SCÈNE I
Vers 3 La haute vertu du prince Nicomède
Pour ce qu'on peut en craindre est un puissant remède.
Une haute vertu, remède pour ce qu'on en peut cradndre, n'est ni correct ni clair.
Vers 6. Un retour si soudain manque un peu de respect. Un retour qui manque de respect!
Vers 11. 11 n'en veut plus dépendre, et croit que ses conquêtes Au-dessus de son bras ne laissent plus de têtes.
Des têtes au-dessus des bras ! Il n'était plus permis d'écrire ainsi en 1652. Mais Corneille ne châtia jamais son style; il passe pour valoir mieux par la force des idées que par l'expression. Cependant observez que toutes les fois qu'il est véritablement grand, son expression est noble et juste, et ses vers sont bons.
Vers -16. A suivre leur devoir leurs liauts faits se ternissent.
II semble que les hauts faits suivent un devoir, et qu'ils se ternissent en le suivant. Ce n'est pas parler sa langue.
Vers 17. Et ces grands cœurs enflés du bruit de leurs combats... Font du commandement une douce habitude.
Des cœurs enflés de bruit * sont aussi intolérables que des têtes au-dessus des bras.
Vers 21. Dis tout, Araspe, dis que le nom de sujet
Réduit toute leur gloire en un rang trop abject.
Qu'est-ce que le rang d'une gloire ? On ne réduit pas en, on réduit à. Presque tout le style de cette pièce est vicieux ; la raison en est que l'auteur emploie le ton de la conversation familière, dans laquelle on se permet beaucoup d'impropriétés, et souvent des solécismes et des barbarismes. Le style de la conversation peut être admis dans une comédie héroïque ; mais il faut que ce soit la conversation des Condé, des La Rochefoucauld, des Retz, des Pascal, des Arnauld.
l Vers 23. Que bien que leur naissance au trône les destine,
Si son ordre est trop lent, leur grand cœur s'en mutine.
L'ordre de qui ? De la naissance ? Cela ne fait point de sens ; et mutine n'est ni assez fort ni assez relevé.
Vers 27. Qu'on voit naître de là mille sourdes pratiques
Dans le gros de son peuple et dans ses domestiques.
Ces expressions n'appartiennent qu'au style familier de la comédie.
Vers 37. Si je n'étois bon père, il seroit criminel, etc.
On retrouve un peu Corneille dans cette tirade, quoique la même pensée y soit répétée et retournée en plusieurs façons : ce qui était un vice commun en ce temps-là. Mais à quoi bon tous ces discours ? Que veutPrusias ? Rien. Quelle résolution prend-il avec Araspe? Aucune. Cette pièce paraît peu nécessaire, ainsi que celle d'Arsinoé et de sa confidente. fÉn général, toute scène entre un personnage principal et un confident est froide, à moins que ce personnage n'ait un secret important à confier, un grand dessein à faire réussir, une passion furieuse à développer.
^ers 46. Il n'est rien qui ne cède à l'ardeur de régner; Et depuis qu'une fois elle nous inquiète, La nature est aveugle et la vertu muette.
Inquiète n'est pas le mot propre ; depuis est ici un solécisme. Le sens est : dès qu'une fois cette passion s'est emparée de nous.