L'avocat de Las (Reg. d'Agen
voyent incontinent aux Jacoppins pour les vous faire délivrer, ce que m'assure qu'ilz feront. Quant à ce que me mandiés du bled, je vous assure que je l'ay tout vandu et ne m'en aye gardé que pour ma provision. Qu'est fin, priant le Créateur vous donner, Monsieur de Chauny, en bonne santé longue vie. De Saint Puy, ce XXI""^ de may 1 571 . Vostre bon amy,
De Monluc*.
(Arch. mun. d'Agen; Reg. cons., f° 276 v".)
[Estillac, 25 décembre 1571]
Sire, jusques à ceste heure je n'ay voulleu faire plaincte à vostre Majesté des procédures que le commissaire Mondoulet a faictes en ce pays tant contre moy que contre les gentilliommes, qui estoient soubz ma charge par voslre commandement et pour vostre service , les ayant, moy, tousjours laissé faire le pys qu'ils ont peu sans les voulloir veoir ny en faire aucuns cas, craignant qu'on dict que je les voullois corrompre pour qu'ilz ne fissent rien contre moy ; ne aussy ne suis voulleu aller voir monsieur le marquis de Villars^, pendant qu'il estoit par deçà, jusques à ce que iceulx commissaires ont eu achevé leurs
1. A la suite de cette lettre sur le registre consulaire d'Agen. on lit Irf récépissé de Dominique Chauny,
2. Honorât de Savoie, marquis de Villars (t. III, p. 434, note), avait succédé à Monluc comme lieutenant du roi en Guyenne.
procédures. Et quant au président Tambonneau ', sa charge estoit juste et raisonnable de scavoir les deniers de vos finances, qui ont esté levés par vos recepveurs, en quoy sont esté employés, et de mesme les impositions qui ont esté faictes sur vos subjects. A quoy , Sire, je vous supplie très humblement que si vous me trouvés d'ung seul denier en vos finances ny aux dictes impositions d'ung autre denier, qui soit venu en ma bourse, n'avoir esgard aux services quej'ay faicts durant quatre roys avecques vous, que j'ay servis, ny à tant de blessures que j'ay prinses en leur en faisant, mais m'en faire punyr si rigoureusement que je serve, d'exemple à ceulx qui y ont touché ou qui le vouldroient faire à l'advenir. Et de cecy pourra estre esclaircy par le compte que le dict président Tambonneau vous en rendra. Or, Sire, le dict Monddulet a suscité en ce pays plus de deux mil procès pour le moings et le tout contre les catholiques, lesquels il vous a laissés en désespération et ruyne, ce qu'il a faict pour fabvorir certains marchandeaux de la nouvelle religion, qui n'ont jamais fait service en vostre camp ne à celluy de l'ennemy, car ils ont tousjours demeuré en leurs maisons, faisant des collectes de deniers pour envoyer au dict camp de l'ennemy, qui, sans l'ayde de ceux-là , qui estoient demeurés en leurs maisons en toute asseurance soubz vostre commandement , ils n'eussent jamais eu moien de recouvrer argent pom^ leur dict camp.
1 . Sur la mission de Tambonneau et des autres juges commissaires voyez le t. I des Commentaires^ p. o.
Et craignant vous donner fascherie par longue lettre^ j'ay baillé des instructions au cappitaine Aspremont, pourteur de la présente^ vous suppliant très humblement de les voulloir entendre, et me faire tant de bien, en récompense des services que je vous ay faicts et à vos prédécesseurs, que, lorsque les dits commissaires rendront leurs comptes , vous vouloir trouvera vostre conseil pour veoir si j'y serai couché en rien pour avoir prins et faict mon proffit des choses susdictes, suivant la charge qu'ils avoient de le regarder et en faire la preuve. Et par là vostre Majesté cognoistra si je suis tel qu'on vous a faict entendre ou si je vous ay servy fidellement et loyalement, ainsi que tout homme de bien doibt faire. Et après avoir cogneu, Sire, la vérité du tout, qu'il plaise à vostre Majesté m'octroyer une patente de la descharge du gouvernement de Guvenne, affin que après ma mort cella me demeure pour faire cognoistre à ceulx qui viendront après moy que je n'ay jamais rien melFaict contre vostre service. Et me faisant ce bien, vous me rendrez ung des plus contans hommes de vostre royaulme. Sire, je supplie le Créateur qu'en très bonne santé vous doinct très longue vie et prospérité.
A Estillac, le XXV"^ décembre 1571.
Vostre très humble et très obéissant suget et serviteur,
De Monluc.
( Lettre rapportée de Saint-Pétersboui-g et comrauuiquéc i>ar M. le comte de Laferrière.)
26 9. AU DUC d'aNJOU.
[Vers janvier 1573 '.]
Monseigneur, encores que je seaiehe bien que monsieur l'admirai^ et monsieur de Montpezat vous advertissent de tout ce que passe en ce pays^ je n'av voulu faillir de vous en advertir de mon costé et vous dire que^ encores bien qu'il y ayt de la malice en auleuns^ qu'elle est accompaignëe d'une grand peur et que, si le roy faisoit ung édict, il y en a beaucoup qui suivent les malicieulx qui s'en bousteroient et se rangeraient à la voluntë du roy, qu'est cause que je v^ous en envoyé la forme, lequel édict ne peut pourter que ung grand prouffit au roy et à son royaulme, j'entends si le duc d'Albe est au dessus du prince d'Orange^ ou bien qu'il l'aye faict retirer en Allemaigne et que son camp soit despartv; car jamais aura-il le crédit de relever ung tel. Etceulx de la nouvelle oppinion de ce pays, qui disent publiquement qu'ils espèrent que ce printemps ils auront ung chef, qui sera grand personnaige et qu'il est de France, n'en espéreront plus s'il ne peut estre secouru du dict prince d'Orange, scaichant bien que luy seul
1 . Les détails siu' les événements de Flandres, que contient cette lettre, nous font penser qu'elle appartient à la fin de 1372 ou au commencement de 1573, date des plus grands revers du prince d'Orange. On conserve dans la collection Harlay S. G. la souche d'une lettre de Monluc au duc d'Anjou , du 17 janvier 1373. Il est possible que cette souche soit celle de la présente lettre.