II INTRODUCTION
armes à l'âge de 17 ans. L'Italie attirait alors toute la noblesse française ; il passa les monts et entra comme archer dans la compagnie du seigneur de Lescun, maréchal de Foix.
Depuis cette époque il prit part à toutes les guerres du règne de François F"". Il assista successivement à la bataille de Pavie, à l'expédition de Naples en 1527, à la défense de Marseille en 1536, au siège de Perpignan en 1542, aux campagnes d'Italie que couronna, en 1544, la glorieuse bataille de Cerisolles, et à l'expédition de 1545 contre les Anglais.
Sous le règne de Henri II, Monluc retourna en Italie. Capitaine déjà expérimenté, connu et aimé du soldat, il se fît distinguer par le maréchal de Brissac. En 1555, le roi lui donna le commandement de la \:ill,e de Sienne, assiégée parles Impériaux. Pendant six mois Monluc, sans secours, sans vivres, sans munitions, presque sans armes, y soutint une défense acharnée. On trouvera dans le livre III des Commentaires le récit de ce fait d'armes, l'un des plus glorieux du règne de Henri II. L'éclat de cette campagne lui acquit une juste réputation et assura sa fortune. Successivement lieutenant du roi en Toscane, gouverneur de Montalsin, colonel général de l'infanterie, capitaine de 50 lances, il rendit en Italie et en Lorraine des services qui auraient suffi à sa gloire.
Au premier bruit des troubles, Charles IX lui donna la mission de pacifier la Guyenne, charge difficile, qui devait exposer le nouveau gouverneur aux jugements les plus
sions du marquis d'Aubais qui propose l'an 1502. Cette date est celle qui s'accorde le mieux avec les indications clironologiques contenues dans les Conuitcntaircs.
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sévères. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans la discussion de ses actes; nous résumerons seulement notre opinion.
Les historiens philosophes l'ont accablé d'anathèmes au nom de la plus sacrée des libertés humaines, la liberté de conscience. Mais dans les luttes fratricides qui ont ensanglanté la seconde moitié du seizième siècle , s'agissait-il de religion autant que de politique? Monluc d'ailleurs resta toujours étranger aux querelles théologiques et aux animosités de secte ; il ne connut qu'une foi, la foi monarchique, qu'un devoir, la fidélité au roi; à ses yeux les Huguenots étaient des traîtres, ennemis du trône; en les frappant sans pitié, il punissait bien plus des révoltés que des hérétiques. Ou n'a pas assez remarqué, selon nous, ce sentiment nouveau qui surgit alors dans quelques grandes âmes, le dévouement absolu à la royauté. Monluc fut l'un des premiers fanatiques de cet esprit royaliste, qui, dans les âges suivants, sut inspirer tant d'héroïsme à la noblesse militaire.
D'autres historiens ont accusé son caractère et l'ont dépeint comme un monstre altéré de sang, l'émule du baron des Adrets; on s'est armé contre lui de certains aveux échappés dans l'ardeur de la lutte et presque au milieu du feu. Ce sont là des récriminations et non des jugements historiques; ces reproches, exagérés d'ailleurs, ne présentent qu'un des moindres côtés de la vie de Monluc. Dans ces temps de troubles, lorsque l'énergie humaine était doublée par la fureur de la guerre civile, les grands caractères, emportés par des passions violentes, passaient promptement d'un extrême à l'autre. Montmorency, Coligny, Henri IV lui-même payèrent leur tribut aux mœurs de leur siècle. Serait-il juste néanmoins d'oublier les services de ces grands hommes et de flétrir leur mémoire pour leurs excès? Monluc, terrible pour les Huguenots pendant lu
IV ENTRODUCTION.
guerre, se montra leur défenseur pendant la paix. Cet homme, qu'on représente comme sans pitié, blâmait la Saint Barthélémy et conseillait au roi la tolérance religieuse. Ces contrastes se dessinent nettement dans les Commentaires^ mais c'est surtout dans ses Lettres que se révèle un Monluc « ondoyant et divers », tour à tour impitoyable et humain, violent et mesuré, fougueux et sage , cruel jusqu'à l'excès, modéré jusqu'à la clémence, que nous croyons être le vrai Monluc *.
Le 23 juillet 1570, au siège de Rabasteins, Monluc reçut au visage un coup d'arquebuse qui mit sa vie en danger. Hors d'état de porter les armes, il dicta ses mémoires : « J'ay ceste obligation à ceste nieschante arquebuzade, qui m'a percé et froissé le visage, d'avoir esté cause que j'ay dicté ces Commentaires^ lesquels, comme je pense, dureront après moy. » Cette œuvre importante fut achevée en moins de deux ans. Les manuscrits, dont nous parlerons tout à l'heure, accusent une rédaction antérieure au 24 août 1572, date de la funeste journée de la Saint Barthélémy. Nous verrons plus loin, qu'après une interruption d'une année, Monluc acheva ses mémoires et les conduisit jusqu'à la fin de sa vie.
Une exécution aussi rapide, réunie à une telle exactitude
\ . Tout est devenu grief contre le malheureux Monluc, même les fautes de ses éditeurs. On lit au commencement du livre V des Commentaires dans toutes les é(Utions anciennes ; « Je me délibérai d'uzer de toutes \cs cruautés.... » Quel beau sujet à déclamations pour un historien philanthrope ! Malheureusement le mot «•«rtw/e n'existe pas dans le manuscrit. On lit ; a Je me délibéray d'uzer de toutes les craintes — » Le lecteur fera la différence entre un Verres, qui, de tous les moyens, choisit d'avance les plus cruels, et un IMonluc, qui songe à intimider les ennemis de son maître pour n'avoir pas à les punir.
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dans les souvenirs, a fait supposer à Pasquier et à de Thou que Moulue s'aidait dans son travail de notes préparées à l'avance, année par année *. Tant de prévoyance paraît peu vraisemblable. Enregistrer chaque année les événements dont il était le témoin, marquer les noms des principaux acteurs, coordonner les faits et les dates avec l'intention arrêtée d'écrire plus tard un livre, sont des précautions minutieuses peu conciliables avec le caractère bien connu de l'écrivain. L'ouvrage d'ailleurs porte la preuve évidente que l'auteur dictait de mémoire et qu'il manquait de documents écrits. On y trouve à chaque page des indications incertaines comme : « Un gentilhomme.... Ne me souviens du nom.. t. Ne sais s'il estoit présent Ne sais qui estoit gouverneur. » Enfin nous avons l'affirmation de Monluc luimême : « Pour le moingz puis-je dire que j'ay escript la vérité, ayant aussi bonne mémoire à présent que j'eus jamais combien que je n eusse jamais rien escript. » (T. I de cette édit., p. 28.) Cette discussion d'ailleurs n'offre aucune importance. Nous ne nous sommes arrêtés à l'opinion de Pasquier et de Thou que pour défendre la sincérité de Monluc mise en doute par leur hypothèse.
En 1573 le vieux capitaine reprit les armes et vint joindre le duc d'Anjou au siège de la Rochelle. Mais les efforts de l'armée catholique furent paralysés par l'incapacité de son chef, qui partit pour la Pologne bien à point pour esquiver la honte de lever le siège. Charles IX mourut l'année suivante. Henri III, son successeur, envoya le bâton de maréchal de France à Monluc, plutôt pour le récompen-
\ . Voyez dans les OEuvres complètes de Pasquier une letti'e consacrée en entier à l'éloge de Monluc et de son œuvre (t. II, col. 519 etsuiv.). —Voyez également de Thou ^t. IV, p. 327, édit. de 1740).