‹ Commentaires et lettres (volume 2)Chapitre 150 sur 158 · Lacune dans notre copie · texte numérisé non relu

Lacune dans notre copie

DE BLAiSE DE MOxNLUC. 351

V ertir à la vérité comme les altères de Montauban et Caussade sont passés, sur les advertissements qui vous en ont esté faietz ; ce que desjà en avois adverty monsieur le cardinal d'Armaignac par Laville, recepveur général de Guienne, pour vous le faire entendre. Vostre Majesté a deu entendre que Caussade est au dict sieur cardinal, deux petites lieues près Montauban. Et pour ce que ceulx de Monta ul^an vouloient qu'il se fisse exercice de leur religion nouvelle dans le dict Caussade, et vouloient faire une ligue tous ensemble de ces deux places pour le faict de leur religion, ledict seigneur cardinal ne l'a voullu endurer, ains a obtenu une provision de vostre Majesté que dans le dict Caussade ne s'y exercera autre religion que celle qu'il tient, estant seigneur de la dicte place. Or ceulx de Montauban, ayant veu cela, ont mandé avoir une commission de monsieur le cliancellier, kiy faisant entendre que le gentilhomme, que monsieur le cardinal y avoit mandé pour faire observer la provision, que luy aviez baillée, faisoit une infinité d'extorsions et contrevenant à voz édicts, que le tout est faulx à correction. Et sur ceste inquisition ont obtenu une patente, signée de Loménie, la plus haulte et favorable qui soit possible d'en avoir, de laquelle j'en ay envoyé la coppie audict seigneur cardinal par le dict recepveur Laville.

Et sur ceste patente se sont levés cinq à six cens hommes du dict Montauban et des gentilzhommes de leur religion, voisins de delà*. Et sont venus pour

1. Cette prise d'armes était 1 œuvre de quelques lanatiques, à

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surprendre le gentilhomme, nommé le cappitaine Priietz, lequel desjà avoit été adverti et avoit mandé au cappitaine Colombier, voisin de là, luy priant le venii' secourir, dont ledict cappitaine Colombier alla avec quatre ou cinq soldats pour entendre que c'estoit. Et ne fut jamais dans Caussade que la trouppe de Montauban et leurs complices y arrivèrent. Et eurent assez affere se sauver à pied dans un marais, là où ils les tindrent assiégés deux jours. Et après se sont sauvés comme ils ont peu et gaigné la maison de monsieur de Terride. Et de là le cappitaine Pruetz s'en est venu à moy, auquel j'ay conseillé s'en aller trouver monsieur le cardinal d'Armaignac pour luy conter comme tout estoit passé affîn de le vous faire entendre.

Or après que cela a esté faict, ceulx de Monlauban m'ont envoyé ung paysant, avecques une lettre et la coppie de la provision qu'ils avoient obtenue, disant par leur lettre que, si aucuns me faisoient entendre qu'ils eussent faict ceste levée de gens sans permission de vostre Majesté, par la pattente obtenue que je n'en creusse rien, et qu'ilz seroient bien marris de rompre ung de voz édicts, se complaignant du dict cappitaine Pruetz. Je leur ay répondu que, avant

la tête desquels s'était mis un consul de Montauban, appelé Bardon. Ce Bardon prit sur lui de donner aux soldats de la ville l'ordre de se rendre à Caussade. Les auti'es consuls, qui n'avaient pas été ]>révenus, se réunirent, mais trop tard, et signèrent mie protestation judiciaire conti'e les actes de leur collègue. En même temps ils renouvelèi'ent la défense de porter les armes. Un procèsverbal de ces faits fut envoyé à Monluc. (Arch. mun. de Monliiiibaii. livre d«' roni])iCs; rommuTiication de M, Devais.

d'avoir baillé leurs complaintes à monsieur le chancellier, ils dévoient premièrement demander raison à monsieur le cardinal d'Ai^maignac comme seigneur de la place, et, s'il n'y eust remédié, s'adresser à moy; et, en deffault que je n'y eusse donné ordre, alors leurâ complainctes seroient esté plus autorisées et crues estre véritables : et que jusques icy ny eulx ny autres ne s'estoient venus plaindre à moy que je ne leur eusse faict raison; et d'autre part ilz n'avoient que faire de s'entremesler de Caussade, ains les laisser demander raison à eulx-mesmes; et que la coppie mesmes de la pattente, qu'ilz m'avoient envoyée, je la vous envoyoys par le dict receveur Laville. Et, si vous la faictes regarder à vostre conseil, monsieur le chancellier mesmes jugera qu'il a esté surprins. Et me semble qu'il a juste cause vous demander raison contre ceulx de Montauban; car par la pattente vostre Majesté verra que la court de parlement de Tlîoulouze est interdicte à ne prendre de ce faicl aucune congnoissance^, et toute autre personne générallement, qui est autant que me interdii^e à moy, qui suis vostre lieutenant. Et par là la justice de ce faict demem^e à estre faicte par les parties propres, remettant jugement deffinitif au séneschal de Quercy ou son lieutenant, à Caliours, pour ce qu'il est de leur religion.

Or l'assemblée est demeurée au dict Caussade trois ou quatre jours, délibérés une fois de y tenir garni-

1. Les troubles de Toulouse (mai 1562) et l'absurde calomnie portée contre les réformés de vouloir détruii'e la ville de Toulouse, pour la rebâtir à Montauban, avaient créé une telle animosité

son, toutesfoys j'ay entendu depuis qu'ilz s'estoient retirés. Sire, je suis eontrainct vous escrire que, si vous voulez avoir la paix assurée avecques vos subjects, en ce cartier de Montauban, il vous fault faire razer les murailles de Montauban, Sainct Anthony et Millau; car ces trois villes s'entendent l'une avec l'autre et de Millau entrent dans les Sevènes de Languedoc, là où ilz sont tousjours cinq ou six mil hommes assemblés en moins de troys ou quatre jours, et tous ceulx de Languedoc qui font mal. Et le gouverneur du pays les poursuit, ilz passent deçà en ces troys places. Et aussi, s'ilz sont poursuyvis de deçà, ils s'en vont aux Sevènes de Languedoc. Et voylà comme à la vérité les choses se sont passées. Or ilz sont auprès de Montauban cinq ou six gentilzlîommes, qui est le visconte Bournicquel, celluy de Montcla , et le visconte de Paulin , qui soustiennent tout cecy, et ung monsiem^ de Reniés, avecques cest homme de bien de cappitaine Rappin, qui faict le gouvernem" dans ladicte ville de Montauban; que tout ce maniement se fait pour eulx. Vous avez là monsieur de Negrepelisse , voisin de ceulx que je vous nomme. Si vostre Majesté se veult enquérir avec eulx quelles gens ilz sont et combien de services vos prédécesseurs ny vous n'en avez jamais tiré, vous trouverez que pour eulx les batailles ne se sont jamais gaignées. Et si trouverez que ne devez avoir trop grande oppinion, s'il vous survenoit

contre les habitants de Montauban que ceux-ci avaient obtenu de récuser le parlement de Toulouse, pour cause de suspicion légitime, dans toutes les affaires litigieuses qu'ils avaient soutenues depuis 1562.

DE BLAISE DE xMONLUC. 355

grands affaires de guerre, que à vous-mesmes vous en gaignassent.

Vostre Majesté a encores ung autre coing, qui est au gouvernement de monsieur de Burye, qui est Bragerac et Saincte Foy, là où il y a ung gentilhomme nommé Pilles, et ung la Rivière, filz d'un notaire de Bragerac, qui sont tousjours ensemble cinquante ou soixante chevaulx, troys ou quatre cens hommes de pied, pourtant armes ordinairement^; que n'y a personne qui oze comparoistre dix lieues à la ronde. Et despuis troys sepmaines en cà, sont allés thuer ung gentilhomme, nommé Marzac, qui avoit porté l'année passée les armes avecques nous. Et, estant distant dix lieues de la maison dudict Pilles, faisant faucher son pré tout auprès de sa maison, n'ayant qu'ung servitem', sans autres armes que leurs espées, les dicts Pilles et la Rivière , accompagnées de quarante ou cinquante chevaulx et autant de gens de pied, se sont mis courant entre la maison dudict Marzac et luy, qui ne la peult gaigner, et là les ont mis tous deux au maître et au valet à mil pièces ^ Et après se sont retirés à Bragerac, là où ilz sont à présent

1. A la suite de cette lettre de Monluc, le roi envoya à Burie une lettre de reproches. Burie prit des mesures rigoureuses. Le 17 novembre il rendit une ordonnance qui commandait aux religieux et religieuses de Bergerac de rentrer dans lem's couvents (coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 10, f° 326), etc. Le 25 novembre il publia une nouvelle ordonnance qui défendait aux gentilshommes du Périgord de s'assembler en armes, même pour leur propre défense, sous peine d'être traités en séditieux (Mss. de la Bibl. de Périgueux; reg. de lettres patentes).

2. Ce fait est raconté de la même façon dans le procès-verbal d'une assemblée de gentilshommes, tenue à la même époque par

avec quatorze ou quinze cens hommes, comme ung homme d'armes de monseigneur d'Orléans, de la compaignie qui estoit au feu roy de Navarre, m'a dict; et que ceste trouppe d'hommes d'armes, s'en revenant avec leur congé, vouloient passer audict Bragerac, pour ce que c'estoit leur chemin, mais le séneschal de Périgort leur remonstra l'assemblée, qu'estoit audict Bragerac, et que par venture ilz leur pourroient courir sus, n'estant que sept ou huit hommes d'armes ensemble et les fist longer dans la ville mesmes de Périgueux. Or voylà. Sire, la vérité de touz vos afFeres de par deçà. Et si vous chastiés ces cinq villes, vous ne trouvères en tout ce pays de deçà une seule contrariété; et y pourrez venir par tout avec troys chevaulx, car il n'y a désordre ung seul que des dicts lieux, despuis Thoulouze jusqu^s en Xaintonge et encores plus avant.

Sire, je supplie nostre Seigneur que en toute grandeur et félicité vous doinct très longue et très heureuse vie. '^

Du Sampuy, en la conté de Gaure, ce XF® aoust

Vostre très humble et très obéissant suget et

serviteur,

De Monluc.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

Candale, Trans, Merville et quelques autres seigneurs [Mémoires de Conké, t. V, p. 170).

[Sampiiy, 11 août 156^1.]

Madame, j'ay receu la lettre qu'il a pieu à vostre Majesté me mander, dattée à Roussillon, du sixiesme de ce moys, pour l'advertissement que avez eu de l'assemblée que c'est faicte à Montauban et Caussade. J'en escris au roy bien au long comme tout s'est passé, tant de cela que autres choses. Et vous supplie très humblement croire que je ne vous donne point advertissement qui ne soit véritable. Et encores que je sçache bien que bien souvent l'on les vous déguise d'autre sorte, se couvrant tousjours que je veulx mal à ceste nouvelle religion, ce que je leur advoue et confesse, non pour la religion, car je ne me informe poinct s'ilz seront, quant ilz seront mortz, à Dieu ou au diable, car en quelque part qu'ils aillent, je n'y ay poinct d'intérest, mais que, soubz humbre d'une saincte religion, parlant tousjours à vos Majestés avecques une grande humilité, levant les yeux au ciel et qu'ilz ne tendent à autre chose que à dévotion, et après par leurs armes font tout le contraire , je ne les sçauroys guières aymer pour ce qu'ilz font à l'intérest du roy et de son service mais non de leur dévotion.

Et puis asseurer vostre Majesté que, si vous ne faictes un édict, comme verrez par une forme que j'en escrips à monsieur le cardinal de Lorraine pour vous le remonstrer^, et encores monsieur le

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