Pierre Bertrand de INIonluc, dit le capitaine Peyrot
2. Le roi de Psavarre, ti'aité en ennemi, presque en coupable, la veille de la mort de François II, avait vu la faveur revenir à lui par un retour inespéré de la fortune. Catherine et lui s'étaient partagé l'autoiùté suprême. Le roi de ^Navarre avait pris la charge de lieutenant général du roi.
sollences, scandalles et contemnements que les païsans diidit pais leur ont faiet depuis ung an en çà*; qui leur sont si odieux, que plus tôt ils voudroient mourir que de plus longuement endurer telles injures.
Davantage que laditte religion, quoiqu'on en dye, est inférieure de nombre d'hommes, au dit pais de Guyenne, à celle de l'église roumaine, de plus de la dixiesme partye*; tellement que, si on la voulait exterminer, on le pourroit encores maintenant aisément faire : et le moien seroit de bailler audict sieur de Monlue quatre cents arquebuziers à pied, outre ceulx qu'il a à présent; en la faveur desquels, avec les autres forces qu'il a, il pourroit tenir en subjection tout ledit pais de Guyenne ; et desquels il vouldroit donner la charge au cappitaine Charry. La despense n'en sauroit durer que deux ou Iroys moys, qui sera peu de chose au roy.
Faudroit semblablement que le roy feit commandement aux principaux seigneurs dudit pais de Guyenne, comme sont le comte de Villars', les
i . Ce passage donne une ide'e du caractère profonde'ment démocratique que prenait la Réforme.
2. Cette appréciation de Monlue est digne d'être signalée à cause de sa conformité absolue avec les conclusions de l'érudition actuelle. On admet généralement que le parti protestant, à l'époque même de sa plus grande force, n'a jamais compté plus du dixième de la population en France.
3. Honorât de Savoie, comte et plus tard marquis de Villars (t. III, p. 248, note). Il avait épousé Françoise de Foix, fille d'Alain, vicomte de Castillon, et de Françoise de jMontpezat, en Agenais. Il se trouvait ainsi possesseur d'importantes seigneuries en Guyenne.
sieurs de Lauzun', d'Estissac*, de Caumont, de Biron, de Negrepelisse^ et de Tonins*^ de venir- résider en brief en leurs maisons; et, incontinent qu'ilz y seroient arrivés, ils feissent commandement à tous leurs subjects laisser les armes sur peine de la vye; et où ils se vouldroient excuser qu'ils ne seroient assez forts pour ce faire, ledict sieur de Monluc leur départira des forces qu'il a, pour les faire obéyr; et au mesme temps le sieur de Burye et luy pourront faire le semblable par toutes les villes royalles de ladicte province.
Seroit aussi nécessaire de faire justice de quatre ministres qui sont audict pays, lesquels sont autheui's de toute ceste sédition.
Cela faict, fauldroit que, par édict exprès, le roy feist crier publicquement, par toute la Guyenne, que tous les ministres de ceste nouvelle relligion eussent à vuyder ce royaulme dans dix jours, après ladicte publication faicte, sur peyne de la vye ; enjoignant aussi à toute personne, sur semblable peyne, de n'en retirer ni receller aucun; et pai^ mesme moyen interdii^e aux parlements de ce royaulme d'en prendre aulcune cognoissance , afin que les
1. François Nompar de Caumont, comte de Lauziin, originaire de la Saintonge. Il était lieutenant du roi dans le comté de Blaye.
2. Louis d'Estissac, originaire du pays d'Aulnis, gouvernem' de la Rochelle. Sa fille unique (et non sa sœur, comme nous l'avons dit par erreur, t. III, p. 27, note 2) épousa François de la Roche foucault.
3. Louis de Carmain, seigneur de Négrepelisse , du Quercy (t. I, p. 370, note 4).
4. La seigneurie de Thoneins appartenait à la maison de Caumont la Force.
commissaires, que le roy pourroit depputer, peussent faire plus briefve justice et prompte exécution des séditieulx et infracteurs des ordonnances de sa Majesté; promectant de donner certaine somme de deniers à celluy qui descelleroit aucun des dits ministres ou malfaicteurs ; laquelle se pourroict reprendre sur les biens du malf'aicteur.
Ainsi, estants lesdits ministres hors du royaulme, et le roy ayant faict punir par les villes aucuns des principaux d'icelle relligion, lesquels sont la source et origine de tout ce malheur, le reste sera tellement intimidé qu'il n'y aura aucun qui ose lever la teste; estant beaucoup plus raisonnable qu'il meure quatre vingts ou cent hommes pour apaiser un si grand trouble que cestui-cy, que de le laisser pulluler plus avant, pour la grande ruyne qu'il pourroit apporter à ce royaume, laquelle cousteroit à réparer, la vye, possible, de plus de cent mil hommes. Mais il seroit besoing d'exécuter cecy promptement : car la malice des hommes croist d'heure à autre; et ceux de ladite relligion ne cessent journellement de leur munir d'armes en la plus grande quantité qu'ils peuvent.
Et surtout fault prendre garde que les commissaires, qui seront depputés a faire les procès de ces séditieulx, ne soient aucunement apassionnés pour la relligion ; mais seullement qu'ils regardent à faire que le roy soit obéy de son peuple tout ainsi que ont été les autres roys ses prédécesseurs. Ce faisant, les troubles cesseront; le roy sera obéy, et le peuple vivra à l'ad venir en aussi grand paix et tranquillité qu'il a jamais faict.
Puis quinze jours en çà s'est tenu un synode à Clairac^, auquel a esté créé vingt nouveaulx ministres, lesquels ne font jour et nuict que courir pour prêcher et séduyre le peuple. Et, à ce que ledit sieur de Monluc a entendu, ceulx de ceste relligion ont commandement de quelque grand de prendre les armes; mais, pourveu que ledit sieur de Monluc soit promptement secouru de ce peu qu'il demande, il ne doubte poinct qu'il n'en viene bien à bout et dans peu de temps.
Au dit synode a esté résolu de faire mourir ledit sieur de Monluc, comme ennemy capital de ladite relligion; mais il espère avec l'aide de Dieu de voir la fin de leurs vyes plustot qu'ils ne verront la fin de la siene.
L'abbé de Clairac^ soutient toute la sédition d'A genoys et de Périgort; et semble au sieur de Monluc que le roy feroit bien de l'envoyer quérir, et, en passant par Loches, lui faire espouser la tour du chasteau pom' quelques jours.
Monsieur de Lioux' est allé en Périgort, par com-
1 . Nous avons peu de renseignements sur le synode de Clairac, qui paraît avoir exercé une action importante sur les progrès de la Réforme en Guyenne. Une lettre de Burie à la reine, en date du 7 décembre 1560, nous apprend que ce synode venait de clore ses séances, que le protonotaire de Caumont, abbé de Clairac, y avait assisté, et que les ministres qui le composaient s'étaient mis en communication avec le cardinal de Lorraine , duc de Guise et maréchal de Saint-André, probablement pour leur signifier leurs volontés (¥•= de Colbert, vol. 27, f° 241).