A MONSEIGNEUR LE CARDINAL D ARMAGNAC, A ROaiE
[Sienne, 20 mars 1554 (1555).]
Monsieur, je croy que vous avez receu ung pacquet de letres, que je ay envoyé à monseigneur le mareschal Strossy pom' le vous faire tenir et vous envoyer la délibération que ceul\ de ceste cité avoient faicte. Il est arrivé ung des ambassadeurs qui estoient allés à Florence, nommé messer Hieronime Mallevolti, qui a apporté la résolution du duc de Flo renée. Ceulx de la dicte cité ont tenu leur conseil, et
\ . Avec cette lettre, on conserve aux Archives Me'dicis à Florence, dans le même carton, deux autres letti'es de Monluc, l'une au cardinal du Bellay, l'autre à d'Avanson, secrétaire d'Etat et ambassadeur à Rome. Ces deux lettres sont de la même date et de la même teneur que celle que nous publions. Une pièce conservée dans le même dépôt nous apprend que ces trois pièces furent interceptées par les agents du duc de Florence. (Documents communiqués par ^I. Benoist).
par leur détermination ont tous ensemble consenty que les huict de la guerre fissent la responce au dict duC;, ce qu'ilz ont faict^ laquelle je vous envoyé, ensemble la responce dudict duc. Hz se sont tous ensemble résolus que sy le duc ne parle aultrement et que il ne montre aultrement de ce qu'il montre par sa lettre, ils se résolvent tous à mourir les armes à la main*. Je leur ay promis de leur faire bonne compaignie et tous les soldats qui sont icy; et que, encores qu'ils soient en petit nombre, est, ce que je vous peux bien asseurer, que aux œuvres qui se font tous les jours monstrent aux ennemis qu'ils sont vaillans.
Ils firent avant hier les feux de joye, qui durèrent plus de trois heures, et l'artillerie qu'ils disent avoir estée à monsieur le mareschal de Brissac à Casai et defFaict presque tout son camp^. Je feis monter sur les murailles forces gens de tout cousté avec des chauldières, et en ceste manière je leur feis la responce à leurs feux. Mais ils ne demeuroient guère à se retirer après le son des dictes chauldières, et remonstray à ceulx de la ville que cela n'estoit aultre
1 . Ce passage prouve que les négociations de paix avaient commencé avant la date donnée par les Commentaires . Voyez tome II, p. 90 et suivantes.
2. Monluc avait raison de prémunir les habitants de Sienne contre cette rodomontade espagnole. Les impériaux s'étaient approchés de Casai, où Brissac avait renfermé toute son artillerie; mais ils n'avaient pas pris la ville. Voyez les Mémoires de Boy vin du Villars, livre V. Casai était même une des rares villes italienne? qui avaient accepté la domination française sans trop d'opposition. Voyez un mémoire des habitants de Casai au roi, en date de l'année suivante (f. fr., vol. 3145, f" 1).
ÎJO LETTRES
chose sinon que pour lem^s espouvanter, qu'ils fissent quelque composition avec le duc de Florence pour crainte de ceste deffaicte; et qu'ils sçavoient bien que, l'année passée, que quand le roy deffist leur avant-garde en Flandre, ils en firent aussi feu de joye, disans que c'estoient eulx qui avoient deffaict les nostres. Quoy que ce soit, ils ne se baissent de rien.
Nous sommes tous les jours après à chercher des bleds avec toutes les nouvelles inventions que pouvons trouver. Je cuide que nous passerons le huistiesme ou dixiesme de aMnl, caresme du mouton (?), ou à tout le moings que irons jusques-là. Assurezvous, IMonseigneur , que Dieu me donne bien ce que aultrefois je luy ay demandé, qui est de me trouver en lieu là où toutes choses manquent pour essayer que pouvoit mon esprit. Et vous assure que, quand vous entendrez le tout, jugerez que j'ay un bon moyen pour l'esprouver. Dieu me faict néantmoins une belle grâce de me maintenir en bonne santé et que la cité a une gxande foy en moy, depuis que la responce du duc est venue. Et leur remonstray en plein conseil qu'ils cognoistroient que il les voulloit tromper et mettre entre les mains du bourreau, veu qu'il leur meit en avant qu'ils sont feudatah'cs et qu'ils ont esté rebelles; et que par ce moyen ils pouvoient bien juger sa malice, et aussi qu'ils se doibvent asseurer que aux rebelles n'est jamais faict merci ^ : par ainsi il leur valloit beau-
1 . Voyez le récit de cet incident dans les Commentaires, t. II, p. 97 et suivantes.
coup mieux azarder la vie en combattant pour espérance de vaincre que non de faire un accord et de délivrer desjà leurs testes; et que je leur offrois avecque tous les soldats azarder ma vie avec eulx, et que aussi usoient diligence de s'armer, et que à ce moyen ils se deb voient résouldre au combattre. Presque toute la cité est venue parler à moy, tous avec délibération de mourir plus tôt les armes à la main que se mettre en péril. Voilà comme les choses passent.
J'escrips à messeigneurs les cardinaux de Ferrare, de Bellay et à monsieur d'Avanson, que par la présente je vous avertis bien au long comme tout passe. En actendant de vos nouvelles, metray fin à la présente, après m'estre très humblement recomandé à vostre bonne grâce, et je m'en viens supplier nostre Seigneur que en très heureuse santé vous doinct, Monsieur, longue et heureuse prospérité.
De Syenne, ce 20 mars 1 554.
Vostre très humble et obéissant serviteur, Biaise de Monluc^
(Florence, Archives Médicïs , Jilza 1861 ; communication de M. Benoist.)
1 . La plus grande partie de cette lettre si éloquente e'tait en chiffres. Elle fut interceptée et déchiffrée par les agents du duc de Florence. (Documents cpmmuniqués par M. Benoist.)