CoMM. SLR Corneille. H
i30 REMARQUES SUR NIGOMÈDE.
Vers 90. C'est être trop adroit, prince, et trop bien l'entendre.
Ce ton bourgeois rend encore le rôle d'Arsinoé plus bas et plus petit. L'accusation d'un assassinat devait au moins jeter du tragique dans la pièce; mais il y produit à peine un faible intérêt de curiosité.
Vers 91. Laisse là Métrobate, et songe à te défendre.
Ce discours est d'un prince imbécile; c'est précisément de Métrobate dont il s'agit. Le roi ne peut savoir la vérité qu'en faisant donner la question à ces deux misérables ; et cette vérité, qu'il néglige, lui importe infiniment.
Vers 93. M'en purger! moi, seigneur ! vous ne le croyez pas.
Ce vers est beau, noble, convenable au caractère et à la situation ; il fait voir tous les défauts précédents.
Vers 94. Vous ne savez que trop qu'un homme de ma sorte,
Quand il se rend coupable, un peu plus haut se porte ; Qu'il lui faut un grand crime à tenter son devoir.
Un homme de sa sorte, qui un peu plus haut se porte, et a qui il faut un grand crime à tenter son devoir, n'a pas un style digne de ce beau vers,
M'en purger ! moi, seigneur! vous ne le croyez pas.
Il y a de la grandeur dans ce que dit Nicomède, mais il faut que la grandeur et la pureté du style y répondent.
Vers '106. La fourbe n'est le jeu que des petites âmes, Et c'est là proprement le partage des femmes.
Ce vers, quoique indirectement adressé à Arsinoé, n'est-il pas un trait un peu fort contre tout le sexe ? Quoique Corneille ait pris plaisir à faire des rôles de femmes nobles, fiers et intéressants, on peut cependant remarquer qu'en général il ne les ménage pas.
Vers 110. A ce dernier moment la conscience presse.
Pour rendre compte aux dieux tout respect humain cesse.
Ces idées sont belles et justes ; elles devraient être exprimées avec plus de force et d'élégance.
Vers 112. Et ces esprits légers, approchant des abois, Pourroient bien se dédire une seconde fois.