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comme le remarque M. Mignet, pour un seul homme, et c'est surtout dans ces Commentaires qu'on le retrouvera constant dans ses convictions et dans ses projets, et luttant courageusement, bien qu'infirme et malade, contçe les ligues les plus redoutables et contre le déchaînement le plus audacieux de la liberté de la pensée humaine, secouant tout principe d'autorité.
Quant à la forme, c'est une narration méthodique et sans ornements, dans laquelle on retrouve peut-être quelque imitation de l'œuvre immortelle de César (1). Elle rappelle l'assertion de Sepulveda que l'empereur aimait la vérité dans toute sa simplicité : simplicis veritatis amantissimus. Nous avons cherché à lui conserver ce caractère en nous attachant, par un système opposé
(1) C'est ainsi que Charles-Quint, de même que César, ne se nomme qu'en troisième. personne, et il ne faut pas perdre de vue le jugement que Cicéron portait sur les Commentaires du vainqueur de la Gaule : Commentarios quosdam scripsit rerum sua ru m, valde prohnndos. Nudi enim sunt, rccli et veausli, omni ornatu orationis detracto. Nihil enim est, in historia, pura et illustri brevitate dulcius.
à celui de Van Maie, à reproduire servilement, le sens et la phraséologie même de la narration que nous avions sous les yeux. L'importance de ce document historique que nous ne connaissons que par une première traduction, nous a paru exiger que celle que nous publions aujourd'hui reconçât à être élégante pour rester plus fidèle.
Il nous eût été facile d'ajouter à chaque page des notes nombreuses et de comparer le récit de l'empereur h celui des historiens contemporains. Nous ne l'avons pas fait par respect pour sa mémoire. On raconte que don Louis d'Àvila, retiré à Plasencia , avait fait placer entre les bustes d'Auguste et d'Anlonin celui de Charles-Quint avec cette inscription : * Carolo Quinto, et è assai questo. A Charles-Quint, ce nom en dit assez. » Comme Louis d'Avila, nous croyons qu'après avoir annoncé les Commentaires de Charles-Quint, il n'y a rien à ajouter à ce titre. Il est juste que la voix du prince que le fidèle Quijada appelait « le plus grand homme qui ait été et qui sera jamais, » se fasse entendre, après trois siècles de silence, libre et
dégagée des murmures de ses contradicteurs. Plus tard, l'histoire reprendra ses droits, mais désormais avant d'apprécier la vie politique de Charles- Quint, elle sera tenue de rechercher comment il la jugeait lui-même au moment où, pour mieux interroger sa conscience, il se préparait déjà à renoncer volontairement à la plus vaste puissance que Ton eût jamais connue.
DR