ACTE II, SCÈXE IL
Vers 59 Si je lui laisse un jour une couronne,
Ma tête en porte trois que sa valeur me donne. J'en rougis dans mon àme; et ma confusion... Sans cesse offre à mes yeux cette vue importune Que qui m'en donne trois peut bien m'en ôter une; Qu'il n'a qu'à l'entreprendre et peut tout ce qu'il veut. Juge, Araspe, où j'en suis, s'il veut tout ce qu'il peut.
Ces antithèses et ces figures de mots, comme on l'a déjà remarqué ^ doivent être bien rares. pCa versification héroïque exige' que les vers ne finissent point par des verbes en monosyllabes ; l'harmonie en souffre; il peut, il veut, il fait, il court, sont des syllabes sèches et rudes ; il n'en est pas de même dans les rimes féminines, il vole, il presse, il prie : ces mots sont plus soutenus; ils ne valent qu'une syllabe, mais on sent qu'il y en a deux qui forment une syllabe longue et harmonieuse. Ces petites finesses de l'art sont à peine connues, et n'en sont pas moins importantes.
Vers 81. Et le prends-tu pour homme à voir d'un œil égal Et l'amour de son frère, et la mort d'Annibal?... Il est le dieu du peuple et celui des soldats. Sûr de ceux-ci, sans doute, il vient soulever l'autre, Fondre avec son pouvoir sur le reste du nôtre.
Expressions vicieuses. On ne peut dire l'autre que quand on l'oppose à l'un. Le nôtre ne se peut dire à la place du mien, à moins qu'on n'ait déjà parlé au pluriel. Je le répète encore, rien n'est si difficile et si rare que de bien écrire.
Vers 91 . Je veux bien toutefois agir avec adresse.
Joindre beaucoup d'honneur à bien peu de rudesse, etc.
Tout cela est d'un style confus, obscur. Le reste du nôtre qui n'est pas tout à fait impuissant, et bien peu de rudesse, et le prix dhin mérite niêlé doucement à un ressentiment ! Il n'y a pas là deux mots qui soient faits l'un pour l'autre.