Voyez les Commentaires, t. III, p
2. La prise de Tarbes par Bernard d'Astafac, baron de Montamat, remonte aux premiers jours de janvier 1570. Cet événement est raconté avec détails dans une chronique inédite qu'on lit en tête du livre terrier conservé aux Archives munici|)ales de Tarbes.
neur que de m'esclaircir de ce faiet et me faire entendre si vostre volunté est telle qu'il commande ou moy. Je recepvray tousjours ce qu'il plaira à vostre Majesté en ordonner avec grand honneur et contentement, pourveu que j'en soys deschargë à vostre bonne grâce; et ce qui m'en a faict faire ce que j'en ay faict jusqu'icy , ça esté que je voyois vostre pais de Guyenne perdu. J'espère qu'après que Dieu vous aura faict la grâce de surmonter vos ennemys, vous me ferés cest honneur, permettre de me retirer et envoyer quelque autre en ma place ou lors ou à [présent. Cependant je obéiray de cueur et d'affection à vos commandemens en tout ce qu'il vous plaira me commander. Si vostre Majesté veult que j'aille trouver monsieur le prince Dauphin et que le dict siem* mareschal s'y trouve, je vous supplie très humblement, Sire , ne trouver mauvais si je n'y vays , car cella ne pourroit servir que d'engendrer ung trouble et division en vostre arrivée, aymant beaucoup mieulx que vostre Majesté me fasse jetter dans ung sac dans l'eau que d'obéyr au dict sieur mareschal pour la haine qu'il me porte.
Sire, il s'offre une occasion qui n'est à mépriser pour vostre service. Vostre court de parlement de ceste ville et les Jurats vous en escripvent. J'ay baillé à ce gentilhomme , présent pourteur , Testât de ce qu'il me semble estre nécessaire pour l'exécution de ceste entreprinse, en laquelle je employeray pour le service de vostre Majesté tout ce que Dieu a mis en moy de l'art de la guerre. Je vous supplie très humblement me commander ce qu'il en soit faict. Si vostre Majesté fait estât de se servir de la gendar-
merie de la Guyenne , il vous plaira ordonner que nous ne soyons de pire condition que les autres et nous faire faire monstre pour ung cartier. Tout l'argent de la Guyenne s'en va à Tholose. Monsieur le mareschal fait faire monstre à qui bon luy semble, et cependant les pouvres gendarmes, qui sont par deçà, sont bors d'espérance de recepvoir ung seul denier de ce pays, si ce n'est pour vostre commandement.
Sire, je supplie en cest endroit le Créateur vous donner en très parfaicte santé très longue et très heureuse vie.
De Bourdeaulx, ce XIIP' de février 1870.
Vostre très humble et très obéissant suget et
Sire, je vous envoie une criée que les princes ont faict faire dans leur camp et à Montauban; elle a esté exécutée es environ de Tholoze, et hier mesme est venu ung homme de monsieur le grand séneschal de Guyenne , qui n'a bougé de Tholoze durant que leur camp a esté es environs, qui dict qu'il y a quatre mil maisons de bruslées\
(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de
Laferrière.)
\ . Monluc désigne ici une déclaration promulguée par les Princes contre les conseillers du parlement de Toulouse, en représailles de l'exécution de Philibert Rapin en 1366 (t. II, p. 399, note 1). Cette déclaration est conservée aux Archives nationales (K. 1513, n°7).
[Mars ou avril 1570]
Sire , il m'a esté envoyé une coppie de lettre qu'on dit que monsieur le maresclial Banville vous a escritte contre moi*^ usant d'une infinité de menteries, et mesmement sur ce que le sieur de Durfort, aultrement nommé de Bayaumont^ vous a faict entendre de ma part. Son voiaige tendoyt à deux fins : la première pour vous dire à la vérité le nombre des gens de pied et de cheval que messieurs les Princes et admirai avoient joinct, que feut Montgommery avec eulx, comme ayant veu leur armée plusieurs foys, estant tous logés es envyrons de son chasteau de Bayaumont, mesmes le jour que le dict camp deslogea du Port Saincte Marie, car il passa le plus loing à une harquebuzade dudict chasteau ; et me sembla chose très raisonnable et nécessaire d'en donner advis à vostre Majesté. La seconde estoyt pour vous supplyer très humblement faire avancer monseigneur le prince Daulphin avec vostre armée, prenant le chemyn vers Alby et tirer sur Laurageois, estant certains qu'ilz prenoint le chemyn de Tholoze, comme j'avois esté adverty avant qu'ilz deslogeassent du dict Port Saincte Marie, plus de quattre jours; et
i . Damville , qui avait eu communication des dénonciations de Monluc , avait écrit à son tour au roi pour se disculper et accuser son rival. L'original de sa lettre, datée du 27 février 1570, a été signalé à la Bibliothèque de l'Institut par M. ïamize}' de Larroque (coll. Godefroy, 2o7). Elle avait été imprimée dans les Mémoires de Castelf/au, 1731, t. II, p. 130.
de faict je l'ay mandé à monsieur le premier président de Tholoze, et qu'ilz fissent en sorte que messieurs de Negrepelice et de la Vallette se rendissent dans la dicte ville^ et que leur assuroys sur mon honneur que les ennemys prenoint ce chemyn-là, délibérés de brusler touttes les maisons qui estoient à deux lieues es envyrons du dict Tholoze. Et faisoys cela pource qu'ilz fissent serrer tous les meubles et bestial qu'ils avoient aux champs, car ilz ne tâchoient pas de moins que de camper aux faubourgs, et affin qu'ils eussent tousjours plus grand nombre de vaillans cappitaines dans leur ville, ne y en pouvans pas trop avoir, pour le grand malheur qui feut advenu à vostre service si par inconvénient ceste ville se feut perdue.
Et si en cela j'ay faict acte de bon, loïal subject et serviteur de vostre Majesté, les démenties que le dict sieur mareschal me donne ne sont point de mise en mon endroyct, veu que tout ce que j'ay mandé à esté accomply, comme ceulx de Tholoze vous auront affirmé. Et pleut à Dieu que j'eusse menty de l'advertissement ! Et la dicte ville n'auroy t esté ruynée pour plus de cinq cens mil escus, comme elle a esté. Et si ledict sieur de Durfort vous a faict entendre que vous déviés prendre garde et mander à Narbonne, Montpellier et le Pont Sainct Esperit, advertir les chefz, qui estoient là, de bien prendre garde à vostre service, cela luy a esté baillé en charge par l'évesque d'Agen, qui depuis, sans nulle occasion, a tenu la main à ce que j'ay pryé messieurs de Byron et de la Roche vous dire de ma part.
Voilà l'occasion du voyaige dudict sieur de Dui'-
fort^ n'ayant aucune espérance que voz ennemys feussent combattuz, synon par le moyen dudict sieur prince, en cas que vostre Majesté ny Monsieur n'y peussent venir; car nous avons veu tant de belles occasions se présenter, tant au Mont de Marsan que depuys que Montgonmery feul arrivé à Condon, que si ledict sieur mareschal eut voulu fere marcher son camp JLisques aux ennemys de Lectore, ledict Montgommery se feut retourné à vau de routte en Béarn, et peult estre que, avant qu'il y feut esté, nous l'eussions tenu de si près que à tout le moins les gens de pied nous feussent demourés, nous estans beaucoup plus fortz de cavallerye et de gens de pied que luy, ayant monsieur de Montferrand faict extresme diligence de se rendre à nous avec mil harquebuziers ; et estoyct dèsjà au Port Saincte Marie, deux lieues près de ceste ville, quant, entendant que monsieur le mai'eschal ne marchait point, il se retira. Et, à ce que j'ay entendu, le dict mareschal laissa de s'acheminer, ainsy que son maistre d'hostel, la Bruille, m'avoyt assuré que le faisoyt, pour une lettre que la noblesse d'Ai'maignac luy escrivoit, luy demandant secours, me chargeant que c'estoyt moy qui avoys faict que la noblesse escrivoit la lettre. Que l'on demande à monsieur de Valence, qui est de ses féaus amys, si je fuz le motif qu'elle feut escrite, et pom* son oppinion sur ce qu'elle contenoyt, entre aultres choses que, s'il ne les secouroyt, ilz seroint con- Irainctz se retirer à vostre Majesté, offrans, où il le vouldroyt fere, de mourir tous auprès de luy pour vostre service et recouvrement de leurs maisons. Je ne scay à qui nous devons avoyr recours, quant
nous sommes affligés, sinon à vostre Majesté; el me semble que cela n'estoyt pas si grand chose que l'on deut laisser vostre service.
Sire, à ce que j'ay veu par la coppie de la dicte lettre, ledict sieur mareschal me charge de quattre chozes : la première, l'infidélité; la seconde, d'avoir pesclîé en voz finances; la troisième, d'avoir pillé vostre peuple, et la dernière, d'estre un forceur de de filles. Quant à la première, il a esté bien besoing que j'ave eu une grande fidélité, loyaulté et affection à vostre service. Si j'eusse voulu estre aultre et dépendre d'aultre que de vostre Majesté, vos afferes se seroient bien mal portées. La royne me portera, s'il luy playt, lesmoignage, comme l'ayant peu entendre de plusieurs, que aux premiers troubles il me feut présenté une foys trente mil escus, et huit jours après quarente mil par ceulx de la Religion pour ne prendre les armes contre eulx. Ceulx qui m'aportarent ceste paroUe ne s'en cuydèrent bien trouver. En cela j'ay monstre que je n'estoys avarre, et que tout l'or et l'argent de ce monde n'estoient SLiffisans pour me divertir du loyal et fidelle service que je doibz à vostre Majesté.
Et supplye très humblement voz Majestez vous souvenir que j'allay recouvrer Tholoze en poste, qui avoyt dèsjà combattu troys jours et troys nuitz, à l'heure que je y arrivay; et avoient les ennemis gaigné jusques à la place Sainct George; mais dès qu'ilz me sentirent arriver, ilz abandonnèrent la ville et s'enfouyrent esgarez vers Albigeoys. Je ne veulx aultre tesmoignage que des habitans de ladicte ville mesme pour veoyr quelle diligence je fis à les
secourir, et de qui ilz tiennent leurs vies et biens, sinon de Dieu et de moy. Depuis le dict Tholoze jusques à Bordeaux, vostre Majesté ne tenovt aucune place que Auvillars et à la Réolle , estant tout le reste occupé par voz ennemys, et Lectore aussy, qui dominoyt tout le pays de delà la rivière.
J'ay pareillement secouru Bordeaux qui cuvda estre surprins, n'estant personne dedans que monsieur de Burye sans aucunes forces. Et me faillut passer de Tholoze audict Bordeaux, combatant la pluspart du temps par les chemins; et néantmoins, je arrivay encores assës à temps, estant monsieur de Duras à une lieue et deniye dudict Bordeaux, du costé de deçà la rivière avec six ou sept mil hommes de pied ou de cheval. Et à mon arrivée je trouvay la ville en telle nécessité de vivres que l'on se coupoyt la gorge au four, à qui auroyt du pain, n'y entrant aulcuns vivres durant deux ou troysmoys. El feuz contrainct aller combattre le dict sieur de Duras, n'ayant que ma compagnie et quarente salades de celle du feu roy de Navarre , et les sieurs de Sainct Orens et de Charry, avec quarante ou cinquante harquebuziers à cheval chascun ; aultrement la ville eust esté perdue. Depuys je regaignay toutes les places, l'une après l'autre jusques aux portes de Tholoze, réservé Montaulban.
Voilà, Sire, une aultre expérience encor de ma loyaulté, et pour la dernière : six moys après la première paix, on me vint fere une aultre offre de la part de messieurs les prince de Condé et admirai, laquelle j'ay dicte à messieurs de Biron et des Roches ; et ceulx qui me les firent sont encor en vye. Par ces
expériences, sans toucher aux services que je vous ay faictz en pays estrangers, mais seuUement en ces guerres, je m'assure que vostre Majesté ne prendra aultre oppinion de moy que de celuy qui vous est très humble subject et fidelle serviteur, déhbérant de continuer en ceste bonne volunté jusques au dernier soupyr de ma vye, et fay comme je l'ay dernièrement monstre à vostre Majesté, vous ayant rendu avecques une poignée de gens plus de cinquante lieues de pays; m'aidant de ce peu que j'avois, descouvrant souvant Sainct Pierre pour couvrir Sainct Paul. A ce grand mescontentement que l'on avoyt faict entendre à vostre Majesté, les actes vous ont peu fere congnoistre le contraire. Jà, qu'il soyt demandé à la Marque, vostre vallet de chambre, la délibération que les ennemys avoient prins de ceste ville d'Agen, et si je ne m'y feusse venu jecter, si elle ne seroit aujourduy bruslée et razée, ayant mieulx aymé laisser le chevalier, mon fîlz, et le chevalier de Romegas dans Lectore, qui est ville forte, et me venir engaiger icy, non les mectre icy et moy me re tirer en la forteresse.
Et, quant à avoir pesché en voz finances, j'atteste devant Dieu et vostre Majesté que vous ne ferez acte de roy, et luy demande justice contre vous si vous ne me faictes trancher la teste, si cela est vray seullement d'ung denier, et d'avoir pillé vostre peuple. J'ay esté adverty que vostre Majesté a envoyé une commission audict sieur de Valence' et à moy poiu* enquérir sur ce faict. Je me suys recuzé et
lé Voyez les Commentaires, t. III, p. 244.
ay mandé audict sieur de Valence que je vouloys estre sindicqué le premier et que contre moy feut informé; mais qu'il falloit prendre ung président de Bordeaux pour le ressort du Bourdeloys^ et ung de Tholoze pour celuy de Tholoze; et que vostre Majesté leur baille puissance d'informer contre lieutenans du roy, gouverneurs et toutes aultres manières de gens. Et si jamays, depuys que la France est France, il y a eu tant de larrecins, pilleries, vioUemens de filles, forcemens de femmes, sacagemens de villes, maisons et villaiges, qu'il s'est faict depuys que monsieur le mareschal est arrivé, je veulx que vostre Majesté me face trancher la teste. Non que je veuilhe dire qu'il l'aye faict fere ny faict ; mais que celuy qui l'a faict ou faict fere et enduré, qu'il en porte la pénitence, et moy tout le premier, si je l'ay faict. D'impositions d'argent sur les villes et villaiges, il seroit incroiable à vostre Majesté, si vous ne le voyez par information. Les plaintes et lamentations qui ordinayrement me viennent devant du povre peuple me font souhaiter la mort ou estre hors de ce royaulme, jusques à ce que cecy soyt passé. Or, Sire, je n'entens dire des ennemys, mais des nostres, qui se disent tous estre de vostre costé.
Et quant au dernier point, qui parle de violement des filles, j'ay soixante-neuf ans, de quoy il me déplayt, pour la crainte que j'ay de mourir plus tost que de vousveoir hors d'afferes; car après je ne me soucieroys pas beaucoup de mourir, et deshormais la vieillesse me mènera plus comme resverie que la force pour violer les filles. Qu'on informe qui les a vioUées au Mont de Marsan, les ammenant par force
troys ou quattre journées, et puys les renvoyer au logis, peult estre que ce n'est pas moy qui l'aura faiet; et si ainsin les commissaires le trouvent, que je soys puny comme je l'auray mérité.
Vovlà, Sire, ce que je respons à ceste lettre; et vostre Majesté peult veoir que toutes ces desmenties ne proviennent que pour vous cacher voz afferes, et que nul n'ause parler. Quant à moy, je ne me tiendray jamais desmenty de ce qu'il ayt couché par ses lettres, ayant ung si grand tesmoignage que j'ay de Dieu, tous les troys estatz de Guyenne et de Tholoze mesmes, et attendu aussy que c'est pour vostre service et ne respecter luy ny autre, quelqu'il soyt, en ce qui concerne vostre service, que vostre Majesté, la royne, Monsieur et monsieur le Duc. Au particullier des princes et aultres grans seigneurs, je leur rendray le debvoir que je leur doibz, degré pour degré.
Il m'a donné beaucoup d'argiimens d'user de démenties contre luy, ce que je pourrois bien faire. Je porteray honneur à Testât qu'il tient comme mareschal de France, mais non comme sieur de Damp ville. Il n'est filz que d'ung gentilhomme non plus que moy, sauf qu'il soit d'un baron de l'Isle de France, et moy d'ung povre gentilhomme d'aussy bonne race qu'il y en ayt, et suyvans et apartenans des plus grans seigneurs qui soient en ce pays. Et quant les roys, voz prédécesseurs, m'eussent faict tant de bien et d'honneur que à son père, je me feusse essayé de fere les services qu'il a faictz à la couronne; et si vostre Majesté veult que je responde daventaige de ce que je vous en escris, je vous supplye me le mander.
car, de la puissance que Dieu m'a laissée, qui n'est que le bras droyt, je luy feray congnoistre que je crains aussy peu la mort que luy ny aultre François, par eneores que des aultres membres je soye presque du tout stropié pour vostre service.
(Copie du temps; Bibl. nat.; coll. Gaîgnières, vol. 344, f° 13. — Au dos: Copie des lettres de M. de Monluc au roy.)
[Mars ou avril 1570.]
Capitaine, je vous mercie bien fort de vostre advertissement et vous prie continuer et vous tenir près de l'homme * ; mais quelque chose qu'il die ou sache faire ny l'autre mareschal, son frère ^, qui est par delà, je ne les crains de rien ; car je soustiendray devant le roy à cestuyci qu'il est traistre à sa Majesté ou le plus couart homme qu'il feut jamais. Et luy-mesme sera constraint confesser l'ung ou l'autre. Dites au premier président* que je fayray scavoir ce qu'il m'a escript, et assurez-le que jamais l'enemy n'ont entreprins de leur mectre le feu si près de leurs portes^
1. Cette lettre se rapporte évidemment au même sujet et à la même époque que la précédente. L'original ne porte ni date ni adresse.
2. Probablement le maréchal Damville. La confiance de Monluc était mal placée. Cette lettre fut évidemment livrée à Damville, car elle se trouve parmi ses papiers.
3. François de Montmorency, frère aîné de Damville, maréchal de France depuis le 10 octobre 1559.