Lacune dans notre copie
m'a esté dict que vosjre délibératioiî est de ne bouger de ce pays de Guienne de six mois^ et que ferez le tour partout, tant en nostre Cartier que ce pays de Saintonge. Je Vous supplie très humblement /ne vouloir changer d'opinion, car il n'v a prince qui face ung plus grand service au roy que vous ferez'. On ne scait quelle fortune peult advenir, ou une dessente dWngloys^, ou si par cas de malheur nos gens perdoient une bataille en France ; que s'il advenoit l'ung ou l'autre, le pays de la Guienne seroit en aussi grand trouble que jamais. Et si vous y estes, la grandesse et authorité vostre gardera que personne ne s'auzera bouger, je ne dis pas seulement en la haulte et basse Guienne, mais le pays de Languedoc mesmes s'en ressentira, car il n'y a homme, en tout ce Cartier de Languedoc, de qui vous deviez espérer qui soit suffizant pour faire le service qu'il appartient au roy en cestë grande nécessité, sinon que monsieur de Fourquevaux ', que encores jusques icy ne s'v est fait chose digne d'en parler. Et comme la noblesse, le parlement de Thoulouze entendra que vous vou-
i . Louis de Bourbon, duc de 3Iontpensier, ne suivit pas les conseils de 3Ionluc. Il parut à peine eji Périgord, se retii^a en Saintonge et revint bientôt à la cour. - ' '
2. Le prince de Condé venait de signer, le 20 septembre, avec Elisabeth d'Angleterre , le traité de Hamptoncourt , par lequel la reine s'obligeait à secourir les protestants de France. Déjà une partie des troupes anglaises avait débarqué au Havre et à Dieppe. La Guyenne était particulièrement menacée par cette invasion, à cause des prétentions séculaires des Anglais sur cette jM'ovince. mi,
3. Raymond de Pavie, baron de Fourqueyaux ,(V. ^,. p. .328, note 1).
lez résider en; qe pays, il n'y aura homme qui.auze cheminer que le droiet chemin.. Et pourrés faire cest y ver une cavalquade jusque à Thoulouze, qui sera comme une grande faveur au pays. Il y a, ce me semble^ assés de grands, personnages en France : si ung cliascun veult mettre la main à la paste et à bon escient, comme vous ferez de par deçà, et si vous considérés bien, vous soustiendrez plus de la tierce partie duroyaulme de France. Nous nous tiendrons tous.trèsheureux tant du cousté du Languedoc que de.la Guienne estre commandés de vous, et chascun voudra monsLrer qu'il a envye de faire service au roy,:pour l'espérance que nous avons que vostre authorité aura la puissance de faire; faire quelque bien et honneur à ceulx qui le mériteront, là oi^i, s'il n'y demeure que monsieur de Burye ou moy, tout le monde scait bien que nous n'avons pas puissance de faire rien pour nous-mesmes. Et ce ne sera pas petite loange à vous d'avoir rapatrié la tierce partie du royaulme de France; et acquérirez pour vostre particulier l'amytié et obligation de dix mil gentilzhommes, et vostre renommée ne demeurera pas seulement dans ce royaulme, mais parmi tous les princes chrestiens tant d'Espaigne que d'Italie. Par quoy je retourneray à vous supplier très humblement volloir mettre cecy en considération , m'asseurant que vous, n'aye?; seigneuv autour de vous qui ne soict de mon opinion et n'entend le service du roy, comme ils font.
Et si vous trouvés bon, vostre demeure seroit fort requise à; Bourdeaulx pour estre adverti de la mer et delà terre. Monsieur de Burye. pourroit amener les
Espaignols en France et les compaignies françoises ' ; et, pour ce que en France y a prou de gendarmes, retenir toutes les compaignies que vous avez qui secourront le Languedoc et la Guienne ; et ne vous fauldra guères de gens de pied. Monsieur de Terride et moy vous soulagerons en la haulte Guienne, vers le Languedoc; monsieur de Sansac^, vers l'Angomoys et Saintonge; et monsieur de Candalle* et monsieur d'Estissac pourront demeurer ordinairement avecques vous. Je m'asseure bien que monsieur de Chavigny ne vous vouldra pas habandonner. Par ainsy tout le pays respondra à vos commandemens. J'ay nommé monsieur de Bm^ye à mener le secours en France pour ce que le roy et la reyne en ont desjà escript*. Je supplie nostre Seigneur qui nous fasse à tous la grâce que vous veuilles prendre ce party, et.
1 . Il s'agit ici des compagnies de gens de pied levées par Mohluc et surtout de celles que commandait le capitaine Charry. Ces compagnies formèrent le noyau du premier régiment des gardes françaises établi en 1S63.
2. Louis Prévost de Sansac, gouverneur d'Angoulême depuis 1530, frère de l'archevêque de Bordeaux.
3. Frédéric de Foix, comte de Caudale (t. III, p. 27, note 1). Quelque temps auparavant Bmùe, dégoûté autant que fatigué par ces expéditions sanglantes, avait demandé son remplacement par le comte de Caudale (coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 6, fM77).
4. Dès le commencement du mois d'août le roi n'avait cessé, dans toutes ses lettres, de presser Burie et les compagnies espagnoles de venir à son secours. Voyez notamment la lettre du roi du mois d'août, sans date précise (coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 6, f° 379), et la lettre de Malicorne en date du 31 août (ibid., f° 492) . Les événements, de jom- en jom- plus graves, défendant à Burie de quitter son gouvernement, ce fut Prévost de Sansac
si le faites, je diray que Dieu aime nostre roy et tout le pavs; et au contraii-e, si ne le faictes, je craindray tousjours que les choses n'aillent guères bien. Je vouldroys qu'il vous pleust me faire tant de bien^ si vous prenés ceste délibération^ m'en advertir, car je le publieray par toute la Guienne^ jusques au Languedoc ; que vous vous pouvës asseurer qui donnera une grande resjouissance et contentement à tout le monde, et fera venir à Tobéyssance un million de personnes. J'altendrayce qu'il vous plaira m'en mander, et, si vous monstres ma lettre à votre conseil, je les supplie tous pezer ce que je vous escriptz. Que par ventures peult estre que c'est votre délibération même : je n'en ai rien entendu que ce soii^ sur mon partement par personne qui ne le pouvoit pas bien scavoir; qui est cause que j'ay mis la main à la plume. Et, attendant vos commandements, je vous supplie très humblement me tenb tousjours en vostre protection et bonne grâce, et je supplieray toute ma vye nostre Seigneur que en très bone part vous doinct. Monseigneur, longue vye et prospérité. De Salignac, ce XIX""' octobre 1562.
Vostre très humble et très obéissant serviteur,
De 3Ionluc.
(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communitjuée par M. le comte de Laferrière,)
qui conduisit au roi les bandes espagnoles et les compagnies de Charrv. (Lettre de Sansac du 21 novembre i562 ; coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 7, f° 388.)
[Estillac, 20 novembre 1562.] '
Madame^ estant passé en la ville de Lectore despuis la réduction d'icelle^ j'ay adyisé les ruynes y advenues et entendu les pilleries et. violences qui y ont esté faictes par ceulx de la nouvelle religion, qui, par l'espace de six moys ou plus, ont occupé icelle ville contre l'authorité du roy. Et, entre çeulx qui me semblent les plus intéressés, je vous puis nommer le chapitre et chanoynes de ladite ville, d'aultant que, oultre les grandes ruynes de leur église cathédralle, des ornemens et jouyaux d'icelle,^ ils ont esté encores pillés et saccaigés en leurs maisons et habitations, n'y ayant laissé aulcunç vivres ne meubles, et tous leurs fruicts de ceste année prins et ravys; de sorte. Madame, que la pouvreté, où je les veoys constitués, m'a donné occasion de vous escrire en leur faveur pour vous sujDplier très l^umblement avoir pitié d'eulx et de la plus part du clergé de ce diocèse, qui a esté traicté de mesmes, leur donnant moyen qu'ilz puissent poursuivre réparation des choses susdictes contre les délinquans et séditieux, à ce qu'ilz soyent remis à la justice du roy et à sa court de parlement de Thoulouze. Et, d'aultant qu'on ne s'est point contenté d'exercer toutes, ces violences, contre les djçts chanoynes, mais encores: l^on a bruslé tous leurs documens, statuts et privilèges, qui leur avoient esté donnés par les feus roys, qu'il vous plaise. Madame, leur faire octroyer lettres, par lesquelles ils soyent remis en leurs
dicts privilèges avec mandement aux courts de parlement et aultres subalternes les y maintenir comme ils y ont esté paisibles jusqu'à présent. Ils s'attendent à vostre clémence et miséricorde en cest endroict, et persévèrent en assiduelles prières à Dieu le Créateur pour Testât et prospérité du roy et vostre, comme de ma part je le supplie, Madame, vous voulloir conserver en tout heur et félicité que désirés.
De Estillac, ce XX™^ jour de novembre 1 562.
Vostre très humble et très obéissant sujet et serviteur.
De Monluc.
(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et commaDiquée par M. le comte de Laferrière.)
[Agen, 22 novembre 1562]
Madame, comme croy avés entendu la ruyne et désolation de la ville de Lectore par le moyen des séditieux et rebelles au roy, qui par grand surprinse s'en estans saysis, l'auroyent à force d'armes tenue par l'espace de sept moys, durant lequel temps les officiers du roy et des roy et royne de Navarre, consulz et principaulx, faisant la plus grande et sayne partie des habitans de ladicte ville, bons subjectz et très humbles serviteurs dudict seigneur, auroyent esté contrainctz de vaguer parmy les champs avec leurs familles, délaissant leurs propres maisons et biens, pour ne voloir adhérer à leur religion, consentir à leurs mauvaises entreprinses et pourter avec
eulx les armes contre le roy^ de quoy je vous atteste^ comme l'ayant veu; et lesqiielz, despuys ladicte ville avoir esté réduicte soubz l'obéissance dudict seigneur, estans remys dans ladicte ville ;, se monstrent-ilz grandement affectionez à son service, en faisant le debvoir de garder ladicte ville. Que m'a induict vous escripre et supplier les recepvoir comme bons et très humbles serviteurs du roy et vostre, pai' le moyen de deux desdictz officiers, qui à ces fins se présentaront et plus avant vous remonstraront ce dessus et aultres fins de leur délégation; que vous supplie voloir ouyr*.
Madame, j 'a vois advisé, en faisant contribuer les villes et lieux de la séneschaussée d'Armaignac, rendre icelle ville des plus fortes que le roy ayt en Guyenne; et ne reviendroit en despence audict seigneur plus de troys mil escus. S'il vous plaisoit à ces fins me faire despêcher commission, lesdictz officiers, si ainsin plaisoit au roy, la recepvront; ce qui me semble estre nécessaire pour garder le pays et faire teste à tout ennemy.
En quoy. Madame, je vous supplie qu'ilz se recentent de vostre faveur et grandeur, qui est tout ce que je vous puys escrire pour le présent, après vous avoir supplié très humblement me tenir tousjours en vostre protection et bonne grâce; et je prieray Dieu que en parfaicte santé vous doint. Madame, très heureuse et longue vie.
1 . Quelques jours auparavant le cardinal d'Armagnac avait écrit à la reine une lettre analogue, en faveur du clergé et des habitants de Lectoure. Cette lettre est conservée à la Bibliothèque impériale (coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 7, f" 342).
A Agen, le vingt deuxiesme jour du mois de novembre 1562.
Votre très unbble et très hobéyssant suget et serviteur,
(Lettre originale; ces derniers mots : votre très unbble, etc., et la signature sont autographes; Bibl. imp., coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 7, f° 392.)
[Agen, 25 novembre 1562.]
Madame, après vous avoir dépesché Martineau, j'ay reoeu une lettre du général Pourtal, du dixiesme, par laquelle il me mande que à vostre soupper luy avés dict que vous m'aymiés et estimiés, et que ardiment j'eusse fiance en vous, mais que, m'aimant comme vous faictes, que vous vouliés m'admonester que je parle bien fort librement, et que plusieurs qui sont auprès de moy en font mal leur prouffict et le mien, et pour l'amour de vous je y prinsse garde.
Madame, il ne fault pas que vous trouviés estrange si l'on vous faict des rapportz de par delà de moy contre la vérité, car les Huguenaulx de ce pays ont bien advencé que vous leur aviés escript plusieurs lettres de faire ce qu'ilz ont faict, de sorte que m'a failleu parler si hault pour maintenir le contraire, que j'en ay faict clore les bouches aux plus grands qui en parloient. Et m'asseure à la vérité que homme ne peult faire rapport de moy que je parle contre le roy ny contre vous, et tout ce que jamais est sorti de ma bouche je le vous confesseray, Madame,
qui est que, ayant esté adverti par les nouvelles qui venoient de delà, que vous ne trouviés guère bon ce que je faisois pour le service du roy et vostre et que aulcungs mes ennemys, que j'ay auprès de vous, avoient eu ceste faveur de vous imprimer que tout ce que je faisois c'estoit pour m'enrichir et non pom' le service du roy, et pour saccaiger les maisons des gentilzhommes, et en ayant par plusieurs foys adverti, j'ai dict quelquesfoys que c'estoit mon vray malheur acoustumé que toute ma vye j'avois servi les rovs, mes maistres, de si grand lovaulté et fidélité que gentilhomme du monde sauroit faire, et que les récompenses que j'en avoys eues c'estoit plus tost que les ministres des roys, au lieu de me faire récompenser, avoient cherché de me reculer et houster de leur bonne grâce, et que quant cella m'adviendroit asture, ayant faict tant de services que j'ay faicts, que je ne le devoys trouver estrange, et toutesfois que, quant ce malheur m'esclierroit, j'avois si bien servy le roy, et à la congnoissence des trois estats du royaulme et de tous les princes chrestiens et estrangiers, que je m'assureroys qu'il n'y auroit nuUy qui me laissast mourir de faim. Et l'aultre chose que j'ai dicte, que ce a esté, voyant que la reyne de Navarre, quant la guerre commença par delà, favorisoit tous les séditieux et les retiroit auprès d'elle, et que les affaires de deçà estoient en si grand trouble et tout le royaulme de France pareillement révoulté, hormis Paris, je fus contraint luy mander par le général Pourtal que, si elle vouloit faire de ceste sorte, que je passeroys en Espaigne supplier le roy catholicque d'entrer dans son pays de Béarn, et
que la noblesse et tout le pays aimoient mieuk le roy d'Espaigne^, voisin de nostre roy, estant son beau frère et bon amy et tenant nostre religion, que si elle vouloit ruyner le roy et ses propres sulijeets.
Voilà, Madame, tout ce que je peux avoir dict que l'on en puisse faire grand cas; mais asseurés-vous, Madame, que j'ayme tant le roy et son service que, quant je verroys la perte prochaine de sa personne et de son royaulme, je m'aideroys de Dieu et des diables pour l'en garder, car je ne suis point de telz serviteurs, que les princes ont, qui ne les servent sinon pour y faire leur prouffict et non pour l'amityé qu'ilz luy portent et doivent pourter. Toutesfois, Madame, quelque chose que l'on dye, je n'eusse pas esté si foui de faire chose du monde que vous ne eussiés entendu, car, quand je disoys cella, c'estoit ung jeu que je jouoys à deux intentions, et pour veoir si avec mes braveries je pourroys esteindre le feu qu'elle allumoit.
Ledict général. Madame, m'a mandé aussi la grand fiance que vous aviez en moy, s'il venoit quelque désastre en France. Je prie Dieu que cela n'advienne, mais quant il seroit ainsy, je vous feray congnoistre , ou je mourray, que le roy et vous n'avez guières d'hommes qui vous servent de plus grande affection ny de plus grand vouloir et fidélité que moy; et quelque chose qu'on vous dye, je vous supplie très humblement regarder à mes faicts et non aulx parolles; et par là vous congnoistrés quel je suis à l'endroit du service de sa Majesté et vostre. Et si j'ay ung seul ennemy en tout le royaulme de
France pour mon particulier, je veulx avoir la teste tranchée, sinon pour ce que touche au service du roy; en quoy je n'espargneray pas mon propre filz. Et, je vous supphe très humblement, n'ayés point opinion que le service que je fays soit en espérance d'avoir de grands offices. Contentés seulement ceulx qui en sont dignes, car je suis trop content pom^veu que le roy et vous m'est imiés tel que je suis. Qui sera fin; après vous avoir supplié encore très humblement me tenir tousjoiu-s en vostre protection et bonne grâce, je prieray Dieu que en parfaite santé vous doinct très longue et heureuse vye. A Agen, ce 25 novembre 1 562.
Vostre très humble et très obéissant subject et serviteur.
De Monluc.
(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)
[Toulouse, 10 décembre 1562.]
Madame, je vous ay escript par monsieur de Clarmont*, et, comme je m'en venoys en ceste ville de Toulouse, où je suis esté appelle pai' monsieur le cardinal d'Ai'maignac et par les sieurs de la court de parlement pour entendre aulx affaires de deçà et mesmes pour les estatz, que ce do\"s ent tenir vendredy prochain à Carcassonne. Et, estant arrivé en
\ . Bertrand Isalgnier, baron de Clermont , neveu de Monluc (t. n, p. 203, note 1).
ceste ville, l'on a trouvé bon d'envoyer par exprès vers monsieur de Joyeuse pour entendre de luy si, pour le service du roy, je luy seroys nécessaire en quelque chose. Et, en attendant sa responce, je seray quelques jours en ceste ville pour incontinent, si le conte de Crussol*, qui c'est déclaré protecteur des rebelles et séditieux, faict aucung effort de empescher que les estatz ne se tiegnent librement en la dicte ville, aller avec ma compaignie et celle de mon filz et quelques ai^quebouziers à cheval, trouver le dict seigneur de Joyeuse et faire ce que les occurrences que je trouveray requerront pour le service du roy ^
Je vous ay aussi escript par ledict sieur de Clarmont comme j'ay, par IMartineau que j'avoys, faict dresser sept compaignies de gens de pied par des cappitaines que j'ay retirés, les aulcungs du camp de Duras ^, pour les vous envoyer, ce que je pence faire dans dimenche prochain, et les faire partir, ayant plustost faict recepvoir entre les mains des cappitaines le serement des soldatz de vi^TC selon la religion du roy et de faire léalement service contre
1. Jacques de Crussol, seigneur d'Acier (t. III, p^. 127, note 3).
2. Les États de Carcassonne s'ouvrirent le 11 décembre et se clôtiu-èrent le 20 du même mois, sous la pre'sidence de Guillaume Pellissier, évêque de ^lontpellier, sans avoir été troublés par le comte de Crussol [Hist. du Languedoc^ t. V, p. 24o).
3. L'armée de Sympliorien de Durfort, seigneur de Duras, s'était dispersée après la bataille de Ver. Plusieurs de ses capitaines étaient passés au parti catholique. Duras lui-même avait demandé et obtenu des lettres de rémission. Une copie de cette importante pièce, du mois d'octobre 1562, est conservée dans la collection Saint-Germain français, vol. 689, 7, f° 146.
tout le monde à sa Majesté. Avec eulx j'estoys délibéré vous envoyer mondict filz, sans que monsieur de Montpeneier m'a mandé qu'il estoit nécessaire qu'il demeurast par deçà pour subvenir au Languedoc, s'il s'en présente occasion. Et si nous ne sommes pour encore presser aller au dict pays, je cuyde que monsieur le cardinal d'Armaignac vouldra qu'il aille en Roergue essayer à remettre Milhau ^ et Sainct Anthony^, qui sont deux villes, en l'obéyssence de sa Majesté; ce que l'on pence que ce pourra faire, de tant plus ayséement que quelques gentilzliommes du pays ont despuis n'a guières deffoict cent cinquante hommes auprès de Villefranclie de Roergue, et Savignac, Aygna et Sondève, trésorier du domaine, troys de leurs principaulx cappitaines; comme ont faict aussi, presque en mesme temps, l'évesque de Lodève et abbé de Nant, qui ont tué quatre cens hommes et sept de leurs principaulx et meilleurs cappitaines, et bien cinquante chevaulx. Qui sont plus freiches nouvelles que nous ayons du Langue-
1 . Les habitants de Millau avaient adopté le calvinisme à l'unanimité . Ils avaient fait dresser procès-verbal de leur délibération et l'avaient envoyé au roi avec leurs protestations de dévouement. Le roi avait confié l'examen de cette affaire à des commissaires spéciaux. Une enquête avait été ordonnée et avait prouvé l'unanimité des habitants en ûiveur du calvinisme. Ces pièces, malheureusement sans date, sont publiées dans le Bulletin de l'Histoire du Protestantisme français^ t. IX, p. 382.
2. La ville de Saint- Antonin dans le Rouergue avait été prise de vive force au commencement de mai par les Réformés, qui s'y étaient établis comme dans une place forte. (Lettre des officiers de Villeû-anche au roi en date du 6 mai; coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 6, fû 21.)
doc, et desquelz je vous puis faire certaine. Qui
sera fin, après vous avoir supplié très lîuml3lement
me tenir tousjours en vostre protection et bonne
grâce; et je prieray Dieu que en très bonne santé
vous doinct. Madame, très longue et heureuse vie'.
De Tholose, ce X™*^ décembre 1 562.
Votre très unble et très hobéisant suget et
serviteur.
De Monluc.
(Lettre originiile; ces derniers mots : votre très unbble,ete.,et la signature sont autographes; Bibl. imp., coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 7, f" 446.)
[Agen, 28 décembre 1562.]
Madame, à la requeste de monsieur le cardinal d'Armaignac et de messieurs de la court de parlement, j'av esté à Thoulouse, et m'ont communicqué deux affaires pour le service du roy : l'ung, pour tenir la main à ce que les estatz de lianguedoc, qui se tiennent à Carcassonne, ne fussent empeschés par le conte de Crussol; et à ses fins me suis tenu au dict Thoulouse quelques jours, ayant ma compaignie de par delà et celle des chevaulx-légers de mon filz. Et voyant que les dictz estatz n'estoient empeschés, comme nous a mandé monsieur de Joyeuse, je me suis retiré en ceste ville d'Agen pour contenir le
i . Cette lettre de ^lonluc a été signalée et analysée dans Y Histoire du Languedoc (t. V, p. 246). L'auteur des Commentaires prêcha sans succès la tolérance et la concorde au parlement.
peuple en l'obëyssanee de sa Majesté, et aussi que en mon absence quelque désordre est survenu à Saincte Foy la Grand, duquel vous en advertiray, en ayant entendu la vérité \ L'autre estoit poiu* me communicquer ung différant qui est entre ceulx de la court de parlement, qui exercent la justice, et eeulx ausquelz est interdict par la dicte court, à raison de la sédition advenue au dict Thoulouze. J'ay faict mon devoyr de remonstrer, tant au dict seigneur cardinal que à messieurs les présidens de Paullo^ et Daffis^, que c'est à eulx à qui apartient de paciffier toutes choses et que la volonté du roy estoict telle de pardonner à ceulx qui estoient en la dicte sédition, pourvu qui ne feussent des cliiefz et autheurs d'icelle et qu'ilz volsissent vivre suyvant les constitutions de sainte Mère Esglize et édictz du roy, ce que ceulx qui sont interdictz, comme j'ay entendu, désirent faire; et qu'il failloict qu'ilz parlassent liault et ne craindre rien pour le faict du peuple, car je leur meneroys les forces qui sont en la Guienne, pour faire parler d'eulx ceulx qui vouldroient faire les folz. Les dictz présidens m'ont ac-
1 . La ville de Sainte-Foy en Périgord e'tait occupe'e par le capitaine Razat et une centaine de soldats. Ce capitaine avait arrêté un ministre et lui faisait son procès, quand une troupe de séditieux de la ville et des environs entra dans la ville au milieu de la nuit, chargea les corps de garde et mit les soldats en fuite. Razat fut fait prisonnier et mis à mort le lendemain avec 80 de ses compagnons d'armes. (Lettre de Noailles du 11 déc; f. fr., vol. 6908, f" 104 : lettre de Lauzun de la même date; coll. Saint- Germain fr., vol 689, 7, f° 448.)