La Loggia, village au sud-ouest de Moncalier
4. Charles d'Ailly, vidame d'Amiens, seigneur de Picquigny, capitaine de cinquante hommes d'armes, gouverneur de Moncalvo, en Piémont, tué à la bataille de Saint-Denis, en 1567 {Mémoires de Castelnau, l. II, p. 498 et 499).
rapporté à monsieur le mareschal ; que feust cause que ledict sieur mareschal et tous tournarent à la porte Jaulne, et nous trouvarent avoir desjà remply les gabions, et logions les canons pour batre. Or l'heur de monsieur le mareschal de Brissac commensa se monstrer là : car, si les eschelles se feussent trouvées assés longues et qu'on eust donné l'assault, toute la ville estoict délibérée de se deffendre, où ilz nous eussent, à mon advis, bien estrillés et repoussés, pource qu'ilz ne voulloinct estre prins de nuict, ni par force ; et ne sceusmes fere nostre entreprinse si secrètement, que le jour devant ilz n'en feussent esté advertiz, de sorte qu'illeur eust esté facile de nous repousser, et peult-estre cela les eust descou rages de fere ce qu'ilz firent. Le seigneur don Ferrandou à son départ y avoict laissé ung gouverneur ytalien avecques trois compaignies, et en avoict tiré les Espaignolz pour les amenner avecques luy à Palme.
Nostre baterie, sans plus temporiser, ayant faict son jeu^ nous fismes bresche à main gauche de la porte Jaulne , combien que la pluye nous survinct si grande que presque nous meltoict tout nostre faict en désordre; et, environ les unze heures, la bresche estoict de huict ou dix pas. Les gens de la ville, qui ne demandoinct pas mieux qu'une bonne occasion pour se mettre en l'obéissance du Roy, pour le mauvais traictement que les Espaignolz leur faisoinct, commensarent à dire au gouverneur s'il se trouvoict assés fort avecques ses soldatz pour soustenir l'assault : lequel leur respondist que oy, pourveu que la ville print les armes. Hz luy respondirent qu'ilz n'en feroinct rien, et que les Espaignolz ne les avoinct pas si
bien traités, qu'ilz eussent occasion de prendre les armes contre les François. Alors le s;oiiverneur, qu'estoict saige, se vist logé entre monsieur et madame, et craignist plus que ceux de la ville luy donnassent à doz que aultrement. 11 leur dict : « Mes amis, atten- « dés ung peu, que je feray une capitulation avecques c( monsieur le mareschal , que vous n'aurés aulcung (( desplaisir, ni nos autres aussi. » Et fist sonner la chamade, faizant sortir ung homme dehors, pour prier monsieur le mareschal de luy envoyer les seigneurs Franciscou Bernardin et le seigneur de Monbazin \ et qu'il fist cesser la baterie. Monsieur le mareschal nous manda incontinent de cesser; ce que nous fismes. Sur quoy arrestarent que le gouverneur metroict deux ou trois hommes dehors pour hostages, et que les deux susditz entreroinct pour cappituler; et croy que monsieur le président Birague y entra avecques eux, à cause qu'il n'eust pas voullu que la ville feusse saccaigée, pour ce qu'il est marié d'icelle ville de Quier', et que la plupart des gentilhommes
1 . Le sieur de Monbazin, de la famille de Lavergne en Languedoc, capitaine des gardes du roi (coll. Gaignières, vol. 431, fol. 74) fut nommé, vers le mois de mars lool, capitaine commandant du château de Ravel sur la recommandation expresse de Brissac (Bibl. imp., coll. Clérembault, vol. oS, fol. 911) et de Vassé (coll. Gaignières, vol. 328, fol. 3o). Après la prise de Qiiier, iMonl)azin fut envoyé au roi pour lui en rendre compte et obtint le gouvernement de cette ville, que Brissac avait demandé pour lui (Boyvin du ViUars, édit. du Punth. litt.^ p. 5:22 et 323). Monbazin continua ses services en Italie. Une montre de 1554 nous apprend qu'il était commissaire contrôleur des guerres près du camp de Brissac (coll. Gaignières, vol. 412, fol. 63).
2. La Présidente de Birague, Vaientine Balbiani, morte le 21 décembre 1572 (Imhoff, Généal. Ital., p. 37).
sont parens de sa femme' : mais, pour ne mentir poinct, je ne sçaiirois asseurer s'il estoict des trois ou non. Monsieur le mareschal n'eustvoullu aucunement leur fere desplaizir, car c'esloict exemple à tous les aultres lieux que les ennemis tenoinct, pour les attirer, afin que, se trouvant en pareil cas, pour le bon traictement qu'il auroit faict à ceux de Quier, tous les aultres eussent envye de voulloir fere comme eux et prendre le party François. Et la plus grand disputte qui feust entre noz depputés, le gouverneur et les habitans, ce feust que ledict gouverneur, de tant qu'il estoict desjà presque nuict, disoict qu'il ne pourroict gaigner Ast pour sa retraicte , et qu'il seroict en danger d'eslre deffaict par les chemins ; par ce vouloict remettre au lendemain. Monsieur le mareschal, qui séchoict sur ses piedz , craignant qu'este nuict il feust secoureu d'Ast, demandoict que l'on luy baillast la rocquelte^ pour y mettre soixante hommes, et qu'ilz esleussent ung de noz cappitaines telz qu'ilz vouldroinct, pour les mectre dedens; et cependent il faizoict tousjours aprocher noz compaignies devers la brèche. Ledict gouverneur mesmes vinct sur la muraille de la rocquelte, et parla à moy, me priant de fere reculer les soldatz, et qu'ilz avoinct arresté avecques monsieur le mareschal. La concluzion feust qu'il s'en irbict bagues sauves, enseignes pliées, sans sonner tambourin, l'endemain matin ; et, pour asseurance,
i. Var. des édit. précéd.: « jrmrce que sa femme estoit fille
de Quiers et que la pluspart des gentils-hommes estoyent ses parents. »
2. Rnque ou roquette, château fort (Bibl. imp., Ms. Glossaire français de Lac. Ste-Palaye, v° Roquette).
il feust arresté que la rocquette seroict mise entre noz mains. L'endemain matin la ville m'envoya demander à monsieur le mareschal, pour me mettre dens la rocquette, et je y entray avecques soixante soldatz * ; car en Piémont j'avois acquis une réputation d'estre bon politicq pour le soldat et empescher le désordre. Je me gouvernis si bien qu'homme de la ville ne perdist une paille : l'avarice de quelque peu de pillage desgoute souvent ceux qui ont envie de prendre party. Ce faict feust sagement considéré à monsieur le mareschal : carcestenuict-là estoinct partis d'Ast quatre cens harcquebuziers, pour s'essayer d'entrer dens la ville ; mais ilz feurent advertis par les chemins que nous tenions la rocquette, qui les en fist retourner. Il feust faict là une erreur; car au conseil il feust propozé que sans doute l'ennemy debvoict venir à nous au bruict de ce siège, et qu'à ceste occasion, au mesme temps que la rocquette nous seroict rendue, il failloict envoyer quelque belle trouppe pour aller batre l'estrade vers Ast. Si cela eut esté exécuté comme il debvoict, on eust deffaict ce secours.
Monsieur de Bonivet, qui estoict campé sur le chemin d'Andezan^, vint le lendemain avecques quinze ou vingt genlillîommes, en mesme heure que les Ytaliens sortoinct de la ville; et, estant enlré, s'arresta à la porte pour les veoir passer. Et comme ilz feurent tous passés, et que monsieur de Bonivet passoyt sous la seconde porte pour aller dens la ville, et m'ayant
4. Var. des édit. précéd.: a.... pour me mettre dans icelle aveajues... s