‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 164 sur 574 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Ne verse point de pleurs sur cette sépulture, Passant; ce lit funèbre est un lit précieux, OiJ gît d'un corps tout pur la cendre toute pure ; Mais le zèle du cœur vit encore en ces lieux.

Avant que de payer le droit de la nature, Son âme, s'élevant au delà de ses yeux, Avoit au Créateur uni la créature; Ef, marchant sur la terre, elle étoit dans les cieux.

Les pauvres bien mieux qu'elle ont senti sa richesse. L'humilité, la peine, étoient son allégresse; Et son dernier soupir fut un soupir d'amour.

Passant, qu'à son exemple un beau feu te transporte;

Et, loin de la pleurer d'avoir perdu le jour,

Crois qu'on ne meurt jamais quand on meurt de la sorte.

1. C'est sur VOEdipe de Corneille qu'est la quatrième des Lettres sur OEdipe, à la suite à'OEdipe, tome II.

2. On trouve cette épitaphe dans la Vie de cette béate, imprimée à Paris pour la première fois en 1655, et pour la seconde fois en 1660, chez Charles Savreux.

Ce sonnet fut imprimé avec OEdipe, dans la première édition de cette tragédie; je ne sais pas pourquoi. {Note de Voltaire.)

— Lisez : Femme de iNicolas du Chevreul, écuyer, sieur d'Esturville.

REMARQUES SUR ŒDIPE. loi

VERS

PRÉSENTÉS A MONSEIGNEUR LE PROCUREUR GÉNÉRAL FOUQUET, SURINTENDANT DES FINANCES '.

Laisse aller ton essor jusqu'à ce grand génie -, Qui le rappelle au jour dont les ans t'ont bannie, Muse, et n'oppose plas un silence obstiné A l'ordre surprenant que sa main t'a donné. De ton âge importun la timide foiblesse ^ A trop et trop longtemps déguisé ta paresse, Et fourni des couleurs^ à la raison d'État Qui mutine ton cœur contre le siècle ingrat ^. L'ennui de voir toujours ses louanges frivoles Rendre à tes grands travaux paroles pour paroles *^,

i. Imprimés à la tète de VOEdipe, Paris, 1G57 *, in-l^. Ce fut M. Fouquet qui engagea Corneille à faire cette tragédie. « Si le public (dit ce grand poëte) a reçu quelque satisfaction de ce poëme, et s'il en reçoit encore de ceux de cette nature et de ma façon, qui pourront le suivre, c'est à lui qu'il en doit imputer le tout, puisque sans ses commandements je n'aurois jamais fait VOEdipe. » Dans l'Avis au lecteur, qui est à la tête de la tragédie, de l'édition que j'ai indiquée au commencement de cette note. {Xote de Voltaire.)

Page 1