Le sens semble exiger: Je nay ouy
2. Le combat de Marciano se livra le 12 août 1554. Du Villars
sçay rien , je n'en parle que pour ouyr dire. Je retourneray tousjours à nostre propoz , que ces retraictes de jour, à la barbe de Tennemy , sont si dangereuses , qu'il les fault esviter, si ronpeult, ou plustost bazarder le combat tout entier.
Monsieur le marescbal demeura jusqu'au treziesme jour que l'on le lenoict pour mort : toutesfois il n'arrestoict pour cella d'envoyer cappitaines devers la Romaignie ^ pour avoir de gens et garnir toutes les places de la Marene* et ce qui estoict aux environs de Monlalsin, de gens de pied et de gens de cbeval. C'estoict ung bomme fort prudent et sage ; mais il est impossible d'estre toujours suyvi du bonbeur. Or , me voyant-je à l'extrémitté et près de la mort et abandonné des médecins, baillay la cbarge de commander au seigneur Cornely. Monsieur le marescbal, entendant mon extrémitté, despécba en poste à Rome pour faire venir monsieur de Lanssac pour y commander; lequel , arrivé qu'il feust à Montalsin, l'on luy conseilla de s'en venir de nuict à pied , avec deux guydes et ung serviteur, hors des grandz cbemins, et que plus facillement il se sauveroict. Mais comme il feust près de Sienne, des soldalz qui alloinct à la guerre le rencontrarent; lequel ilz prindreut et l'amenarent au marc-
assure qu'il ne fut perdu que par la trahison du lieutenant du comte de la Mirandole (édit, du Panth. litt., p. 647). — On conserve à la Bibliothèque impériale (coll. Dupuy, vol. 500, fol. 34) un curieux et important récit de cette bataille, qui contient une apologie de la conduite de Strozzi.
i. La Romaine.
2. Les Marennes, partie du Siennois traversée par l'Ombrone. Les éditions précédentes portent ia marine.
quis, et du marcquis à Fleurence, là où il demeura prisonnier lant que la guerre dura ', et davantage. Ledict sieur de Lanssac feust là mal conseillé ; car il avoict assés de moyen de passer s'il eust sçeu bien conduire son affaire. S'il feust venu, je croy que je feusse mort , car je n'eusse eu rien à fere ; j'avois l'esprit tant occupé à ce qui me faizoict besoing, que je n'avois loysir de songer à mon mal. Monsieur de Forcquevaulx feust prisonnier et blessé à la bataille , et le cappitaine Velleron \ colonel de l'enfanterie françoise , et plusieurs aultres, de quatre à cinq mille. On me dict que , de sa personne , ledict sieur de Strossi
i . Une lettre du cardinal d'Armaignac au connétable, du d8 août 1554, donne la date de la prise de Lansac a qui s'en alloit à Sienne conforter le cueur des habitans et les tenir tousjours en bonne union et dévotion envers le Roy. » (Coll. Gaignières, vol. 321, fol. 13.) Lansac fut étroitement emprisonné. Dans une lettre au roi , il se plaint des Espagnols qui le traitaient non en diplomate mais en espion. Il faillit même être mis à la torture. (Mémoires de Ribier, t. II, p. 534 et 531). Une lettre au connétable, datée de Rome, du 2 octobre 1554, confirme ce récit : a Quand ledict sieur de Lansac... auroit faict la fausse monnoie ou commis rébellion, il ne debvroit estre tenu plus estroictement ne avec moings de respect ny commodité. » (Coll. Gaignières, vol. 318, fol. 29).
2. Marc-Antoine Viarron, seigneur de Velleron, colonel général de l'infanterie française, avait été ambassadeur à Rome (Marquis d'Aubais, Pièces fugitives, 1. 1, Hist. des guerres du comté Venaissin, p. 348). Suivant tous les historiens, il mourut des blessures qu'il avait reçues dans ce combat (de Thou, t. II, p. 284; — duc de Dino , Chroniques siennoises , p. 325 , Chronique de Girol. Roffia). Il commandait alors « des bandes » que Brissac voulait, peu de temps avant, envoyer avec leur chef en Provence. Malheureusement pour lui, ce projetn'avait pas été exécuté (Lettre de Maugiron à Brissac, du 31 mai 1554. Coll. Gaignières, vol. 412, fol. 86).
470 COiAIMENTAIRES
fist acte d'ung preux et vaillant cappitaine. Voillà le succès de la bataille.
Geste histoire pourroict bien servir à ceux qui ont tant d'envye de fere des retraictes à la veue de l'ennemy. Je conseillerois tousjours que l'on s'engageast pour combatre, conime j'ay dict, mais non pour se retirer ; car je ne trouve poinct au faict des arrnes chose si difficille que une retraicte. Celle de monsieur le conestable, à Cinquantin', nous en donne encores sou ffisante preuve; lequel sçavoict en son temps enseigner et monslrer auxcappitainesce qu'ilzdebvoinct fere : et néanlmoingz le malheur pourta qu'il ne sçeust prendre pour luy ce qu'il avoict de coustume de départir aux aultres. Et veux-je dire que s'il eust esté bien secoureu des cappitaines de gens de pied qui estoinct demeurés dehors avecques luy , que peult-estre il eust faict sa retraite ; car il ne failloict que bazarder trois ou quatre cents harcquebuziers auprès de monsieur le mareschal de Sainct André, lesquels eussent bien gardé au comte d'Ayguemont* de cognoistre du désordre qui estoict parmy le bagaige, lequel estoict encores meslé parmy la cavalerie ; car il n'eust jamais chargé ledict seigneur mareschal, s il eust esté armé de harcquebuzerie, de tant que ledict conte n'avoict pas ung homme de pied, et monsieur le conestable eust eu une grand demy-heure de temps à s'acheminer, comme il avoict desjà commencé de fere; et cependent eust gaigné le bois pour sauver son
i. Bataille de Saint Quentin (iO août ■! 557). 2. Laiiioral, comte d Egruont, né en 152:2, décapiié à Bruxelles le 4 juin 1568.
enfanterie, et luy se feiist retiré avec toute sa cavalerie à La Fère : et ainsi ne se pouvoinct perdre que les harcquebuziers , avec partie de la cavalerie de monsieur le maresclial, et valoict mieux que cela se perdist que le chef et le tout, comme il fist. J'en ay parlé à des cappitaines de gens de pied qui sont encores en vie, et leur remonstrois comme ilz n'avoinct eu l'entendement de comprendre cela ; que moy, n'ayant que dix-huict ou dix-neuf ans, j'avois bien congneu à Sainct Jehan de Lus, à la retraicte du cappitaine Carbon et de monsieur de Gramond, qu'il failloict bazarder une petite partie pour sauver le tout, et en fiz l'expérience, comme j'ay au commensement escript. Hz s'excuzoinct sur le maistre de camp, et le blasmoinct fort. Tous ces exemples ai-je mis par escript, qui peuvent servir à l'advenir , et suis constrainct redire souvent ceste mesme faulte qui se faict sur les retraictes , pour les grandz inconvéniens qui en adviennent pour causer la perte d'une bataille. Elle ne seroict pas tant à regretter, lorsque la bataille et le combat est résolu, et qu'ung chescung faict ce qu'il peult; mais d'eslre balu en voulant se retirer, cela est insupportable.
Voyés, lieutenans de roy , combien ces faultes importent : celle de Sainct Quentin mist ce royaume en danger, et feust cause qu'il faiileust quitter toutes noz conquesles; cclle-cy mist les affaires du Roy en Italie en mauvais estât. ]N'ayés donc honte aulcune devons couvrir la nuict; tant s'en fault que cela soict honteux , qu'il est honnorable de se jouer et mocquer de l'ennemy qui vous attend , lequel au jour ne trouve que le giste : il vous sera bien plus vilain et plus honteux d estre battus en tournant le doz. Si vous avés