‹ Commentaires et lettres (volume 2)Chapitre 97 sur 158 · Antoine de Bourbon, roi de Navarre, pai' son mariage avec · texte numérisé non relu

Antoine de Bourbon, roi de Navarre, pai' son mariage avec

y exercer la jastice, monsieur le séneschal d'Armagnac et les aultres officiers y entreront dez aujourd'huy avec les aultres habitans qui, de présent, sont hors de la dicte ville, qui vouldront retorner. Et oblieront les ungs et les aultres toutes injures passées et ne se reprocheront l'ung à l'autre aulcune chose, ains vivront en paix et tranquillité; et sera faict criée à son de trompe de par le roy et le dict seigneur de IMonluc de ne soy injurier l'ung à l'autre et ne se reprocher, à peine de la vie.

Aussi de ce que les dicts habitans et estrangiers y estans pourroient avoir porté les armes, brizé temples et maisons, pris aornement d'église, dixmes et aultres telles choses semblables, et s'estre approprié tiltres de cappitaines, gouverneurs et lieutenans, le dict sieur de Monluc promet de n'en faire fau*e aulcune pugnition ny la poursm-^Te, ains icelle reste aux roy et royne de Navarre, envers lesquelz s'employera, escrira et suppliera soy vouloir employer envers le roy, pour obtenir pardon et rémission des dicts excès, et semblablement au roy.

Si escripra aux courtz de parlement de Thoulouze et Bordeaulx de ne, pour raison de ce, vexer les dicts habitans et estrangiers, qui ont porté armes en la dicte ville et environs et faict autres excès susdicts, et néantmoyngs enjoindra aux gouverneurs, juges et consuls, d'où les dicts estrangiers sont, ne les poursuyvre par justice, soit par auctorité de prévost ou aultrement, ains qu'ilz viendront sur leur

Jeanne d'Albret, avait succédé à son beau-père dans la charge de gouverneur de la Guyenne.

bien, sortant de Ja dicte ville; leurs vies, armes et bagues sauves, sauf ceulx qui voudront siiyvre le dict sieur au camp au service du roy, auquel cas le dict sieur promect leur faire tel et semblable traictement qu'il faict aux soldatz de sa compaignie.

Si promect le dict sieiu' de Monluc qu'on ne cônstraindra aulcun habitant de la dicte ville aller à la messe, et ne les resprocliera l'on, faisant leurs prières en leurs maisons, jusques à ce que le roy et les roy et royne de Navarre y auront pourveu.

Aussi le dict sieur promect faire lever le siège de deVant la dicte ville de Lectore et retirer ses gens, et ce faict par manière de: provision, et jusques à ce que par les roy et royne de Navarre y soit aultrement pom'veu. Le dict sieur de la Chapelle V lieutenant du dict sieur sénesch3l, sera mis en garnison dans le chasteau avec trente hommes, gens c^u. pays et cogneus, pour tenir la force à ce que la ville demeure en l'obëyssance du roy et roy et royne de Navarre ; lesquels seront entretenus aux despens de toute la communaulté du dict Lectore. et des villages cirçonvoysins, tels que le dict. sieur de. Monluc advisera.

Et affîn que les estrangiers,. qui se vouldront retirer dans lem^s maisons, ayent leur chemin seur, ou les aultres habitant, de: la. dicte ville, qui ne vouldront

i . Aïitojne Laausse , s,eigneur de la Chapdle ,(t, III, p. 22, note 1 J. JJn recueil de , délibérations municipales, conservé aux archives de Lectoure, et intitulé Liire des records de 1o42 à lo78, nous apprend que la Chapelle continua d'occuper le château de la ville pendant, plusieurs; années^ apçèsi4a p^ixajde

demeurer dans icelle, le dict sieur baillera deux gentilzhommes pour oastages à la roynè de Navarre', lesquels le diqt sieur y envoyera avec deux des habitans de la dicte ville. Et les dicts estrangîers seront conduits par ces gentilzliommes au lieu où nommeront, pour de là en hors se retirer en leurs maisons et biens, sans que tort et offance leur soit faicte. Et quant aux ministres, auront sauf-conduict pour se retirer hors du royaulme; et, si se veuUent retirer en Bëarn, y pourront aller avec les gentilzhommes qui seront envoyés par hostarges.

Aussi le dict sieur promect que les prisonniers, qui sont vivants à Fleurance et Tarraubc^, et ceulx que les gentilzhommes ont vers eulx, seront mis en leur liberté sans payer aulcune ranson ; et semblablement les prisonniers qui sont en I^ectore seront mis en liberté. >

Ledict sieur de Monluc veult et entend que garde soit mise aux portes de la dicte ville et que aulcun estrangier n'entre en la dicte ville : depputeront deux hommes à chascune porte, gens de bien pour faire ladicte garde, avec ceulx qui seront de la dicte garnison ensemblablement; et au cas où les dicts consulz layssassent entrer aulcuns estrangiers, seront tenuz d'en respondre.

Pareillement ledict sieur promect aux forains de

1 . La reine de Navarre est prise ici comme la plus haute autorité du parti protestant.

2. Ten^aube avait été })ris le 8 septembre précédent. Les prisonniers avaient été passés au fil de l'épée. ^^oyez le récit de la prise de Terraube et de Lectoure dans le tome III des Commentaires, p. 16 et suivantes.

la cité de Thoulouze^ qui se sont retirés audict Lectore, qui sont maistres ]Mathieu Roux^ Dommergue, Sarré, Gailhard, Lans^ et du Boys, procureurs, de y demeurer et résider soubz l'obéissance du roy, sans qu'ilz puissent estre molestés par les habitans ou aultres ny querellés par le parlement de Thoulouze, à la suscitation d'aulcuns personnaiges ; ains le dict sieur les favorisera pour recou\Ter lem^s biens.

Aussi les dicts habitans et estrangiers de quelque lieu que soit, ausquels a esté prins leurs biens, pour raison de ce dessus, y seront remis et réintégrés; et sera baillé sauf-conduict par le dict sieur à ceulx qui ont porté tiltres de cappitaine dans la dicte ville, pour s'en retourner à leur bien.

Que les mallades, blessés, estrangiers, estans dans la dicte ville, y pourront demeurer en toute seureté jusques qu'ilz soyent guéris; et après se pourront retirer comme les aultres en lem^s maisons avec saufconduict.

Aussy seront l'évesque*, chanoynes et aultres gens d'église receus et remiz en leurs temples pour faire leur service accoustumé, sans que leur y soit donné aulcun trouble ou empeschement, à cette fin qu'ils jouissent de pareille liberté pour leur regard que le dict sieur de Monluc a accordé à tout le reste des

i . Guillaume de Barton , fils du vicomte Pierre de Monbas et d'Elisabeth de Le\-is de Châteaumorand. Il était neveu de Jean de Barton, mort en 1544, son prédécesseur à l'évêché de Lectoure. Guillaume obtint ce siège après la mort de son oncle Jean, et fit son entrée en ville le 17 mai lool. Il assista au concile de Trente.

habilans et forains de la dicte ville, et que ce soit réciproquement tant d'un cousté que d'aultre.

Faict au camp, près Lectore, le vendredy, second jour d'octobre mil cinq cens soixante deux. Ainsi signé : De Monluc, Portai, le séneschal d'Armagnac, Finmarcon, Montant, de Durfort, Montferrand, de Sambaussac, Larchappe, Lésa, Biarmont, Puységur, Labrunye, Roux, Peyron, Capdeville, Rosier, Filbeul, Barrières, Dumas, Flamarens, Dasquès, Lamotte, Lamothe Bardinguet, de Bonnot, Delpuis, Bonnas,

Varnier.

De Monluc.

Par commendement de mon dict seigneur,

Boéry.

(Document' rapporté de Saint-Pétersbourg et communiqué par M. le comte de Lafei'rière.)

[Lectoure, k octobre 1562.]

Madame, s'estant réduicte la ville de Lectore en l'obéissance du roy et vostre , selon les articles de la pacification que je leur ay accordez, soubz le bon plaisir de sa Majesté et vostre, j'ay bien voulu charger le général Portai^ de les vous apporter, afin qu'il

1, Bécenger Portai, chevalier, seigneur de la Pradelle, conseiller du roi et général de ses finances en la généralité de Toulouse, était le frère de Jehan de Portai, viguier de Toulouse, qui eut la tête tranchée après l'émeute de mai lo62. Après la mort de son frère, Bérenger Portai obtint un changement de résidence et devint général des finances de Guyenne. Il fit oublier à force de zèle les soupçons (jue le |>arti catholique conservait contre lui et

eust moyen de luy baiseir la main et faire la révérence à sa Majesté et, à la vostre. I . : -^ j-.

Il vous faira le discours ample comme le tout s'i est passé, et en quel estât il a laissé les affaires delà Guvenue, laquelle je ne laisseray jamais, sans la rendre, avecq l'aide de Dieu, aussi paisible qu'elle feust oncques, si ma vie ne me trompe. Et quand elle me fauldra, j'ay des enfans qui, n'estantz moings affectionnés que moy^au seryiGe,.de sa,JVIajestç, n'y fauldront iamais* ' ,-,'" :1

Et pour ce. Madame, que ledict Portai vous sçaUi^a bien discourir le surplus, je vous supplieray très humblement de le vouloir croire, et aussi d'estre asseuré que monsieur de Burye et moy l'avons trouvé fidelle, diligent et très bien affectionné en ce qui concerne le service de sa Majesté; car si nous l'eussions cognu aultre, nous ne Teussions eu si longuement auprès. de nous. Nous l'avons emploie à faire plusieurs voyages pour le service de sa dicte Majesté et pacification de ces troubles ; lesquelz il a voullu faire à ces propres despens, s'en estant réservé la récompence à sa dicte Majesté. Par quoy, Madame, je vous supplie très hùmbleinent le vouloir avoir J30ur fecommande. '

rentra trois ans après dans sa charge de général des finances de Toulouse. [JBullet in de la soc. de l'Histoire du Protestantisme français,, t. YH * p. 179.) On conserve à la Bibliothèque impériale deux lettres de Burie,- l'une du 13 oct. 1561, l'autre du 28 déc. 1561 qui contiennent l'éloge du général Portai (coll. Saint- Germain fr., vol. 689, 5, f koQ>). Il mourut après la Saint-Barthélémy, en zélé huguenot, comme il avait vécu, mais toujoui's fidèle au roi,-

Madame, je supplie le Créateur vous donner en toute perfection très longue et heureuse vie. : mî De Leytore, ce quatriesme octobre 1562.

Vostre très unbble et très hobéysant suget et

; i serviteur/ J'/^ji'"''.-'- --

, r( .r,. i/.r.j..>. DcMonluc.

(Lettre originale ; tes derniers mots: votre très unbble, etc., et la signature sont autographes; Bibl, imp., coll. Saint-Germain fr., vol. 089, 7, f° J52.)

[12 octobre 1562.]

Madame, sabmedi matin, monsieur de Burie et moy vous, avons despéchë le sieur du Corret pour vous pourter.jles nouvelles de la victoire que Dieu nous a donné le jour de , /devant *., Yer nous assemblasmes avec ^lonsieur de Montpensier, oùfeust arresté que le dit seigqeur et monsieur de Burie, avec toutes les forces, s'en iroyent en Saintonge pour suyvre la victoire contre liionsieur de, la Rochefocaut, vers lequel le seigneur de Duras se sera retiré et ceulx qui sont escliapés de la bataille, et que je m'en retourneroys vers Montauban, avec la compaignie du roy de Navarre et la mienne, que nous espérons se rendra, estant maintenant hors d'espérance de leur secours ^

i. Combat de Y^r, Voyez le tome III des Commentaires, p,. 46

et suivantes. . nir.rrr')'.' '•<■ ' ' ■ - ■ ' ••• ■' ' ' -

2 . Monluc fut prévenu devant Montauban par le capitaine Antoine de liOmagae, baron de Terrides. Ce nouveau siège de Montauban n'eut pas plus de succès que les précédents, Voy,ez. les Commentaires, t. III, p. .^)8 et suivantes^, ;.

i 70 LETTRES

Je m'ayderay des trois compaignies de Comenge, qui ne costent rien au roy, car les évesques et le païs les paient.

Madame, je vous supplie très humblement me laisser, en ce pays de Peyrigort, monsieur de Lioux, mon frère, a^ous asseurant que la noblesse de ce pays en aura grand contentement*, et s'armeront beaucoup mieulx que toute autre, et luy donner une compaignie de gendarmes. Je vous ay par cy-devant supplié. Madame, me donner dix hommes d'armes de cœur en ma compaignie pour retirer des gentilzhommes, qui m'ont suyvy en toute ceste guerre, lesquels ont esté en aussi grand dangier de leurs vies et biens que moy; mais j'aime mieulx n'en avoir poinct et qu'il vous plaise. Madame, donner ceste compaignie à mon fi^ère, qui retirera ceulx qui m'ont suy^'y et ceulx de PejT^igort qui ont fait beaucoup de services. Et pour cella le roy n'augmentera poinct de despense, mais en diminuera ; car j'ayme beaucoup mieulx une compaignie de gendarmes que six de gens à pied auxquels ne pourrions avoir grand fiance. La gendarmerie et noblesse du pavs avons presque faict toutes les factions. Et de rechef. Madame, je vous supplie très humblement me voloir

i . Une lettre de François d'Escars à la reine, en date du 23 octobre 1562, nous apprend que Monluc de Lioux avait reçu, quelques jours auparavant, le commandement de Pignerol en Piémont. Mais les habitants de Périgueux, à la nouvelle de l'approche de l'armée de Duras, étant venus demander à d'Escars un chef capable de les commander, d'Escars leur avait proposé Monluc de Lioux et avait écrit à ce capitaine pour lui commander de se jeter dans la ville de Périgueux et de la défendre (coll. Saint- Germain fi\, vol. 689, 7, {" 271).

accorder ceste requeste, et que, de tous les biens et honneurs que j'espère avoir du roy et de vous, en récompense de tant de services que nous avons faict, ystuicy soit le premier. Vous ferés beaucoup pour les vostres amis, qu'il vous plaist pour tels nous tenir, et si, l'esté qui vient , la sédition continuait encores en France', et qu'il vous plaise m'y appeler, mon dict frère pourroit demeurer en ce pays, qui, je m'asseure, y fera aultant que moy^ Encores j'espère que le tout sera pacifié. Qui est tout, après vous avoir supplié très humblement me tenir toujours en vostre protection et bonne grâce ; et je prieray le Créateur que en parfaicte santé vous doinct, Madame, très longue vye et prospérité.

Du camp de ^, ce XIP® octobre 1562.

Votre très humble et très obéissant suject et serviteur.

De Monluc.

(Lettre rapportée de Saiat-Pétersbonrg et commnniquée par M, le comte de Laferrière.)

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