‹ Commentaires et lettres (volume 3)Chapitre 35 sur 98 · Le maréchal Damville · texte numérisé non relu

Le maréchal Damville

bonne santé vous donner, Monsieur de Beauclere, ce que plus désirés.

D'Agen, ce X™® de janvier 1 568.

Vostre bon amy.

De Monluc.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., coll. Gsignières, vol. 341, f 9.)

18 1. A MONSIEUR DE DACQS.

[Agen, 17 janvier 1568.]

Monsieur, j'ay receu vostre lettre, ensemble celle des juratz de Dacqs, et pource que je suis sur mon parlement pour m'en aller à Bordeaulx, à cause que les Huguenotz se sont saisiz de la Rochelle* et que je veulx pourvoir audict Bordeaulx et à Blaye et tout ce qui sera nécessaire, je vous prie me trouver mauvais si je ne vous fay longue lettre, ny à présent si ne fay autre response ausditz juratz. Quant à vostre gouverneur, je ne l'ay point encore veu et suis bien aise que vous m'ayés adverty pour quelle occasion il s'en vient, vous asseurant que je n'ordonneray rien en ce qu'il me pourra requérir pour le faict dont m'escripvez; car je ne veux point donner ceste despense au peuple, s'il n'en ait besoing, et entretenir garnisons à l'appétit de certains particuliers. Qui sera fin, me recommandant de très bon cœur à vostre

1. Les Réformés de la Rochelle, sous le commandement de François Pontard, maire de la ville, avaient pris les armes , pillé les églises et fermé les portes à Jarnac, leur gouverneur (Arcère, Hist. de la Rochelle, t. I, p. 3uS).

bonne grâce; et prye Dieu vous donner, Monsieur, en très parfaicte santé longue vye.

D'Agen, le XYIP" janvier 1568.

Vostre cousin, amy et serviteur.

De Monluc.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol, 69H, f» 145.)

[Agen, 18 janvier 1568.]

Sire, ayant tousjours congneu le sieur de la Cassaigne, présent porteur, très humble et très obéissant subject et serviteur de vostre Majesté, au commencement des troubles je luy baillay la charge du gouvernement de la ville de Lectoure, à laquelle il s'est si bien et si fidellement acquité, que, je vous puys tesmoigner, il n'en est venu aulcune plaincte. A présent il a quitté la dite charge pour accepter la lieutenance de gens d'armes qu'il a pieu à vostre Majesté donner au cappitaine Arné. Je vous supplye très humblement. Sire, le recongnoistre pour vostre très humble et très obéissant subject et serviteur.

Sire, je supplye le Créateur en très bonne santé vous donner très longue et très heureuse vie.

D'Agen, ce XVIIP'^ janvier 1568.

Votre très unble et très obéisant sujet et serviteur.

De Monluc.

(Lettre origin;ile ; ces mots : lotre trè-r^ etc., et la signiitiire sont autographes; coll. de M. le comte de Lupé.)

[Marennes, 29 mars 1568.]

Sire, il y a aujourd'hui cinq semaines que je vous despéchay le cappitaine Aspremont' avec amples instructions et mémoires, vous demandant par icelles tout ce qui m'estoit nécessaire pour le siège de la Rochelle*, et dans cinq ou six jours après vous envoyay semblable dépesche par Lefebvre', qui estoit secrétaire de feu monsieur le connestable, et depuis vousay escrit par le marquis, qu'est au sieur Stroce*, pour vous donner les nouvelles de la deffaicte que

1. Une lettre du roi à Monluc, en date du 17 mars 1368, nous apprend que le capitaine Aspremont avait été arrêté en route, et que les dépêches qu'il portait étaient tombées aux mains des réformés (Minute; coll. Harlay S. G., vol. 320, 2, f° 71).

2. Monluc avait reçu au commencement de février l'ordre d'assiéger la Rochelle. Voyez les Commentaires, t. III, p. 148 et suivantes. Aux documents déjà cités sur cette campagne (t. III, p. 149, note), il faut joindre un ordre du roi, du 4 7 mars lo68, portant injonction à tous les capitaines d'aider Monluc dans son entreprise (coll. Harlay S. G., vol. 320, 2, f° 75), une lettre du roi, de la même date (ibid., f° 71), et une autre de la reine, du 17 mai [ibid., vol. 320, 3, f° 5S), à l'auteur des Commentaires .

3. Une lettre de Foix Caudale, du 20 février 1568, à la dame de Montmorency, donne la date de l'envoi du secrétaire LefebATe à la cour (f. fr., vol. 3197, f» 34).

4. Philippe Strozzi, fils du maréchal Strozzi, naquit à Venise en avril 1541. Il devint colonel général de l'infanterie, après la mort de d'Andelot, et lieutenant général de l'armée navale. Strozzi assista aux sièges de Calais, de Guines, de Leith en Ecosse, de la Rochelle, de Brouage, et aux batailles de Saint-Denis, de Jarnac , d'Arnay-le-Duc. Il mourut en 1581. Brantôme a écrit sa vie dans les Couronnels français.

monsieur de Madaillan avoit faite en ce pays'. Après le parlement duquel je m'acheminay dans deux ou trois jours pour m'en venir dans ces cartiers, attendant la response de vostre Majesté sur les dictes dépesches, mais encores jusques icy je [n'en ay receu] aucune. Je m'arrestay trois ou quatre jours à Saint Jehan d'Angely pour remédier à faire assembler des vivres pour l'avituaillement du camp durant ledict siège; et après m'en suis venu en ce lieu de Marennes où j'ay trouvé monsieur de Pons^ où estans avons esté tous d'advis d'aller faire attaquer l'isle de Ré, qu'est vis à vis de la Rochelle, et d'où ceulx qui sont dedans en tirent toutes les commodités qui leur sont nécessaires. Et de faict y avons envoyé le sieur de Leberon, mon nepveu, avec cinq ou six cens harquebuziers, desquelz il est chief, et le cappitaine la Gombaudière avec l'armée de mer et deux robberges, qui y sont arrivées de Sainct Jehan de Luz, lesquels jeudy matin dernier firent semblant vouloir faire descente en ung endroit de ladicte isle, mais ils s'en allèrent en ung autre, dont ceulx qu'estoient dedans feirent semblant de les vouloir empescher et faisoient fort du brave. Toutefois il ne fust en leur puissance à garder que les nostres ne mirent pied à terre, ce que voyant les ennemis commencèrent à se retirer à leur princippal fort. Et pource que tout le jour fut nécessaire aux nostres pour faire ladicte descente, ilz furent contraintz louger à ung petit village à deux lieues des autres.

1. Combat de Saint-Saurin. Voyez les Commentaires, p. 153 et suivantes.

DE BLAISE DE MONLUC. Ml

Et le lendemain matin, devant le jour, se mirent aux champs pour venir donner l'assaut audict fort, dont ceulx qui estoient dedans perdirent cueur et commencèrent à se retirer par le dernier et par des rochers tu^ant droit à la mer, où les nostres n'eussent jamais pensé qu'ils se fussent retirés, non qu'il n'en demeurast beaucoup sur la place, auxquelz la gorge fut coupée, et toute leur artillerie gaignée, ensemble deux enseignes de cinq qu'il y en avoit. Ceulx qui se retiroient commencèrent à se mettre dans des barques pour se sauver, mais les chaluppes qu'estoient avec ledict cappitaine la Gombaudière vindrent à les attaquer et les mirent à fonds quelques unes, tellement que les ennemys ne sceurent si bien faire qu'ilz ne perdyssent plus de la moitié de leurs gens. Voilà le succès de la dite entreprinse, et comme la dicte isle a esté remise soubz l'obéissance de vostre Majesté '; dont depuis, et le dict jour de vendredy estant arrivé mon fils le chevalier, je l'envoyay sabmedy matin en ladicte isle pour aller remédier à tout ce qui y sera nécessaire et y laisser en garnison deux ou troys compaignies de gens de pied, attendant toujours que j'aye nouvelles de vostre Majesté et ce qu'il vous plaira me respondre à ce que je vous ay demandé pour l'exécution et siège dudict la Rochelle.

Sire, tous ceulx de la nouvelle religion qui sont retournés du camp de monsieur le prince de Condé et encores ceulx qui sont audict camp escrivent à leurs amis de par deçà, les asseurant que la paix est faicte, laquelle ils publient partout, ce que je ne

J . Voyez les Commentaires, p. 15S et suivantes.

puys croire ny en croiray rien que je n'en voye l'asseurance de vostre Majesté'. Toutesfois^ Sire, où elle sera faicte, je suis asseuré que vostre Majesté fera casserie de la pluspart des compaignies de gens d'armes qu'elle a données, car aussi il est impossible d'en pouvoir entretenir si grand nombre. Et pource que je scay bien que chascung se vouldra employer pour ses amys, qui ont de ces compaignies, affin qu'ils les ayent entretenues, je vous en ay voulu toucher ce mot et vous supplier très humblement laisser à monsieur de Pons la sienne, affin qu'il ayt mioien de faire rendre en tout ce pays l'obéissance qui vous est deue, ayant pieu à vostre Majesté luy en donner la charge; et, où il y en auroit quelqu'ung qui vous conseilleroit le contraire, n'en vouUoir rien faire, et considérer qu'il n'est en la puissance du gouverneraient d'une province se faire craindre ny obéyr et tenir voz subjects soubz vostre obéissance, s'il n'a les forces pour ce faire. Mais pour le regard de tant d'autres compaignies que vostre Majesté a données, si les cappitaines n'ont aucune charge ou bien s'ilz ne sont vieulx cappitaines et qu'ilz l'aient bien mérité, c'est à vous à en ordonner comme bon vous semblera; qui est cause que je vous supplie très humblement encores ce coup voulloir laysser la sienne audict sieur de Pons et croire que tout ce que je vous en escriptz est pour vostre service.

I . L'édit de paix avait été signé le 23 mars et enregistré le 27 au Parlement de Paris. Le texte de cet édit est imprimé dans le recueil de Fontanon , t. IV, p. 289. Une copie contemporaine, conservée à la Bibliothèque nationale (f. fr., vol. 6604, f" 63), porte la date du 24 mars.

Au demeurant^ Sire, iiicoiitiiient que mon dict fils le chevalier sera de retour de la dicte isle de Ré, je m'achemineray avec toutes les compaignies de gens de pied et toute la cavallerie pour m'aller joindre avec monsieur de Lude*, affin d'aller reprendre ung chasteau, qui est assez fort, nommé Maran, lequel il n'a peu remettre soubz vostre obéissance pour n'avoir assez de forces, et aussi qu'il est trop près de la Rochelle, au devant de laquelle je passeray attendant tousjours response de vostre dite Majesté, sans laquelle, et que je n'aye tout ce que je vous ay demandé pour l'exécution de ladicte entreprinse, je ne puis rien faire.

Je pense que vostre dicte Majesté am^a veu ung ou autre des dicts cappitaines Aspremont ou Lefebvre. Toutesfoys ce porteur m'a dit qu'il a entendu, venant de la court, qu'il auroit esté prins troys courriers par les chemins, lesquels les ennemys ont fait pendre, qui est cause que je vous envoyé par ce dict porteur la coppie des dictes instructions, afin que, si les autres n'avoient peu se sauver, vostre Majesté voye ce que je demande pour ladicte exécution, vous suppliant incontinent me faire response, et me résouldre entièrement de vostre volunté. Dès que vostre Majesté m'aura fait entendre le certain de la

t. Guy de Daillon, comte du Lude. Dans une note précédente (t. III, p. i54), nous restions indécis sur le point de savoir si Monluc désignait , comme son lieutenant dans cette campagne, Guy de Daillon ou son frère François. Une lettre de Guy de Daillon au duc d'Anjou, du 23 février 1568 (coll. Harlay S. G., vol. 320, 1, f'^ 329), et deux quittances du 8 avril et du 6 mai 1568 (Arch. nat., R. 94, n» 57 et 58) nous permettent d'assurer que l'auteur des Commentaires désigne Guy de Daillon.

jl4 LETTRES

paix ou de la guerre, je vous dépescheray le eappitaine Montault ou mon nepveu de Leberon, avec l'estat de tout le pays et de ce qu'il me semble comme vous devez estre servy; vous en prendrez et en laisserez ce que bon vous semblera : si est-ce que je ne puis mieux faire, comme très loyal et très fidèle serviteur que je vous suys et ay esté toute ma vye, que vous en advertir. Toutesfoys, Sire, je vous supplie très humblement ne vouloir rien ordonner pour le faict de la mer de ce cartier de deçà que vous n'ayez veu l'ung d'eulx.

Sire, je supplie le Créateur en très bonne santé vous donner très longue et très hem^euse vie.

De Marennes, ce XXIX^e de mars 1568.

Vostre très humble et très obéissant suject et

serviteur.

De Monluc.

Sire, les habitants de ces isles, encores qu'ilz ne méritent que vostre Majesté leur face nulle grâce, monsieur de Pons et moy nous les avons soulaigés le plus que nous avons peu. Us nous ont donné dix mil francs, mais soubz vostre bon plaisir; et pource que ledict sieur de Pons est plus en arrière en debtes que moy, je leur en ay quicté quatre mil, afin qu'ilz aient meilleur moien de les payer, et aussi qu'il a plus despendu que nioy aux autres troubles. Yous nous en donnastes autant à feu monsieur de Burye et moy sur Clayrac. Je vous supplie très humblement vouloir authoriser le don et en commander les expédictions.

(Lettre riipporiée de S.iiut-Pctfisbourg et comiuuQifjuée pur M. le couite de Liiferrii;;e.)

DE BLAISE DE MOiNLUC. 115

[Saint-Jean-d'Angëly, 2 awll 1568-]

SirC;, le vingt neiiviesme du passé je vous écrivis de Marennes par Dagron la résolution que nous avyons prinse, ayant cinq ou six septmaines que n'avyons receu aucunes nouvelles de vostre Majesté, et, comme nous estions assignés, messieurs de Lude, de PonS;, de Jarnac et moy^ à moytié du chemin de Nyort et de ceste ville de Saint Jehan d'Angely poiurésoldre de ce que verrions estre nécessaire pour vostre service, où nous trouvasmes yer, non le dict sieur de Pons, pource qu'il estoit ung peu mal disposé, estant demeuré en ceste ville. Et après avoir communiqué de toutes choses, le dict sieur de Lude me dit que, si je luy laissoys des forces de cavallerie que j'avoys avecques moy, il se faisoit fort avec celles qu'il avoit de reprendre le chasteau de Maran et et qu'il n'y faisoit nul doubte, qui est cause que je luy laisse la compaignie de monsieur le prince de Navarre, laquelle monsieur de Boryes, son lieutenant, commande, et celle de monsieur de Merville, grand séneschal de Guyenne, et laisse à monsieur de Pons la compaignie de monsieur de Lauzun, avec la sienne, et trois ou quatre compaignies de gens de pied. Et le reste je suis contrainct le ramener en Gascogne, pource que ne pouvois aller assiéger la Rochelle, pour les raisons que vostre Majesté aura veues par la dépesche du dict Dagron. Toutesfois, pour le cas où il n'auroit peu passer, je vous ay envoyé une coppie, mandant ce qu'il vous plaira

lie ' LETTRES

nous mander sur le tout. Voilà la résolution que nous en avons prinse, où y avoit beaucoup de gentilshommes de qualité, que chacun en a dit son opinion.

Ceux qui sont retournés du camp de monsieur le prince de Condé publient partout que vous avez faict la paix, mais nous n'en voyons rien, et ce qui me faict penser qu'elle n'est point faicte, c'est parce que le dict sieur prince, estant à Bloys, comme on nous fait entendre toutesfoys ceulx qui sont retournés de son dit camp ne font nul semblant de innover aucune chose et demeurent en leurs maisons sans faire desplaisir à personne, qui est cause que nous ne leur en faisons poinct à eulx, et ne leur courons sus, attendant toujours nouvelles de vostre Majesté. Cependant monsieur de Jarnac aussy se retire à sa maison affin d'avoir le cueur aux affaires et mesmement pour garder que ceux qui sont retournés ne reprennent les armes.

Aussi, Sire, j'ay envoyé par le dict Dagron à monsieur de Valence, mon frère, ung mémoire par lequel le prie vous faire très humble requeste vouloir donner vostre ordre en ma faveur à sept gentilshommes, qui sont messieurs de Cassareil, de Brassac, de Cavery (?), Cyvrac, de Verduzan, séneschal de Bazadois, de Tilladet le jeune et de Panjas. Et craignant que le dict sieur de Valence ne vous en aye encore parlé, je vous en ay bien voulu coucher ce mot, et vous supplie très humblement les honorer de vostre dict ordre. Ce sont gentilshommes de qualité, d'ancienne race, le moindre desquels mènera loiisjours quarante ou cinquante chevaulx pour

vostre service. Il me semble que vostre Majesté, au temps où nous sommes, doibt obliger tels gentilshommes, et mesmement que tiennent vostre religion, vous asseurant qu'ils ont le moien pour en tirer un grand service, qui me faict encore vous supplier très humblement m'accorder ceste requeste. Je vous en ferois semblable recommandation pour le dict sieur de Bories, qui est ung lieutenant de monsieur le prince de Navarre, m^ais pource qu'il est de la maison de la royne de Navarre, elle luy pourroit scavoir mal et luy casser; toutesfoys la charge qu'il a est à vostre nomination, luy ayant faict cest honneur; et quelque religion qu'il aye, je vous asseure qu'il est très fidèle subject et servitem' : et si vostre Majesté le veult honorer de son ordre, je vous supplie. Sire, que ce soit à vostre seule nomination, et qu'il ne tienne cest honneur d'autre que de vous, lequel je vous supplie avoir pour recommandé.

Semblablement, Sire, je vous ay escript par le dict sieur Dagron comme on m'avoit volé trois clievaulx, que j'avois achepté en Espagne, lesquels j'avois fait passer pai* le moyen de Fourquevaux, qui est mon cousin. Et combien que je me doub tasse bien que c'estoit la royne de Navarre qui m'a faict faire ce tour, si est-ce que je ne la voulloys point nommer pai^ ma lettre; mais à présent j'en suys contrainct, car mes dictz chevaulx ont esté prins par quinze hommes à chcA^al, pourtant tous cappes de Réarn, bien armés, et ayanl cliacung ung pareil de pistolets à l'arsson de la selle, lesquels tuèrent un de mes gens qui les conduysoient, n'estant que trois en nombre, l'ung desquels, qui est ung garson, se

sauva, et l'autre, qui est ung gentilhomme de ma compaignie, lequel j'avoys envoyé devers le dict sieur de Fourquevaux pour les achepter, après l'avoir mené longtemps en délibération tousjours de le tuer, le passant par d'estranges sentiers, l'attachèrent à ung arbre, où ils le laissèrent bien lyé; et à leur despart luy dirent qu'aussy ])ien ne se pouvoientils sauver s'ils eussent prins autre chemin comme par celluy qu'ils les avoient arrestés, pource qu'il V en avoit d'autres, et que tous avoient commandement de prendre les dicts ehevauh et de tuer tous ceulx qui les conduysoient. Or despuys en çà ils ont esté suyvys et jusques dans la frontière de . Béarn.

Sire, je vous supplie très humblement considérer que je suys vostre très humble serviteur et non d'autre, et que je suys icy suivant le commandement qu'il vous a pieu me faire, et qu'il n'y a si petit personnaige en France qui ne veuUe soustenir son serviteur, si on luy faict tort, dont il en est advenu cinq cens querelles et beaucoup de meurtres, qui me faict vous supplier très humblement, veu que je suys vostre très humble serviteur, vous faire faire raison de l'injure qui vous est faicte, car elle ne l'a faict faire pour autre respect sinon pource que j'estois par deçà pour l'exécution de l'entreprinse qu'il vous a pieu me commander, vous suppliant très humblement ne trouver mauvais si j'en ay ma vengeance et si me revenge à feu et à sang et de la mesme sorte que le tort m'a esté faict. Et pource qu'elle est si grande dame que vous ne le pourriez trouver bon. Sire, avant que d'andurer qu'un tel tort aye lieu en

mon endroict, je supplie très humblement vostre Majesté plustost me donner congé de me retirer en Ytalie ou un autre endroit hors du royaume de France pour n'y retourner jamais plus^ ce que j'ayme beaucoup mieulx, et perdre ma femme^ mes enfans^ et tout ce que j'ay que non d'andurer une telle offense en vous faisant service. Et affin que vostre Majesté ne pense qu'elle eust argument de ce faire, je vous asseure que pendant toutes ces guerres elle ne m'a sceu demander aucune chose que je ne la luy aye accordée; et m'en suys formalisé contre vostre court de parlement de Bourdeaulx; et mesmement dernièrement, estant audict Bourdeaulx, ayant fait constituer prisonnier le sieur de Fors, parce que tout d'un coup j'eus trois ou quatre advertissemens qu'il avoit tenu ung sinode à une sienne maison, où y avoit grande assemblée de ceulx de la nouvelle religion, auquel il proposa qu'il estoit envoyé en ce pays de la part de monsieur le prince de Condé pour recouvrer soixante mil francs affin de les envoyer audict sieur prince, et après qu'il alla passer à la Rochelle et de là s'en alloit à Blaye pour susciter m^onsieur des Roys et ceulx de la nouvelle religion du dict Blaye à prendre les armes, et après s'en alloit faire le semblable à Bourdeaulx, et ceulx qui me donnoient les advertissements le désignoient de son corps, de son visaige, de son cheval mesmes, sur lequel il montoit, de sorte que vostre court de Parlement en avoit pris congnoissance, et luy avovs baillé deux commissaires pour luy instruire son procès, lesquels estoient sur le point de luy bailler la geyne, les preuves estant suffisantes pour ce faire;

mais avant receii une lettre d'elle, la plus gratieuse qu'on scauroit veoir, par laquelle elle me pryoit si jamais j'avoys envye de luy faille plaisir que je luy fisse cognoistre à l'endroict du diet sieur de Fors, et, ce faisant, que je le fisse élargir et mettre en liberté, je prioy la dicte court de parlement, ensemble les dicts commissaires, ne passer outre ny luy bailler la question, de sorte que je le fis délivrer entre les mains d'ung sien secrétaire qu'elle avoit envoyé expressément devers moy, lequel luy admena avec toute seureté. Voylà comme elle a occasion de me faire ce tort, que me fait vous supplier encores très humblement ne trouver mauvais si j'en ay ma vengeance.

Sire, achevant la présente est arrivé icy le cappitaine Montault, lequel m'est venu advertyr comme ceulx-mesmes qui ont volé mies chevaulx sont venus atacquer sa compaignie, qu'il faisoit venu* à Bourdeaulx pour la garde de la ville, laquelle ils ont deffaicte, comme aussi ont-ils atacqué deux compaignies du baron d'Amou, qui s'acheminoyent audict Bourdeaulx, ausquelles ils ont tué deux gentilzhommes, dont despuys en çà la royne de Navarre a escript une lettre au cappitaine Montault, par laquelle le somme de ne innover aucune chose contre voz édicls et ne faire aucun desplaisir à ceulx que n'ont prins les armes et n'ont bous^é de leurs maisons. Vostre Majesté peult juger s'ilz se sont contenus, s'estant mys en campaigne et venus assallir les compaignies qui sont levées pour vostre service; qui me faict vous supplier très humblement encores ce coup ne trouver mauvais si je m'en vais en Gascoigne tant

ranger le tort que vous a esté faiet que celluy qui m'est faiet à moy.

Sire, puysque rostre Majesté n'a faiet la paix, je serais le plus trompé homme du monde si la guerre ne nous vient en ce pays de Poytou, Xaintonge et Angoulmois pour tousjours s'approcher de la royne de Navarre. Et si monsieur de Poytiers vous a mandé ce qu'elle escripvoit à monsieur le prince de Condé, lorsqu'il crocheta le pacquet de Volpilures (?), vostre Majesté aura peu cognoistre que ne vous devez fier en elle ; et si ledict sieur de Poytiers ne l'auroit faiet, je vous en envoyé le sujet, vous suppliant très humblement. Sire, me voulloir envoyer quatre commissions en blanc, affm que je face faire levée de mil ou douze cens harquebuziers en Basque et sur la frontière d'Espaigne pour avoir moien au besoing de venir secourir ce dict pays'.

Sire, je supplie le Créateur en très parfaicte santé vous donner très longue et très heureuse vve.

De Saint Jehan d'Angely, le second d'avril 1 568. Vostre très humble et très obéissant subjet et serviteur.

De Monluc'.

1 . Une lettre du nonce apostolique, communique'e à Philippe II, énumère les efforts de la reine de Navarre pour établir le calvinisme en Béarn et donne de curieux détails sur le pillage des églises et les profanations commises par le jeime prince de Béarn (Arch. nat , R. 1S09, n» 23 .

2. La reine mère répondit le "14 a%Til à cette lettre de Moulue. Elle lui promet le collier de l'ordre pour les gentilshommes qu'il recommande et d'amples compensations pour la perte de ses chevaux; mais elle lui ordonne avec insistance de se garder de toute représaille envers la reine de >"avarre fcoll. Harlav S. G., vol. 320. 2, f° 163, copiel.

Sire, je ne \eu\x oblier à vous dire et supplier très humblement vous vouloir occuper de ce pays de deçà le plus qu'il vous sera possible, et, veu que nous n'avons poinct de paix, envoyer sept ou huict commissions pour icelles distribuer aux gentilzhommes Basques, lesquelz m'ont promis tousjours mener quatre mil hommes, quant il sera besoing, dont en y aura deux mil cinq cens harquebuziers et par mesme moyen m'en envoyer une pour le sieur Philippes Bardachin pour lever six cens hommes, car, encores qu'il soit Espagnol, si est-ce qu'il a la pluspart de son bien en France, ensemble la plus grande partie de ses parents \ Il a longtemps qu'il commande pour vostre service, et il m'a toujours promis de mener deux mil hommes de la montaigne, dont en y aura quinze cens harquebuziers, d'envoyer le tout le plus tost qu'il sera possible par le cousté d'Auvergne affin qu'elles ne soyent prinses. Monsieur de Pons demeure en ceste ville avec les forces qu'il m'a demandées. Je vous ay escrit par le sieur Dagron que, si vostre Majesté fesoit la paix, que je la prioys ne luy poinct casser sa compaignie, en cores qu'elle soit nouvelle, pour estre gouverneur d'une province, et qu'il ne pourroit faire rendre à voz subjects l'obéissance que vous est deue sans les dictes forces, que me faict vous supplier encores très humblement luy laisser sa dicte compaignie.

(Lettre rapportée de Saint-Pctersljourg et coramuniquce par M. le comte de Laferrière.)

1 . Bardachin obtint la commission que Monluc demandait pour lui. Nous le retrouvons six mois plus tard à 'Joulouse à la tête du parti catholique (Arch. nat., K. 1510, n» 40).

^8 5. A MONSIEUR LE DUC d'aLBE , GOUVERNEUR

POUR LE ROY CATHOLICQUE EN SES DUCHiÉ ET COMTE DE FLANDRES.

[Bordeaux, 10 batII 1568.]

Monsieur^ moy estant en la ville de BoiirdeauW pour le service du roy, dès le mois de novembre dernier^ je donné charge et argent à Guillaume Boyer et Jehan de Masparraulte, marchans de ladicte ville, de s'acheminer en Flandres et aehepter le nombre de cinquante corcelletz, cent arquebouzes et aultant de mourrions blans et dorés, et me renvoyer le tout à la plus grande diligence qu'il seroit possible, à cause de la nécessité de la guerre. Lequel achapt desdictes armes fut faict par ledict Boyer en la Aille d'Anvers jusques au nombre de cinquante-deux arquebouzes, cinquante et sept mourrions blans et six dorés et sept corcelletz blans, garnis de quatre bourgaignotes, qui furent baillés en cinq barriques et une quesce et chargé dans le navyre, nommé la Jehanne de Merches, duquel le maistre ce nomme Pierre Leduc; et, ainsy que ledict navyre fut arrivé en Sellande pour venir à Bourdeaulx, fut visité et arresté par le baylif des eaulx, demoiu-ant en la ville de Milledebourg, et par luy lesdictes armes furent confisquées et retenues, ainsy que ledit Pierre Leduc, maistre du navyre, estant arrivé sur le port et havi'e de Bom^deaulx, nous l'a raporté. Et de tant que ladicte confiscation est intervenue à faulte que ledit maistre du navyre ne sceust remonstrer que lesdictes armes avoient esté achaptées pour le service du roy

et de mes propres deniers, vous ay bien vouleu prier me faire tant de faveur, en contemplation du service du rov, de commiander lesdictes armes estre délivrées audit de Masparraulte ou à aucuns de ses commis que j'envoye pour ce faict exprès vers vous; et à faulte que lesdictes armes ne se trouveroient, luy faire délivrer l'argent qui fut employé à l'achapt d'icelles; et en oultre permetre audit de Masparraulte ou^ à ses commis, soubz mon nom et de ma charge, tyrer d'Anvers ou aultres lieux de vostre commandement aultre nombre d'armes jusques mil ou six cens mourrions, et aultant de arquebouzes et quelque nombre de pistolletz qui me sont nécessaires pour le service du roy; et à ces fins luy bailler lettre de passeport, afin que lesdictes armes ne soient empeschées en aucune manière. Et en ce faisant m'obligerés à vous faire service en tous endroitz qu'd vous plaira m'employer; que fairay d'aussi bonne volunté que présente mes humbles recommandations à voz bonnes grâces, et supplie le Seigneur Dieu vous maintenir en siennes.

De Bourdeaulx, ce X""" avril 1 568.

Vostre obéyssant serviteur,

De Monluc.

( Lettre originale; signature autographe; Bruxelles, Arcliives du royaume; communicafiun de M. Pinchart.)

DE BLAISE DE MONLUC. Jio

J8(j. — A MESSIEURS LES CONSULS d'aGEN.

[Cahors, 30 septembre 1568.]

Messieurs, j 'envoyé ce pourteur*, commissaire ordinaire de l'artillerie, de par dellà pour faire embarquer l'artillerie, qu'il verra estre nécessaire pour icelle faire conduire à Bourdeaux; par quoy vous ne fauldrés la luy délivrer et tout ce qu'il vouldra prendre pour icelle. Et en retenant la présente avec son récépicé, vous en demeurerés deschar^é. Et sur ce je prieray Dieu, Messieurs, en sainte vous donner ce que désirez.

De Gahours, ce dernier jom^ de septembre 1568. Vostre bon voisin et amy.

De Monluc.

(Copie; Arcb. mun. d'Agen; Reg. cons,, f" 218.)

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