A MONSIEUR DE SELVE
[Sienne, 6 novembre 1554.]
Monsieur, depuis dix jours en çà je vous ay escript bien au long des différents de ceste ville par le
1 . Copie de la main du secrétaiie de Gaignières. L'original de cette lettre, dit une note marginale, est dans les manuscrits de Lamoignon, année loo4, vol. 24. Sur ce fonds voyez la note de la page 8. On remarquera que le texte de cette lettre est presque entièrement semblable au texte de la précédente.
2. Odet de Selve, cinquième fils de Jean de Selve, premier président des parlements de Bordeaux, de Milan et de Paris. Odet de Selve fut envoyé comme ambassadeur en Angleterre en 1547. Au commencement du siège de Sienne, il s'enferma dans la \nlle avec Monluc. C'est là qu'il reçut la nouvelle que le roi venait de le nommer ambassadem' à Rome. Il y demeura dix ans et y mourut le 11 mars 1S64 (Aubais, Pièces fugitives pour servir à l'Histoire de France, t. I, Voyages d'Aramon, p. 122). On trouve dans les Mémoires de Ribier et dans les vf)lumes 318 et suivants de la collection Gaignières un assez grand nombre de lettres d'Odet de Selve.
DE BLAISE DE ^lOXLUG. 21
chifre qu'a monsieur le cardinal du Bellay 'et le comte de Visque*^ ^tay adressé mes lettres au seigneur Emilio Cavriano à Montalchino pour vous les faire tenir. A présent n'ay autre chose à vous dire, sinon que les ennemys font dessaing d'aller battre Crenoli, et de là aller à la Val de Chiane garder que de nul endroict ne puisse entrer aulcune chose en ceste ville. Les messieurs de l'Abundance ^ et moy avons cherché tous les moyens qu'il nous a esté possible pour faire durer nostre pain jusquesà la lin de janvier; et comme je vous ay escript, ils y faisoient difficulté, sinon que je leur baillois les cent moges* de l'iiospital que leur avois promiz. A la fin je me suis accordé leur bailler le bled des particuliers, qui sepeult monter trente moges, et ung crot^ qu'il y a dans mon logis; et par ainsv à mov me demeure les trois cents moges de bled qui s'y est trouvé, comme je vous ay escript. Et pour ce que la munition du roy a été desrobée, comme sçavez , je fais chercher tout le son qui se peult trouver de ce qui est sortv de farine, qui jusques icv a esté mangée, et le faiz mesler avec de la bonne farine ; et si faiz faire du biscuit qui sera cause que nous irons tout ce moys de janvier. Il se
1. Une lettre du cardinal du Bellay au connétable, datée de Rome du 7 novembre loo4, jiarle en termes obscurs de la mauvaise intelligence qui régnait parmi les défenseurs de Sienne. Cette lettre fait l'éloge de Monluc (Ribiers. t. II, p. 536).