‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 130 sur 574 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

qui est encore bien plus du ressort de la comédie, c'est cet Attale qui vient n'ayant rien à dire, et à qui Laodice dit qu'il est un importun.

VBrs 34. Voyez quel contre-temps Attale prend ici.

On ne dit point prendre un contre-temps ; et quand on le dirait, il ne faudrait pas se servir de ces tours trop familiers.

Vers 35. Qui l'appelle avec nous? quel projet? quel souci? etc.

Est-ce le contre-temps qui appelle ? A quoi se rapportent quel, projet? quel souci? Quel mot que celui de souci en cette occasion ! Elle conçoit mal ce qu'il faut qu'elle pense ; mais elle en rompra le coup. Est-ce le coup de ce qu'elle pense ? Rompre un coup s il y faut sa présence ! Il n'y a pas là un vers qui ne soit obscur, faible, vicieux, et qui ne pècbe contre la langue. Elle sort en disant je vous quitte, sans dire pourquoi elle quitte Xicomède.lCes person- | nages importants doivent toujours avoir une raison d'entrer et de sortir, et quand cette raison n'est pas assez déterminée, il faut qu'ils se gardent bien de dire je sors, de peur que le spectateur, 1 trop averti de la faute, ne dise : Pourquoi sortez-vous^ ?

SCÈXE VI.

Vers 2 J'ai quelque chose aussi bien à vous dire.

Non-seulement dans une tragédie on ne doit point avoir aussi bien à dire quelque chose, mais il faut, autant qu'on peut, dire des clioses qui tiennent lieu d'action, qui nouent l'intrigue, qui augmentent la terreur, qui mènent au but. Une simple bravade, dont on peut se passer, n'est pas un sujet descène.

Vers 6. Je vous avois prié de l'attaquer de même,

Et de ne mêler point, surtout, dans vos desseins Ni le secours du roi, ni celui des Romains.

Ces deux ni avec point ne sont pas permis; les étrangers y doivent prendre garde. Je n'ai point ni crainte, ni espérance, c'est un barbarisme de plirase; dites Je n'ai ni crainte, ni espérance.

Vers 9. Mais ou vous n'avez pas la mémoire fort bonne,

Ou vous n'y mettez rien de ce qu'on vous ordonne.

Ces deux vers, ainsi que le dernier de cette scène, sont une ironie amère qui, peut-être, avilit trop le caractère d'Attale, que

1. « Laodice en donne la raison, observe Palissot ; elle sort pour éviter AUale. »

,126 REMARQUES SUR NIGOMÈDE.

Cornoillo cependant veut rendre intéressant. Il paraît étonnant que Mcomède mette de la grandeur d'âme à injurier tout le monde, et qu'Attale, qui est brave et généreux, et qui va bientôt en donner des preuves, ait la complaisance de le souffrir.

Plus on examine cette pièce, plus on trouve qu'il fallait l'intituler comédie, ainsi que Don Sanche d'Aragon.

Yt^i-j; 10 De ce qu'on vous ordonne

est trop fort, et ne s'accorde pas avec le mot de piHère.

Vers 44. Mais vous défaites-vous du cœur de la princesse.... De trois sceptres conquis, du gain de six batailles, Des glorieux assauts de plus de cent murailles ?

On ne se défait pas d'un gain de batailles et d'un assaut. Le mot de se défaire, qui d'ailleurs est familier, convient à des droits d'aînesse ; mais il est impropre avec des assauts et des batailles

gagnées.

Vers 20. Rendez donc la princesse égale entre nous deux. Il fallait rendez le combat égcd.

Vers dern. Vous avez de l'esprit si vous n'avez du cœur.

Il ne doit pas traiter son frère de poltron, puisque ce frère va faire une action très-belle, et que cet outrage même devrait empêcher de la faire,

Page 1