C'est-à-dire un moyen de correspondre par chifTies
autres de espérance, le myeulx qu'il m'est possible, mais avec tout cella je ne laisse pas d'estre en la plus grand peyne du monde, et vouldroys bien estre hors d'icy où je ne faictz que me consommer et vieillir. J'ay escrit plus de cinquante lettres à la court pour avoir mon congé, mais je n'en puys avoir responce, et cella procedde de la hayne que me porte monsieur de Guise, lequel vouldroit que cecy se perdit entre mes mains, pour ce que je ne vouUus faire le voyage du royaulme de Naples avecques luy, maistre de camp soubz monsieur de Nemours^; que la chose que j'ay plus fuye en ce monde est d'estre commandé d'ung jeune homme : et vous laisse à penser si mon eaige se pourroit accommoder à cella. Et aussi que refuzay prendre la charge de l'artillerie que le sieur Cornelio Bentivoglio, auquel j'ay toujom'S commandé par deçà, avoit laissé ung peu auparavant. Et vouldrois bien estre à ma maison pour me lever hors des inimitiez et particuUarités qui sont aujourdhuy en ceste court.
i. Jacques de Savoie, duc de Nemours, né le 12 octobre lo31, n'avait que vingt-six ans au commencement de l'expédition de Naples. La haine du duc de Guise pour Monluc, rapportée dans ce passage, est un fait nouveau qu'aucune lettre ne confirme. Peut-être faut-il trouver ici un peu de flatterie à l'adresse du rival du duc François. Cette flatterie était d'autant plus opportune que les Guises combinaient toute sorte d'intingues pour dépouiller Brissac de son gouvernement de Piémont au profit du duc d'Aumale. Ils l'avaient fait accuser par le vidame de Chartres de concussion et de péculat; ils employaient leur influence dans le conseil du roi à lui refuser tout secours. Ces petites manœuvres n'avaient eu aucun succès. (Bouille, Hist. des Guises, t. I, p. 498.)
Mon frère monsieur de Lioux* m'a faict entendre la bonne amitié et voulonté que avez en son endroict^ dont j'ay receu ung singullier contentement, car je ne l'ay jamais félicité par mes lettres d'autre chose plus que chercher vostre bonne grâce et faveur, laquelle luy et moy et toutes personnes d'honneur devroiciit plustost désirer que nulle autre pour les grands vertus, valleur et longue expérience des affaires qui sont en vous. Et ne pensez, monsieur, que je die cecy pour vous flatter, car les effects en sont bons tesmoings. Le bon rapport que me faictes de mon fils me donne hardiesse de vous le recommander. Et vouldroys bien qu'il eust suyvi monsieur le vidame^ en France pource que je crains de le perdre ung jour, comme j'ay faict l'autre estant le premier ^ Et vous supplie très humblement que, s'il vacquoyt quelque charge par dellà, où il vous puisse faire service à cheval, bien voulloir souvenir pour l'amour de moy, à celle fin que, comme le
1. Joachim de Monluc, seigneur de Lioux, gouverneur d'Albe (t. I, p. 15, note 3.)
2. François de Vendôme, vidame de Chartres (t. I, p. 2S6, note 3). Boy^'^n du Villars accuse le vidame d'un crime épouvantable, qui aurait été la cause de son retour en France. Au siège de Coni le maréchal de Brissac divisa ses troupes en deux colonnes, dont la première fut mise sous le commandement du baron de Chepy. Le vidame, qui commandait la seconde, irrité de cette préférence, fit arquebuser Chepy par derrière, au moment où il montait à l'assaut [Mémoires de du Villars, année looT). Il est juste de dire qu'une haine ardente divisait Brissac et le vidame de Chartres, et que Boyvin du Villars était le secrétaire du maréchal.
3. Marc-Antoine de Monluc, tué à Ostie, quelque temps auparavant. Voyez le tome II des Commentaires^ p. 190 et suivantes.
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père vous est et sera à jamais serviteur, le fils le soit au semblable. Si je puys avoir mondit congé j'ay délibéré de me retirer en ma maison, où toutesfoys et quantes que j'entendray que aurez affaires par dellà, ausquelz je vous puisse faire quelque service, je vendray tousjours pour deux mil escus de mon bien pour vous aller trouver et faire service à mes despens en tout ce qu'il vous plaii^a m'employer. J'ay envoyé en France cinq paires de grands chevaulx, qui sont aujourdhuy chez mon frère, à Valence*, affin de les trouver fraiz et reposés quand seray par dellà, si j'auray cest heur de pouvoir obtenir mon congé.
Qui sera l'endroict où, après avoij- présenté mes très humbles recommandations à vostre bonne grâce, priant le créateur vous donner, Monsieur, en parfaicte santé très heureuse et longue vie.
De Castellotie, ce 1 5 novembre 1557.
Votre très unbble et très hobéisant serviteur.
Biaise de Monluc.
Monsieur, ainsi que je vouloys despécher mon homme, j'ay receu ung pacquet du roy et avec icelluy mon congé, duquel j'ay receu ung contentement tel que vous pouvez penser. Le sieur de Givry* demeure à ma place jusques à ce que le roy il ayt autrement pour\ii. Ledict sieur me mande que je voys à passer par Ferrare pom' voir comme les affaires de la guerre de monsieur le duc se portent.