SCENE III
Vers 12, Je vous aurois fait voir un beau feu dans mon sein, etc.
Thésée, qui fait voir u)i beau feu dans son sein, et qui s'appelle amant misérable: OEdipe, qui devine qu'un intérêt d'amour retient Thésée au milieu delà peste ; l'offre d'une fille, la demande d'une autre fille, l'aveu qu'Antigone est j;ar/<:a7e, Ismène admirable, et que Dircé na rien de comparable : en un mot, ce style d'un froid comique, qui revient toujours, ces ironies, ces dissertations sur l'amour galant, tant de petitesses grossières dans un sujet si sublime, font voir évidemment que la rouille de notre barbarie n'était pas encore enlevée, malgré tous les efforts que Corneille ^ / avait faits dans les belles scènes de Cinna et d'//or«ce. Le sujet d'Œrf/^e demandait le style d'Athalie, et celui dont Corneille s'est servi n'est pas, à bêàUccup près, aussi noble que celui du Misanthrope. Cependant Corneille avait montré dans plusieurs scènes de Pompée qu'il savait orner ses vers de toute la magnificence de la poésie ; le sujet d' Œdipe n'est pas moins poétique que celui de Pompée ryoMïqviOi donc le langage est-il dans Œdipe si opposé au sujet? |Corneille s'était trop accoutumé à ce style familier, à ce j ton de dissertation. Tous ses personnages, dans presque tous ses i ouvrages, raisonnent sur l'amour et sur la politique. C'est nonseulement l'opposé de la tragédie, mais de toute poésie : car la poésie n'est guère que peinture, sentiment, et imagination. Les raisonnements sont nécessaires dans une tragédie, quand on délibère sur un grand intérêt d'État : il faut seulement qu'alors
celui qui raisonne ne tienne point du sophiste; mais des raisonnements sur l'amour sont partout hors de saison.
L'abbé d'Aubignac écrivit contre VOEdipe de Corneille ; il y reprend plusieurs fautes avec lesquelles une pièce pourrait être admirable : fautes de bienséance, duplicité d'action, violation des règles. D'Aubignac n'en savait pas assez pour voir que la principale faute est d'être froid dans un sujet intéressant, et rampant dans un sujet sublime. Cette scène, dans laquelle il n'est question que de savoir si Thésée épousera Antigone, qui est parfaite, ou Ismène, qui est admirable, ou Dircé, qui n'a rien de comparable, est une vraie scène de comédie, mais de comédie très-froide.
Je ne relève pas les fautes contre la langue ; elles sont en trop grand nombre.