LETTRE DE FLORIMOND DE RAYMOND A MONSEIGNEUR
LE DUC d'eSPERNON, PAER ET COLONEL DE FRANCE.
Encores deviés-vous, Monseigneur, après tant d'heures emploiées à la lecture de ce grand capitene et soldat de Jésus- Christ, le père Grenade ^ en douer quelqu'une du loisir qui vous restera à voir ce que cest autre capitene et soldat de Mars a prins pêne d' escrire. Vous y lires plusieurs beaux traicts de ce dangereux mestier auquel vous estes si bon et excellent maistre. Et
1. Le P. Louis de Grenade (1505-1588), théologien et moraliste.
cognoistrés que c'est une belle leçon pour ung soldat et pour ung capitene encores. Je l'ai retiré de la poussière où la nonchalance des Monlucs l'avoit laissé moisir pour le fere voir à la noblesse de vostre Gascongne , afin qu'elle y recogneust tiré au vif, corne du rare pinceau de vostre Malery, non seulement le visage mais le cœur et l'ame de tant de braves et excellentz capilenes qu'elle a porté pendant l'infortuné siècle d'où nous venons de sortir.
S'il estoit à naistre, vous en sériés le perrain, comme celuy qui parmi ceste belle et généreuse noblesse tient le premier renc et auquel la vertu et grandeur de courage à l'envy de la fortune ont dressé les marche-piedz pour monter aux premières dignités et governement de cest estât. Veuille le père de la nature vous conduire jusques à l'âge de cest aucteur auquel, las de bien faire, vous puissiés escrire ce que vous aurés faict pour accomplir en l'art militaire ce que peut deffaillir en celui-ci.
Mon désir se hasarderoit volontiers, Monseigneur, à vous offrir ung service pareil si le long espace d'années dont je vous devance et le temps qui nous pousse toujours avant me laissoit tant soit peu d'espoir d'estre encor en la carrière. Bien vous promets-je que, pour précéder vostre âge, je ne laisseray de suivre vos volontés et courre après toutes les occasions où je pourrai vous faire voir que ce qui me reste de jours vous est voué comme celui qui désire mourir, Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur.
De Raemound ^.
1. Cette lettre a été découverte en 1867 par M. Georges Moreau- Chasion. Elle était écrite sur le feuillet liminaire d'un exemplaire de 'édition originale des Commentaires (in-foL, 1592), probablement celui qui fui oftert par l'éditeur au duc d'Epernon, La lettre et le volume se trouvent aujourd'hui dans le cabinet de M. James de Rothschild.
NOTE DE LÉDITEUR.
Biaise de Monluc, fils de François de Lasseran Mansencome, seigneur de Monluc, et de Françoise d'Estillac de Montdenard, dame d'Estillac en Agenais , épousa en premières noces , par contrat du 20 octobre 1526, Antoinette Ysalguier, fdle de Jacques Ysalguier, baron de Clermont.
De ce mariage naquirent :
I. — Marc-Antoine de Monluc, tué à l'assaut d'Ostie, en 1537 [Commentaires, t. II, p. 191).
II. — Pierre-Bertrand de Monluc, dit Peyrot, dit le capitaine Monluc, institué héritier de son père par tme donation entre-vifs du 28 octobre 1563 (Testament de Bl. de Monluc, du 22 juillet 1576), tué à Madère, en août 1566 {Commentaires, t. II, p. 192, et t. m, p. 74).
Pierre Bertrand avait épousé, le 6 juillet 1563, Marguerite de Caupenne.
De ce mariage naquirent :
1° Biaise de Monluc, mentionné dans les Commentaires (t. II, p. 75), héritier de son grand-père (Test, du 22 juill. 1576). Biaise fut tué au siège d'Ardres, en 1596 (P. Ans., t. VII, p. 293). Il ne laissait pas d'enfants (Zi/V/.). Suivant un autre généalogiste, il laissait une fille qui épousa le marquis de Themines (Mss. de Mme la baronne de Montpinson à Chevilly) ,
2° Charles de Monluc, tué à la défense d'Ardres en 1596 (P. Ans., ibid.; de Thou, liv. 115; Palma Cayet, Chron. nov.). Il avait épousé Marguerite de Balaguier, dame de Monsalez, veuve de Bertrand d'Ebrard, seigneur de Saint-Sulpice. D'après le P. Anselme, ce fut Charles de Monluc qui laissa une fille, Suzanne de Monluc, qui épousa, le 21 décembre 1C06, Antoine