SCÈNE X ET DERNIÈRE
X'ers 7. Je viens en bon sujeL vous rendre le repos...
Nicomède, toujours fier et dédaigneux, bravant toujours son père, sa marâtre, et les Romains, devient généreux, et même docile, dans le moment où ils veulent le perdre et où il se trouve leur maître. Cette grandeur d'àme réussit toujours; mais il ne doit pas dire qu'il adore les bontés d'Arsinoé. Quant au royaume qu'il offre de conquérir au prince Attale, cette promesse ne parait-elle pas trop romanesque, et ne peut-on pas craindre que cette vanité ne fasse une opposition trop forte avec les discours nobles et sensés qui la précèdent ? Au reste, le retour de Nicomède dut faire grand plaisir aux spectateurs; et je présume qu'il en eût fait davantage si ce prince eût été dans un danger évident <le perdre la vie.
Vers 37. Je me rends donc aussi, madame, et je veux croire
Qu'avoir un fils si grand est ma plus grande gloire, etc.
Si Prusias n'est pas, du commencement jusqu'à la fin, un vieillard de comédie, j'ai tort.
Vers 42. Mais il m'a demandé mon diamant pour gage.
Attale paraît ici bien prudent, et Nicomède bien peu curieux; mais si ce moyen n'est pas digne de la tragédie, la situation n'en est pas moins belle. Il paraît seulement bien injuste et bien
odieux qu Attalc ait assassiné un officier du roi son père, qui faisait son devoir. Ne pouvait-il pas faire une belle action sans la souiller par cette horreur? A l'égard du diamant, je ne sais si Boileau, qui blâmait tant l'anneau royal dans Astrale^, était content du diamant de Nicomède.
Vers 61. Seigneur, à découvert, toute âme généreuse D'avoir votre amitié doit se tenir heureuse; Mais nous n'en voulons plus avec ces dures lois Qu'elle jette toujours sur la tôte des rois.
Jeter des lois sur la tête! Cette métaphore a le vice que nous avons remarqué dans les autres, de manquer de justesse, parce qu'on ne peut jeter une loi comme on jette de l'opprobre, de l'infamie, du ridicule. Dans ces cas, le mot jeter rappelle l'idée de quelque souillure dont on peut physiquement couvrir quelqu'un ; mais on ne peut couvrir un homme d'une loi. Je n'ai rien à dire de plus sur la pièce de Nicomède. Il faut lire l'examen que l'auteur lui-même en a fait.
1. Satire III, vers 194. Astrale est une tragédie de Quinault, qui fut représentée pendant trois mois de suite, en 1663.
REMARQUES