‹ Commentaires et lettresChapitre 90 sur 96 · Palazzo diDiaboli, village au nord de Sienne · texte numérisé non relu

Palazzo diDiaboli, village au nord de Sienne

pièces tirer à Saincte Bonde, que le marcquis y avoict menné. Alors je diz à monsieur le mareschal ces motz : « Monsieur, ceste escaramouclie est grande et rede , « meslée avecques de l'artillerie; ilz vous enpourte- « ront le cappitaine Barlholomé de Pezere ; je vous « prie, allons veoir que c'est. » Ledict sieur mareschal me respondist : « Allons donc; aussi fault-il que f( nous allions regarder où nous logerons le camp. » Monsieur de Lanssac me [)resta ung cheval lurq, poil gris, car je n'avois poinct amené de chevaulx par mer. Lors je diz à monsieur le mareschal s'il Irouveroict bon que j'allasse veoir que c'estoict de ceste escaramouche, pendent qu'il iroict regarder, avec messieurs de Lanssac et de Forcquevaulx, où il logeroict le camp; ilmedict qu'il le trouveroiclbon. Et sortismes par la porte Sainct Marc; je tiray droict au lieu de l'escaramouche, et eux un peu à main droicte, pour regarder où ilz mettroinct le camp. Comme j'arrivay delà la Tresse', où se faisoict l'escaramouche, je n'y trouvay aulcung cappitaine, et estoict conmie une escaramouche faicte en désordre, et les .ennemis avoinct gaigné avantage sur les nostres, car ilz les avoinct tirés des cotaux près Saincte Bonde, et ramenés jusques aux predz qui sont joignants la rivière de la Tresse. Et à mon arrivée je demande les cappitaines, et n'en trouvay ung seul qui se dict cappitaine; dont s'en ensuyvoict ung grand désordre. Sur cela je viz venir ung sur ung cheval gris, et coreuz à luy pour luy demander s'il estoict cappitaine : lequel me dict que ouy. .le luy demanday son nom, il me respondist : lo mi

i . La Tressa, torrent qui coule au sud de Sienne.

chiamo Marioul de Santa Ffor\ Et je luy diz : Si'gnor capitan, io mi chiamo Monluco : andamo insieme^.

Or, tout le camp avoict desjà entendeu que je venois avec les secours ; et, encores que nous ne nous fussions jamais veuz, si est-ce que nous nous recogneusmes au nom. Je le priay de rallier ses gens pour donner une cargue aux ennemis, et les ramenner contremont, ce qu'il fist; et lesramenasmesjusques au hault. Cependent tout au long du cotau l'escaramouche tiroict, et au long des vignes droict au Palassot, qui est ung petit palais au derrière duquel estoinct les Grisons; et au doz de la montaigne, un peu avant, à cause que l'artillerie que le marcquis avoict à Saincte Bonde tiroict là, tous les cappitaines ytaliens, et le seigneur Corneli Bentivolio, qui en estoict colonel, estoict au coing des vignes tirant à Saincte Bonde et à Sainct Marc, dernier ung petit oratoire, au couvert de Tartilierie. Or, despuis le Palassot jusquesau petit oratoire, il y pouvoict avoir trois cens pas. Le seigneur Marioul et moy fismes tant que nous menasmes, tout au long du cotau des vignes, l'escaramouclie sur leurs bras. J'avois amené avecques moy le cappitaine Charry, qui estoict mon iieutenent en x\lbe, avec trente bons sol-

\. Mario Sforce (le Santa Fior, comte de Valmontone, descendant des anciens ducs de Milan, capitaine italien II était lieutenant du roi dans le Siennois au moment de l'arrivée de Moniuc. Peu de lemps après il tomba au pouvoir des Impériaux. Son frère aîné, le comte de Santa Fior, général florentin, qui le retenait prisonnier, lui persuada de s'attacher au service du duc de Toscane. Mario Sforce se laissa séduire et devint général de l'infanterie de Cosmel", (Chaz. de INantigny, Généal. Iiist., t. Il, p. 227.)

2. Var. des mss. : «.... il me respondist qu'il se nommoit Marioul de Santa Fior et alors je luy diz le mien. «

datz, presque tous lesquelz estoinct gentilz-hommes, n'eslant voulu demeurer avec mon frère, monsieur de Lioux, à qui le Roy avoict donné le gouvernement d'Albe*, à la supplicquation et requeste que monsieur de Valence, mon frère, et moy luy en avions faicte. Sur quoy il y eust grand disputle, car monsieur le marescbal de Brissac différoict de l'accepter jusques à ce qu'il eust responce de moy ; car, comme il entendist que le Roy estoicl résolu de m'envoyer à Sienne, il m'envoya ung corrier de nouveau, me priant que je ne quittasse poinct le gouvernement d'Albe, et que je nommasse mon lieutenent ou aultre pour commander au dict gouvernement jusques à mon retour, ra'asseurant qu'il accepteroict celluy que je nommerois ; et que cependent il feroict garder mes gaiges, tellement que je ne perdrois rien; et au surplus, que je considérasse que la charge que le Roy me donnoict à Sienne ne seroict poinct de si longue durée que le gouvernement d'Albe. Mais je le suppliay très Immblement d'avoir mon frère pour agréable, l'asseurant qu'il luy seroict aussi affectionné serviteur que moy ; et que, quant bien je retournerois de Siene, que je jurois de l'aller trouver pour luy fere service en simple soldat, encores que le Roy ne me baillast aulcune charge pour estre près de luy. Or, pour monstrer la complection de monsieur le mareschal , je veux dire et maintenir que c'estoict ung des bons sieurs et maislres qui, cin-

1 . On trouve dans la collection Gaignières la copie de deux lettres de Joachim de Monluc, sieur de Lioux, adressées l'une au roi, l'autre au connétable, en remercîment du don du gouvernement d'Albe. Ces deux lettres sont datées d'Agen du 22 mars 1533 (1554) (vol. 341, fol. 1 et 2).

qualité ans a, feiist en France, pour ceux qu'il cognoissoict avoir bon zelle et affection au service du Roy; et si monsieur le président de Birague met la main :i la conscience, il en jurera comme moy. Il aymoict plus le profit d'aultruy que le scien propre : on ne perdoict rien près de luy ; il faizoict part et des bienfaits et de l'honneur. Au reste, il aymoict et lionnoroict jusques aux simples soldatz; les bons hommes, il les cognoissoict par leur nom, prenoict l'advis de tous, sans croire sa teste seule, comme faizoict monsieur de Lautrec.

Pour retourner donc à i'escaramoucbe, je trouvay à l'oratoire le sieur Cornely et le colonel Cliaramont, que je n'avois encores veuz : entre lequel oratoire et Saincte Bonde il y a ung grand chemin, et, au long d'icelluy, deux petites maisons, à dix ou douze pas l'une de l'aultre. Nous fismes une cargue aux ennenemis au long de ce chemin et leur hostasmes les deux maisons ; le cappitaine Charry se jecta dens l'une, noz Ytaliens dens l'aultre. Hz demeurarent là environ trois quartz d'heure, presque tousjours aux mains, de sorte que le marcquis y desbanda toute la harcquebuzerie espaignoUe etles Ytaliens mesmes, qui estoinct à leur fort de Saincl Marc, et mist six enseignes espaignolles tout au long du grand chemin, pour soustenir l'escaramouche. Or la grand escaramouche estoict à main droicte et à main gauche dens les vignes, de sorte que la cavalerie n'y pouvoict rien fere. Le seigneur Cornely , par l'advis des cappitaines, volsist se retirer : je luy remonstray qu'il ne failloict poinct qu'il commensast sa retirade qu'il n'eust de la cavalerie, ensemble les Grisons pour les soustenir, vers les-

quelz je m'en irois pour les prier de marcher jusques à moytië chemin du Palassot à l'oratoire ; et que de mesmes j'y rois prier le conte de la Mirande^, qui estoict colonel de la cavalerie, et avoict fait hahou du cousté du Palassot, en ung valon derrière ung petit bois; ce que tous trouvarent bon. Ainsin je coureus aux Grisons, et les priay de vouloir marcher seullement deux cens pas. Le colonel, qui conimandoict soubz monsieur de Forcquevaulx, n'y voulsist entendre. Je coureuz au conte et luy piiay de laisser venir quatre cornettes de gens de cheval , ce qu'il fist : qui furent le comte de Fontavala, Cornelio Jobi^, le baron d'Arrabat", et Sérilhac, mon nepveu, qui conduisoict la compaignie de monsieur de Sipierre. Or comme les cornettes marcharent au galop, je viz le seigneur Cornely* qui commensoyt à se retirer à l'instance des cappilaines. Je coreUz à luy et luy monstris que les six enseignes marchoinct , et que c'estoict Espaignolz, caries drappeaux estoinct trop grandz, qui estoict signe évident que le marcquis estoict là avecques tout le camp, lequel les chargeroict dès qu'il commenseroict à prendre la descente, le priant de tourner

i . Louis Pic de la Mirandole, fils de Galéot Pic, suivit le parti français. 11 mourut en iS64. (Chazot de jNantigny, Généal. hist.^ t. Il,' p. 378.)

2. Cornelio Zuboli, capitaine italien au service de la France, se trouvait à Parme le 23 mai 1552 (Coll. Gaignières, vol. 402, fol. 134). Il fut tué au combat de Marciano le 12 août 1534 [Méni. de du Fil/ars, édh. du Pant. lia., p. 646.)

3. Jean de Foix, baron de Rabat, de l'illustre maison de Foix ^'* (Imhoff, Gériéalog. franc., p. 126), mort avant le 25 juin 1555 (Correspondance de Monluc).

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