, Monluc avait demandé cette somme à la reine, dans sa lettre du 12 septembre 1562 (p. 156).
ordonner au dict sieur chaneellier, que, sans aucune difficulté, quelques ordonnances ou restrinctions faictes au contraire, il dépesche les provisions nécessaires, tout ainsi qu'il est porté par le dict brevet à ce que le dict sieur de Monluc puisse joir du dict don, qui est le premier à luy faict par voz Magestés, lequel il a desjà employé pom^ vos services.
(Copie du temps; sans date ni signature; Bibl. imp., coll. Saint-Germain fr., vol. 68i*, 41, f° <26.)