‹ Commentaires et lettres (volume 2)Chapitre 151 sur 158 · On trouvera plus loin (p. 389) un extrait de cette pièce · texte numérisé non relu

On trouvera plus loin (p. 389) un extrait de cette pièce

cardinal dMrmaignac en apporte une copie, avant deux ans vous vous trouverez, comme vous estes à présent les plus fortz en la religion roumaine, serez les plus foibles. Et si je n'eusse faict pendre ung ministre à Villeneufve d'Agenoys, qui les a ung peu intimidés à ne parler si largement, comme ilz faisoient, tout s'en alloit desjà desbom^dé, encores que pour cella ilz n'arrestent pas tousjours de gaigner pays; car je ne leur puis faille tant de trous qu'ils n'ayent les chevilles toutes prestes. Et s'ils se vouloient contenter de ce qu'iîz sçavent bien à leur conscience, qu'ilz se contentent selon la volunté de voz Majestés et de vos édicts. Je vous promets sm^ mon honneur, Madame, que je n'auroys poinct d'inimitié avec eulx, car avecques ceulx-là qui ne s'entremeslent que de su^-^TC leur dévotion, sans passer plus oultre , encores qu'ilz soient bien peu qui conservent fidélité, montre autant d'amytié ou plus que aux nostres mesmes. Et ne trouverez poinct mauvais que je me formalise pom- chose qui soit, sinon pom^ conserver l'autorité du roy et faille tenir ses commandemens. Et pom^ ce que vous verrez par la lettre que j'escris à sa Majesté comme toutes choses passent et à la vérité^ ne vous en feray plus loing discours par la présente.

Madame, je supplie nostre Seigneur que en toute grandeur et félicité vous doint très longue et très heureuse vie.

Du Sampuy, en la conté de Gaure, ce XP^ aoust

Vostre très humble et très obéissant suget et serviteur.

De Monluc.

Madame, j'ay faict passer ce chevaucheur à Terride pour entendre du dict sieur de Terride eneores plus amplement si ceulx: de Caussade sont retirés eneores, comme en estant voisin.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M, le comte de Laferrière.)

^^9. — [extrait d'une lettre au cardinal de lorraine.]

[Août 1564']

C'est faire ung édit général en son conseil privé et mander par toutes les courtz souveraines, séneschaucées et bailliaiges, le faire pul^Iier, que sa Majesté n'a jamais entendu par l'édict et traité de la paix, qu'il a faicte , que autres que ceulx-là, qui estoient de ceste religion au temps de la sédition , puissent avoir part en l'édict de la paix, ny n'a -baillé permission à personne, de quelque estât et condition qu'il soyt, de s'y mettre depuis ledict édit de paix, et que, s'il y en a aucuns que s'y soient mis, gentilhommes ny autres, sa Majesté les déclaire hérétiques selon la loy et constitution romaine, et que, s'il y a homme ny femme qui, auparavant la déclaration de l'édict de la paix, ne se soient déclairés ouvertement estre de ceste religion, n'en ayant faict démonstration ny déclaration publique l'estre, eneores qu'ilz l'eussent dedans le cueur, sa Majesté commande et ordonne

1. Cette pièce n'est pas date'e , mais Monluc en parle dans sa lettre à la reine, du 11 août 1364, comme d'mie lettre récente.

que tous incontinent ilz ayent à retourner en la mesme religion qu'ilz estoient, sinon qu'ilz aient à vuyder dans deux moys le royaulme de France, tout ainsin comme il a faict des prebstres et moynes reniés. Et là et quant qu'ils contraviendront, sa Majesté déclaire dès ceste heure leur vie atteins d'hérésie et crisme de lèze-Majesté et leurs biens confisqués au roy. Et sur ce seront ouys les curés, vicaires et consulz des lieux, veoir si, avant l'édict de la paix, iceux ou celles qui auront laissé nostre religion n'avoient faict démonstration d'estre de la religion catholicque, et en ce estra ung président et six conseilliers en chesque court de parlement, qui ne vacquent à autre chose que à cela, et que les séneschaulx et baillifs, qui auront faict la recherche en leurs séneschaucées et bailliaiges, seront tenus d'appourter leurs procédures par devant lesdicts président et conseillers et que leur jugement soit sans appel ny oppositions quelconques \

(Copie du temps; Archives de l'empire, B. 20, K. •1505, n° 4.)

[Agen, 2k septembre 1564.]

Madame, il vous pleust nous donner à monsiem* de Valance et à mov l'évesché de Condom, advenant vaccation. Or à présent monsieur de Condom est

i. On conserve dans le même carton, aux Archives de l'empire, deux traductions espagnoles de ce document.

mort*. Si vostre Majesté a jamais délibéré me faire du bien, je vous supplie très huml^lement me pourvoir de cest évesché, qui est là où j'ay ma maison, car de m'en donner ailleurs il ne me fault espérer aulcunement, estant certain qu'il me fauldi^oit tousjours mener tant de gens que le revenu de l'évesché n'y sufïiroit. Je vous supplie très humblement, Madame, me faire congnoistre en ce faict si vous avez jamais eu agréables les services que j'ay faicts à quatre roys, que j'ay servis et à vous aussy. J'av passé soixante ans, et, si vous me faites ce bien, vous ne serez jamais en peine de m'en donner, car je ne vous en demanderay jamais, estant bien certain que, me reffusant cestuy-cy, ne m'en sauriez donner que me fut proppice ny d'aucun proufTict. Qui sera fin, après avoir supplié nostre Seigneur qu'il vous doinct en très heureuse santé. Madame, très longue vye et prospérité.

D'Agen, ce XXIV""' jour de septembre 1 564. Vostre très humble et très obéissant subject et serviteur,

Monluc.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Lafer rière.)

V2i. AU SEIGNEUR DOM JOHAN DE BARDACHIN.

[Agen, 27 octobre 1564.]

Seigneur dom Johan, le seigneur Phelip de Barda-

1. Charles de Pisseleu, évêque de Condom. Voyez la lettre de Monluc du 20 jamier 1564, p. 311,

chin m'est venu trouver et m'a appourté vostre lettre, ensemble les mémoires, sur lesquelles je vous en envoyé d'autres respondant à icelles que m'avez mandé. Et j'ay couché d'autres choses que vous verrez qui sont véritables, vous suppliant bien fort les présenter à la Majesté du roy, vostre maistre. Et hay conseillié de vostre part de ce veoir, la royne mère de mon roy et luy, car jamais les afferes ne pourront aller si bien pour le négoce de leurs serviteurs comme la délibération qu'ilz prendront tous deux ensemble, car je obligeray tousjours ma teste que la royne le croira du conseil qu'il luy donnera et ne luy fauldra poinct, car je luy asseure de ma vie et de mon honneur que le roy et elle ont plus de fiance et espérence en luy que en tout le monde ensemble. Et n'a encores cinq sempmaines qu'elle a dict à ung personnaige d'authorité tous ses motz et qu'elle le tenoit le bras [près] de son cueur.

Je vous envoyé ung double d'ung édict que je luy avoys mandé, lequel je vous prie luy présenter\ Elle a été conseillée de ne le faire poinct. Vous pouvez penser que ce n'est pas des bons qui luy ont donné ce conseil, pour ce que de cest édict sortoit leur ruyne et la congnoissance de tous les fidelles subjectz du roy de leur religion, et la congnoissance aussi de ceulx qui ne pencent à la religion, sinon à la ruyne du royaulme. Et le vous envoyé affin que, s'ilz se voyent, la Majesté du roy, vostre maistre, l'aye con-

i. Voyez plus haut, p. 3S9. En face de ce passage le roi d'Espagne a écrit de sa propre main : « Devede ser la car ta para el cardinal de Lorena. » (Cela doit être la lettre pour le cardinal de Lorraine).

cidéré et haulmenté ou diminué^ selon son saige advis, et en parler à la royne. Et si sa Majesté se résolve à veoir la royne;, il faiilt qu'il la prie de ne mener avecques elle homme d'autre religion que de la seienne ny qui soit suspect, car la pluspart de nostre court, encores qu'ilz ne soient poinct de ceste religion nouvelle, ilz vont dissimulant pour ne ce faire ennemys de l'ung cousté ny de l'autre. Elle pourra mener monsieur le duc de Montpensier, les cardinalz, messieurs de Bourdillon*, mareschal de France, de Damville et Sipierre^ comte de Vilars et Sansac, et, s'il luy plais t, me mettre au nombre. Je suis certain qu'il n'y en aura pas ung de nous qui ne se tienne très heureux de luy bayser les mains.

Je vous prie, ne soyez poinct marry si je ne vous ay veu, car la royne de Navarre ne faict jamais que crier après la royne que je veulx trahir le roy, mon maistre, à l'endroict du roy d'Espaigne. Et encores que la royne ne y adj ouste poinct de foy et qu'elle scayt tout le contrah'e, néanmoings je ne veulx estre . suspeconné des meschans, cai^, des gens de bien, tous congnoissent la loyaulté que je porte au service de mon maistre.

Je vous remercie de très bon cueur du cheval et vous prie me mander s'il y a chose de par deçà que vous ayez envye, car je n'y espargneray rien de le

1. Imbert de la Platrière, seigneur de Bordillon (t. I, p. 312, note 2), celui même que les courtisans désignaient hautement comme le successeur de Monluc en Guyenne (Arch. de l'emp., K. 4b01, n° 34).

2. Philibert de Marsilly, seigneur de Sipierre, gouverneur de Charles IX (t. I, p. 214, note i). .

VOUS envoyer. Je vous envoyé ung couple de pistolles; elles ne sont pas telles que je vouldroys, mais j'espère vous en envoyer dans deux moys de plus belles et riches. Je vous prie dire à monsieur le grand prieur ', fils de monsieur le duc d'Albe, qu'il ne m'envoie plus Domingou, pource que c'est ung homme que l'ons le prendroict plustost pour un espion que pour un autre. Et encores que je le tienne pour homme de bien, si est-ce que l'on penceroit plustost mal en luy que bien. Qui est tout ce que je vous puis escrire, fortz que de vous supplier bien fort vouloir bayser les mains de sa Majesté de ma part et de bien bon cueur. Je me recommande à vostre bonne grâce et prie nostre Seigneur que en très bonne santé vous doinct , seigneur dom Johan , très longue vie et santé.

D'Agen, ce XXVII'"^ jour d'octobre 1 564.

Vostre meilleur compaignon et amy prest à vous faire service.

De Monluc^

(Lettre originale; signature autographe; Archives de l'empire, B. 20, K. 4 505, u» 23.)

1 . Don Hernando de Tolède, fils bâtard du duc d'Albe, prieur de l'ordre de Saint-Jean aux royaumes de Castille et de Léon. Il fut désigné pour assister aux entrevues de Bayonne et fut envoyé au-devant du duc d'Anjou , lorsque le duc d'Anjou marcha luimême au-devant de sa sœur, la reine d'Espagne. Ils se rencontrèrent à Irun (coll. St-Germ. fr., vol. 689, 8, f* 36).

2. On conserve dans le même carton, aux Archives de l'empire, deux traductions en espagnol de cette lettre.

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