‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 129 sur 574 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Vers 3. J'ai fait entendre au roi Zenon et Métrobate.

Voilà la première fois que le spectateur entend parler de ce Zenon : il ne sait encore quel il est ; on sait seulement que Nicomède a conduit deux traîtres avec lui, mais on ignore que Zenon soit un des deux.

Voilà le sujet et l'intrigue de la pièce ; mais quel sujet et quelle

intrigue ! Deux malheureux que la reine Arsinoé a subornés pour l'accuser faussement elle-même, et pour faire retomber la calomnie sur iMcomède. Il n'y a rien de si bas que cette invention : c'est pourtant là le nœud, et le reste n'est que l'accessoire. Mais on n'a point encore vu paraître cette reine Arsinoé ^ on n'a dit qu'un mot d'un Métrobate, et cependant on est au milieu du troisième acte.

Vers 18. Les mystères de cour souvent sont si cachés

Que les plus clairvoyants y sont bien empêchés.

Le mot clairvoyants est aujourd'hui banni du style noble. On ne dit pas non plus être empêché à quelque chose : cela est à peine souffert dans le comique.

Rien n'est plus utile que de comparer : opposons à ces vers ceux que Junie dit à Britannicus-, et qui expriment un sentiment à peu près semblable, quoique dans une circonstance différente :

Je ne connois Néron el la cour que d'un jour; Mais, si je Fose dire, hélas! dans cette cour Combien tout ce qu'on dit est loin de ce qu'on pense! Que la bouche et le cœur sont peu d'intelligence! Avec combien de joie on y trahit sa foi! Quel séjour étranger et pour vous et pour moi !

Voilà le style de la nature. Ce sont là des vers ; c'est ainsi qu'on doit écrire./ C'est une dispute bien inutile, bien puérile, que celle qui dura si longtemps entre les gens de lettres, sur le mérite de Corneille et de Racine. Qu'importe à la connaissance de

jl'art, aux règles de la langue, à la pureté du style, à l'élégance

' des vers, que l'un soit venu le premier et soit parti de plus loin, et que l'autre ait trouvé la route aplanie ? Ces frivoles questions n'apprennent point comment il faut parler. Le but de ce commentaire, je ne puis trop le redire, est de tâcher de former des

jpoëtes, et de ne laisser aucun doute sur notre langue aux

] étrangers.

Vers 26. Pour moi, je ne vois goutte en ce raisonnement;

expression populaire et basse.

Vers 33. Il est trop bon mari pour être assez bon père.

On ne s'exprimerait pas autrement dans une comédie. Jusqu'ici on ne voit qu'une petite intrigue et de petites jalousies. Ce

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