‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 19 sur 574 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Vers 1 Madame, il n'est plus temps de taire

D'un si profond secret le dangereux mystère, etc.

Héraclius ne dit ici rien de nouveau à Léontine. Il ne s'est rien passé de nouveau depuis la première scène du premier acte; mais l'embarras commence à croître dès qu'Héraclius veut se déclarer. Il ne dit rien, à la vérité, de tragique; il explique seulement l'embarras où est Phocas.

Vers 6 Il prend tout pour grossière imposture,

Et me connoît si peu que, pour la renverser, A l'hymen qu'il souhaite il prétend me forcer.

On ne renverse point une imposture ; on la confond.

Vers 10. Je suis fils de Maurice, il m'en veut faire gendre, Et s'acquérir les droits d'un prince si chéri En me donnant moi-même à ma sœur pour mari.

j4 llEMxVRQUES SUR HÉRACLIUS.

Ce moi-même est de trop ; sans doute si on le marie, on le marie lui-même. Il fallait des expressions qui donnassent horreur de rinceste.

Vers 26. Je rends grâces, seigneur, à la bonté céleste

De ce qu'en ce grand bruit le sort nous est si doux,...

Un sort qui est doux en un grand bruit; ces façons de parler obscures, impropres, gauches, triviales, incorrectes, indignent un lecteur qui a de l'oreille et du goût. Le parterre ne s'en apeiroitpas; il se livre uniquement à la curiosité de savoir comment tout se démêlera.

Vers 34. J'aurai trop de moyens d'arrêter sa furie, etc.

Ce discours de Léontine inspire une grande curiosité ; je ne sais s'il ne dégrade pas un peu Héraclius, et même Pulchérie. Bien des gens n'aiment pas à voir les fils d'un empereur dépendre entièrement d'une gouvernante, qui les traite comme des enfants, et qui ne leur permet pas de se mêler de leurs propres affaires: c'est au lecteur à juger de la valeur de cette critique. Le mal est encore que cette Léontine, qui dit avoir tant de moyens, n'a effectivement aucun moyen dans le cours de la pièce, hors un billet dont l'empereur peut très-bien se saisira

Vers 41. Il semble que de Dieu la main appesantie, Se faisant du tyran l'effroyable partie, Veuille avancer par là son juste châtiment.

Les termes les plus bas deviennent quelquefois les plus nobles, soit par la place où ils sont mis, soit par le secours d'une épithète heureuse. La partie est un terme de chicane : la main de Dieu apsantie qui devient Veffroijahle partie du tyran est une idée terrible. On pourrait incidenter sur une main qui se fait partie ; mais c'est ici que la critique des mots doit, à mon avis, se taire devant la noblesse des choses.

Tout ce que dit ici Héraclius est plein de force et de raison, mais la diction dépare trop les pensées. Évitons le hasard qu^un imposteur l'abuse est un barbarisme. Un trône arrache sous un titre; un empereur qui se prévaudra d'un nom pris : tout cela est impropre, confus, mal exprimé.

Plusieurs personnes de goût sont choquées de voir une femme qui veut toujours prendre tout sur elle, et qui ne veut pas seu-

1. « PhocHs, (lit Palissot, ne peut pas s'en saisir, puisqu'il en ignore l'existence. »

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