SCÈNE IV
C'est ici que commence la pièce. Le spectateur est remué dès le premiers vers que dit OEdipe. Cela seul fait voir combien d'Aubignac^ était mauvais juge de l'art dont il donna des règles. Il soutient que le sujet d' Œdipe ne peut intéresser, et dès les premiers vers où ce sujet est traité il intéresse malgré le froid de tout ce qui précède.
Vers 2o. Un bruit court depuis peu qu'il vous a mal servie, etc.
OEdipe devrait donc en avoir déjà parlé au premier acte. Il ne devait donc pas dire dans ce premier acte que c'était le sang innocent de cet enfant qui était la cause des malheurs de Thèbes.
Vers 38. Vois pouvez consulter le devin Tirésie.
Quelle différence entre ce froid récit delà consultation, et les terribles prédictions que fait Tirésie dans Sophocle! Pourquoi n'a-t-on pu faire paraître ce Tirésie sur le théâtre de Paris ? J'ose croire que si on avait eu, du temps de Corneille, un théâtre tel que nous l'avons depuis peu d'années, grâce à la générosité éclairée de M. le comte de Lauraguais^ le grand Corneille n'eût pas hésité à produire Tirésie sur la scène, à imiter le dialogue admirable de Sophocle. On eût connu alors la raison pour laquelle les arrêts des dieux veulent qu'OEdipe se prive lui-même de la vue : c'est qu'il a reproché à l'interprète des dieux son aveu-
1. L'auteur de la Pratique du théâtre, ennemi de Corneille. '2. Depuis 1759. Voyez, tome \, l'épitre dédicatoire en tête de la comédie de r Écossaise.