Care^ visage. Voyez Ducange v° Gara
véritté il y avoict quelque raison, car Sainct Damian est petit, elle sieur don Ferrandou avoict en son camp six mil Allemandz , six mil Ytaliens et quatre mil Espaignolz, douze cens chevaulx-légiés et quatre cens hommes d'armes, et tout cela campoict joignant la ville, à l'entour de laquelle les corps deguarde se touchoinct. Et d'y fere entrer la munition aveccjues les chevaulx qui l'avoinct pourtée estoict choze impossible, car il y avoict neige jusques au genoil, et tous les chemins estoinct pleins de loges des soldatz. Or, incontinent je fiz assembler forces sacz, que nouscoppions en trois, et quelques femmes promteraent les recosoinct, dens lesquelz je fiz mectre la poudre. Puis j'euz trente païsans, ausquelz je fis lier les poudres, plomb et corde à la senlure, et leur fiz bailler à chescun ung baston en la main pour se soustenir. Monsieur de Briquemaur, gouverneur, avoict envoyé six Suisses de sa garde hors la ville, lesquelz n'estoinct peu réentrer dedens ; ainsi se trouvarent à La Cisterne et prindrent leur part de la munition. Estant donc prestz à partir, arrivarent les seigneurs de Pied de Fou* et de Bourry*, lequel, on m'a dict, s'est faict huguenauld, de Sainct Romain, parent de monsieur de La Fayette, et trois ou quatre aukres gentilhommes qui s'acherainoinct pour s'aller jecter dedens^ lesquelz se mirent à pied et renvoyarent leurs chevaulx. Mon-
i . Probablement René du Puy du Fou , gentilhomme d'une maison ancienne du Poitou, capitaine de cinquante hommes d'armes.
2. Probablement Charles du Bec , seigneur de Boury et de Vardes, vice-amiral de France, d'une noble et ancienne famille de Normandie.
sieur le mareschal avoict escript à deux des cappitaines qui esloinct à La Cisteine, qu'ilz entreprinsent de mectre les poudres dens Sainct Damiaii. Lesdicts cappitaines estoinct vieux soldatz, qui ne m'en fist espérer aulcune choze de bon : car qui veult fere une exécution hazardeuse et de grand combat, il se fault garder sur tout de vieux cappitaine et de vieux soldat, pource qu'ilz cognoissent trop le périlh de la mort , et la craignent , et n'en tirerés jamais bon ouvrage : ce que j'expérimentay là et en plusieurs auhres lieux. Le jeune n'appréhende pas tant le danger (il est vray qu'il y fault de la conduicte), et entreprendra aisément quelque exécution où il fault de la diligence : il est prompt, ingambe, et la chaleur luy enfle le cœur, qui est souvent froid au vieillard.
Or, ilz partirent environ deux heures après minuict; et comme ilz feurent hors la ville, je me mis sur une plate-forme près de la porte, duquel lieu je descovrois tout leur camp, sauf ung peu de l'aultre couslé de la ville. J'envoyay le lieutenent du gouverneur de La Cisterne pour donner l'allarme par le fons à main gauche ; ce qui ne pourta pas grand proffict, d'autant que les ennemis n'en firent nul compte. Et comme noz gens furent sur ung petit hault près de la ville, d'où on descouvroict tous les feuz, et des gens mesmes à la clarté d'iceulx, ung des cappitaines ytaliens dict à monsieur de Pied de Fou et aux aultres : Vedeie el campou : ecco la cavallerie^ ecco la gendarmerie; ecco là Y Tudesquo; ecco là j Espaigriole, eecou la Ytalianou. Leur monstrant le tout avecques le doigt : Non ny entrerie un gai; e besoigne
tournar m ret\ Ce qu'ilz firent. Or, je demeuris toujours sur ceste plate-forme, avee ma cuisse qui me thuoict de mal, de laquelle je n'estois encores guéry, ny de deux ans après. Voyles icy retournés^ sur la poincte du jour, et me comptarent ce qu'ilz avoinct veu, de quoy je feuz bien marry. Je despéchay incontinent ung homme en poste devers monsieur le mareschal, qui ne sçavoict pas que je feusseàLa Cisterne, ains me pensoyt à Carmaignolle avecques monsieur de Vassay ; et luy manday tout ce qu'en avoict esté faict, et qu'il ne failloict poinct avoir espérance que ces cappitaines-là missent les poudres dens Sainct Damian ; j'en avois desjà faict l'espreuve : le priant qu'il mandast en poste à Monquallier, au cappitaine Charry, qui pourtoict mon enseigne, que soudain il partist avecques cinquante des meilleurs soldatz que j'eusse, sçavoir, trente harcquebuziers et vingt picquiers, et qu'il se rendist à La Cisterne à la minuict. Monsieur le mareschal trouva estrange quand il entendist que j'estois là, et despécha ung homme en poste au cappitaine Charry, auquel j'escripvois pareillement ung mot en haste. Ce vaillant june homme, plein de bone volonté, ne s'en fist pas prier, mais tout incontinent il partist avecques les cinquante soldatz, et se
1 . Nous suivons le texte italien du manuscrit. L'édition originale, quoique retouchée par Florimond, n'est guère plus correcte : « Vedete el campo : ecco la ca\>allerie^ ecco la 'gendarmerie, ecco li Tudesci, ecco li Espagnolli , ecco li Italiani.... non si intrarehbe una gâta, hisogna tornar in dietro.-a — Voici la traduction : Voyez le camp : voici la cavalerie, voici la gendarmerie ; voici l'Allemande, voici l'Espagnole, voici l'Italienne.... Il n'y entrerait pas un chat; il faut s'en retourner.