Crot [crotum), creux, fosse
trouve avoir esté desrobé de la dite munition plus de deux cents moges de bled, depuis que monsieur le mareschal alla au devant des Grisons. Ces messieurs de l'Abundance ensuivent mon ordre^ car ils font chercher tous les sons qui se trouvent dans les maisons pour en faire ne plus ne moins du biscuit, et, après que nous aurons eu concleud tout nostre ordre, ils ont despesché vers le roy pour luy faire entendre la certaineté de tenir jusqaes à la fin dudit mioys; et les trouve à ceste heure plus affectionnés et moins désespérez que jamais. Ils ont entendu que les Vénitiens et le duc de Ferrare s'entremeslent de faire quelque accord. Je les ay asseuré que, s'il en y a, que sa Majesté ne le fera jamais que ce ne soictleur proufîct et adventaige. Quoy que ce soit, ilz ne vouldront point sortyr de la protection dudit seigneur.
Le marquis de Marignan* m'a envoyé dire qu'il avoit grande voulenté de me veoir, et moy, pour luy estre tant obligé que sçavez, en ay esté contant ; et nous debvons voir aujourdhuy entre cy et le camp. Je meine deux gentilzliommes de ceste ville avec moy, affin que ceulx de ceste cité ne prennent aulcune suspition, dont ils en sont assez chargez. Noz Allemantz et soldats commencent à estre en grande nécessité à faulte de payement; car, comme sçavez, les vivres sont terriblement chers et depuis vostre parlement sont creus du tiers. Je n'ay point voulu tenir le pacte de monsieur le mareschal, qu'il avoict avec le niesser de l'hospital, de luy bailler XV moges de bled le
\. Jean-Jacques Medichino, marquis de Marignan , commandant en chef de l'armée assiégante (t. I, p. 434, note 2).
moys^ mais je luy baille de l'argent; qu'il s'en achepte s'il veult : car aussi il n'a jamais voulu despouiiler ledit lîospital de ses coquins*, jusques au nombre de 300;, comme il avoit promis audit seigneur mareschal. Et m'a voulu faire le brave au commencement, mais je croy qu'il n'a pas trouvé que je le Datasse comme monsieur le maresclial, et, avant que je l'aye laissé, je luy ay faict connoistre qu'il a eu affaire aveeques ung gascon. Il n'a pas esté trouvé maulvaiz des bons qui veulent la conservation de la cité, et quant aux autres, ilz n'en osent parler. Qui sera fin de la présente, après m'estre bumblement recommandé à vostre bonne grâce, etc.
De Sienne, le VP^ jour de novembre 1554^
(Copie; Bibl. irap,, coll. Gaignières, vol. 341, f" <49.)
[Sienne, 28 novembre 155(i.]
Monsieur, pour ce que monsieur Diomedes, pré-
\ . Le mot coquin n'avait pas alors le sens qu'il a aujourd'hui ; coquin signifiait gueux, pauvre, iniséi-able , avec une nuance de mépris. On l'a vu employé avec cette signification dans le tome II des Commentaires, p. 380. Sansac lui donne le même sens dans une lettre au duc de Montpensier, datée du 21 août 1562 (coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 6, f° 45b).
2. Copie de la main du secrétaire de Gaignières. L'original, dit une note marginale, était dans les manuscrits Lamoignon , année 1554, vol. 24. Voyez la note de la page 8. Les derniers mots de la lettre et la signatm^e sont restés au bout de la plume du copiste.
3. Cette lettre ne porte pas de suscription, mais nous pensons
sent porteur, vous dira comme toutes choses esloient passées de pai' deçà, et aussi que je m'assure qu'il vous en fera vrscy rapport, je ne vous en feray plus long escript, me remettant à sa suffisance. Fais mes très humbles recommandations à vostre bonne grâce et suppliray nostre Seigneur que en très heureuse sancté vous doint, Monsieur, longue vye. De Syenne, ce XXVIIP^ jour de novembre 1 554. Vostre très humble et obéissant serviteur, Biaise de Moulue.
(Florence; archives Medicis ;yî/za (864 ; communication de M. Benoist,)