DÉCLARATION DU COMMENTATEUR
L'actrice qui représentait Dircé dans VŒiUpe de Corneille dit au nouvel auteur : « C'est moi qui joue l'amoureuse, et si on ne me donne un rôle, la pièce ne sera pas jouée. » A ces paroles, je joue l'amoureuse dans Œdipe, deux étrangers de bon sens éclatèrent de rire ; mais il fallut en passer par ce que les acteurs exigeaient ; il fallut s'asservir à l'abus le plus méprisable, et si l'auteur, indigné de cet abus auquel il cédait, n'avait pas mis dans sa tragédie le moins de conversation amoureuse qu'il put, s'il avait prononcé le mot d'amour dans les trois derniers actes, la pièce ne mériterait pas d'être représentée.
Il y a bien des manières de parvenir au froid et à l'insipide. Lamotte, l'un des plus ingénieux auteurs que nous ayons, y est arrivé par une autre route, par une versification lâclie, par l'introduction de deux grands enfants d'OEdipe sur la scène, par la soustraction entière de la terreur et de la pitiés