‹ Commentaires et lettres (volume 2)Chapitre 58 sur 158 · J. A MONSEIGNEUR LE DUC DE GUISE, PER · texte numérisé non relu

J. A MONSEIGNEUR LE DUC DE GUISE, PER

GRAND CHAMBELLAN DE FRANCE ET LIEUTENANT GENERAL DE SA SAINTETE ET MAJESTE EN ITALYE.

[Montalcin, 31 mars 1556 (1557)].

Monseigneur, je vous ay escript par une aultre mvenne lettre comme Charamont* estoit icy et qu'il désiroit grandement s'en aller à la court pour ne vous pouvoir faire service en ce voyage à cause de son indisposition. Il m'a pr}é de le vous escripre ainsi; et à la vérité il n'est pas trop sain. Si j'estois assez saige pour vous donner conseil, je vous conseilleroys de luy laisser aller, car il est de telle complexion qu'il ne se peult accorder avec personne, et à peine trouverez-vous cappitaine en vostre camp qui le veuille obéyr, comme plus amplement vous pourrez entendre de messieurs le marescîial Strozzi et le duc de Somme, lesquelz cognoissent de longtemps ses humeurs. Et voyant aussi qu'il n'est aymé des Siennoys, je vous vouldroys supplyer très humblement. Monseigneur, luy voulloir donner congé et envoyer le cappitaine Charry le plus tost qu'il sera possible, ensembles les compagnyes que m'avez promises, car j'en ay nécessairement affaire. Le duc de Florence commence à armer et a faict retirer tout le bestail qui estoit sur ses confins de deçà. Le sieur

1. Francesco di Chiaramonte (t. I, p, 366, note 1). C'est par erreur que nous avons dit, d'après la clii'onique de Girolamo RoIIîa, qu'il avait été tué à la bataille de Marciano en 1554. Voyez ce que dit Monluc de la conduite de ce capitaine (t. II, p. 195).

Chiapiii ViteP est venu à Montepulsan pour adviclailler les fi-ontières, tellement que je doubte fort qu'il nous baillera une estrette^ ung de ces jours. Les quatre mil Allemans, qui estoient à Pontremolly, sont embarequés et se tiennent en suspens pour aller du costé que verront marcher vostre armée, qui est tout ce que je vous diray pour ceste heure, sinon que je présenteray mes très humbles recommandations à vos bonnes grâces, pryant le Créateur vous donner, Monseigneur, en parfaicte santé, très longue et très heureuse vye.

De Montalcin, ce dernier jour de mars 1 556.

Votre très unbble et très hobéisant serviteur,

Biaise de Monluc.

Monseigneur, j'avois oublié à vous dire que j'ay entendu que le sieur Adryan Bâillon' ne vient point par deçà et qu'il a charge de commander quelques enseignes du pappe. Si ainsy est, je vous supplie très humblement envoyer ung autre gouverneur à Chiusi, car elle est en plus grande confusion que jamais, pource que les lieutenans du dict sieur Adryan et de monsieur le duc de Somme ont prins chacun une clef des portes de ladite ville et ont déclaré nommément qu'ils ne voulloient obéyr à ung francois. Et de faict je y avois envoyé le cappitaine Blacons pour y commander, comme il a faict par le

1 . Chiapino Vitelli , marquis de Cotessa , capitaine espagnol (t. II, p. 103, note).

2 . Estrette [stretta] , vieux mot fort en usage dans le langage familier du seizième siècle, signifie surprise, défaite.

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