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Verrua, sur la rive droite du Pô, au N. E. de Turin

d'Albe, et ma compagnie s'en alla à Monqualier. Je vous laisse à discourir si monsieur le mareschal, monsieur le président Birague et toute la court du parlement me firent grand chère, et si je feuz le bienvenu.

Or donc , cappitaines , à une choze de laquelle la perte en est grande pour les comodiltés qu'on y trouve, avecques espérance d'en tirer encore de pluz grandes, comme faisoict Thurin de ce quartier-là, veu que Thurin ', si Gazelles eust esté prins, en souffroict grand dommage, n'arrestés d'entreprendre et tenter hardiment : et, quand vous y serés, souviegne-vous de la sorte que j'en uzay ; car ainsi vous mettrés en craincte l'ennemy de vous attacquer. Il est plus en alarme c^e vous assaillir, que vous n'estes de vous deffendre ; il songe et considère ce qui est dedens, et qu'il a affaire à gens qui scavent remuer terre , qui n'est pas peu de choze à ung guerrier. Il est vray que le sieur Cézar fist ung pas de clerc de s'amuser aux forts, et nous laisser cependent fortifier. S'il feust lors venu droict à nous, il nous eust donné de la peine : je croy qu'il craignoict. Aussi ma bonne fortune voulust que le sieur don Ferrandou séparast ses forces : s'il feust venu lors nous attacquer, il eust emporté de bons hommes, mais nous eussions bien vendu nostre peau.

Or comme le seigneur dom Ferrandou feust en Ast, il eustadvertissement que monsieur de Bonnivet estoitc fort dens Albe, et que de nouveau y estoiuct entrées

1 . Var. des édit. précéd. : « Or donc, capitaines, quand de quelque entreprinse sortira grande commodité et quelque protit en pourra venir, comme faisoit de ceste cy, veu que Thurin.... »

trois compaignies de celles que j'avois à Gazelles, avec grand quantité de pioniers ; qui feust cause qu'il entra en aussi grand disputte s'il y debvoict aller ou non, comme à Riverol pour venir à Gazelles. Il partist donc au bout de cinq ou six jours d'Ast avecques toute sa cavalerie pour recognoistre Albe ; et, après avoir demeuré ung jour aux environs, il s'en alla camper devant SainctDamian', pource qu'ilavoictentendeuque monsieur le maresclial avoict prins presque toutes les munitions, poudres, plouibz et cordes pour mettre dens Albe, et avoict donné cliarge à quelcung d'en y amenner autant. Mais bien souvent la paresse et négligence des hommes faict plus perdre que gaigner ; car je ne viz jamais homme long en besongne , paresseux ou négligent à la guerre, qui fist beau faict ; aussi il n'y a rien au monde où la diligence soict tant requize; ung jour, une heure et une minute faict esvanouir de belles entreprinses.

Or monsieur le mareschal pensoyt que le seigneur don Ferrandou sevinct mectre plustost à Carmaignolle que non ailleurs, pour la fortiffier et prendre le chasteau, pensant que Sainct Damian auroicl recouvert de poudres ; ainsi il s'en vinct jusques audict Carmai-

i . Les dates de ces mouvemenls de dom Ferrand sont précisées par deux lettres de Brissac au roi. La première, datée du 1 1 jan- \iev 1552 (1553), nous apprend que dom Ferrand a menacé Albe pendant quelques jours, mais qu'endn il s'est porté sur Saint-Damian. La seconde, du 17 janvier 1532 (1553), que la ville a été secourue et que les impériaux ont levé précipitamment le siège (coll. Gaignières, vol. 325, fol. 177 et 181, copie). Le ravitaillement de Saint-Damian doit donc être place dans la première quinzaine de janvier. On va lire le récit de ce fait d'armes.

gnolle. Monsieur de Vassay, qui estoict gouverneur du marcquizat de Salusse, volsist entreprendre de deffendrelechasteau. Monsieur le mareschal s'en alla après à Carignan, et me laissa avecledict sieur de Vassay pour luy ayder à mettre les vivres et munitions dens ledict chasteau, et ce feust à la requeste mesmes d'icelluy sieur de Vassay. Et l'endemain propre que monsieur le mareschal feust party, il feust adverty, par une lettre venant des partz de messieurs de Briquemaur* et de Chavigny, que le camp de l'ennemy se campoict devant Sainct Damian, etqu'ilzle prioinct les voulloir secourir de poudres, plomb et corde pour laharcquebuzerie, car ilz n'avoinct poinct eu celle qu'il leur avoict promis ; dont monsieur le mareschal se trouva le plus fàiché du monde, et y envoya promtement six charges de poudre et quatre de plomb et de corde; et mandoict au gouverneur de La Cisterne^, distant de Sainct Damian deux petitz mil, lequel avoict trois com-

1. François de Bricqueraaut, gentilhomme protestant, prit part aux guerres du règne de Henri II. Une montre de l'an 1548 ou 1549 nous apprend qu'il était à cette époque capitaine de deux cent quatre-vingt-dix hommes de vieilles bandes françaises et gasconnes en garnison à Chatillon en Picardie (coll. Gaignières, vol. 431, fol. 54). Plus tard Bricquemaut passa en Italie ; une lettre de Brissac en date du 22 février 1332 (1353), raconte un petit combat livré par Bricquemaut à cinquante soldats de César deNaples, près de Saiut-Damian, et la défaite des Espagnols (coll. Gaignières, vol. 2786, fol. 58, copie). Pendant les guerres civiles, Bricquemaut se fit huguenot. Peu de temps après la Saint-Barthélémy il fut arrêté, condamné à mort coirune complice de Coligny et exécuté sur la place de Grève en présence du roi. Son procès se trouve dans les Mémoires de Pestât de France sous Charles IX.

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