DU ROY ET RECEVEUR GENERAL DE SES FINANCES EN PICARDYE
[Agen, 10 janvier 1568.]
Monsieur le Beauclere, j'ay receu la lettre que m'avez escriple, et pour vous respondre quant à ce que messieurs des finances m'ont faict escrire au roy, je n'en veulx rien faiie; car je ne veulx point
\. Nicolas de Beauclere, conseiller du roi, officier de finances. Pendant les guerres d'Italie, il avait suivi la fortune de Monluc et avait été attaché plusieurs fois à l'auteur des Commentaires. En \ S6o il entra à la recette générale des finances établie à Bordeaux (coll. Gaignières, vol. 2783, f° 19). Peu de temps après, il devint receveur général des finances en Picardie (lettre de Monluc du 10 janvier 1368). En 1579 il était trésorier des finances à Limoges (coll. Gaignières, vol. 310, f» 113). Vers la même époque on le retrouve à Paris, secrétaire du duc de Montpensier (f. fr., vol. 3182, fo S4). Il devint enfin trésorier du duc d'Alençon et négociateur de ses emprunts (lettre du duc d'Alençon, du 7 août 1381; coll. Dupuv, vol. 801, f° 169).
eslre despourveu d'argent^ veu mesmement que sa Majesté m'a envoyé lettres patentes* pour faire levée de deniers sur ce pays pour l'entretenement des gens de guerre à pied et à cheval, qu'il convient entretenir pour son service en Guienne. Et si vous veulx dire que jamais il ne se fît si grand levée de gens de guerre en ce pays tant de cheval que de pied, qui ont esté envoyés pour secourir sa Majesté, et qui luy aye si peu cousté que à présent. Et qu'on se informe si le gouverneur de Languedoc^ en a usé de cette sorte, car jusques icy il a despendu des finances de sa Majesté cent quatre vingt dix mille francs, sans avoir levé plus hault de quatre compaignies, ny trouvé moyen de faire fornir au pays l'argent qui est nécessaire pour le payement des gens de guerre qu'il y fault entretenir pour la garde d'icelluy, comme j'ay faict. Mais si lesditz sieurs des finances veullent mesnager l'argent du roy, qu'ils le facent à l'endroit de ceulx qui le despendent en vain, s'il en y a. Car, quant à moy, je ne suis point de ce nombre.
Vous me congnoissés loing temps y a, et scavés comm^e j'en use; vous asseurant que je n'ay point changé de completion. Et d'autre part ce n'est qu'une lettre de caichet, et ce que j'en fais est en vertu des lettres patentes de sa Majesté; par quoy je vous prie les en advertir et leur mander franchement que je n'en feray autre chose. Qui sera fin, me recommandant de bon cueur à vostre bonne grâce, priant Dieu en
1 . Une copie authentique des lettres patentes du roi, signée de Monluc, est conservée dans le vol. 341 de la coll. Gaignières, P» 171,