‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 161 sur 574 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Vers 39. La vertu doit régner dans un si grand projet, En être seule cause, et l'honneur, seul objet; Et depuis qu'on le souille, ou d'espoir de salaire, Ou de chagrin d'amour, ou de souci de plaire, Il part indignement d'un courage abattu. Où la passion règne, et non pas la vertu.

Andromaque dit à Pyrrhus ^ :

Seigneur, que faites-vous? et que dira la Grèce? Faut-il qu'un si grand cœur montre tant de foiblesse? Voulez-vous qu'un dessein si beau, si généreux, Passe pour le transport d'un esprit amoureux ?... Non, non, d'un ennemi respecter la misère. Sauver des malheureux, rendre un fils à sa mère, De cent peuples, pour lui, combattre la rigueur Sans me faire payer son salut de mon cœur. Malgré moi, s'il le faut, lui donner un asile; Seigneur, voilà des soins dignes du fils d'Achille.

On reconnaît dans Racine la même idée, les mêmes nuances que dans Corneille ; mais avec cette douceur, cette mollesse, cette sensibilité, et cet heureux choix de mots, qui portent l'attendrissement dans l'àme.

1. Andromaque, acte II, scène ii. 3. Anùromaqne, acte II, scène !i.

'2. IbkL, IV, m. 4. Acte P'", scène iv.

Grimoakl dit à Rodelinde :

Vous la craindrez peut-être en quelque autre personne.

Grinioald entend par là le fils de Rodelinde, et il veut punir par la mort du fils les mépris de la mère ; c'est ce qui se développe au troisième acte. Ainsi Pyrrhus menace toujours Andromaque d'immoler Astyanax si elle ne se rend à ses désirs ; on ne peut voir une ressemblance plus entière ; mais c'est la ressemblance d'un tableau de Piaphaël à une esquisse grossièrement dessinée.

Songez-y bien; il faut désormais que mon cœur, S'il n'aime avec transport, haïsse avec fureur? Je n'épargnerai rien dans ma juste colère ; Le fils me répondra des mépris de la mère *.

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