‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 209 sur 574 · ACTE I. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE I

trop à des lieux communs d'un rhéteur qui ne connaît pas le monde. Non-seulement de telles maximes ne doivent jamais être débitées, mais jamais personne' ne les a prononcées, même en faisant un crime, ou en le conseillant. C'est manquer aux lois de riionnêteté publique et aux règles de lart, c'est ne pas connaître les hommes, que de proposer le crime comme crime. Voyez avec quelle adresse le scélérat Narcisse presse Néron de faire empoisonner Britannicus ; il se garde bien de révolter Néron par l'étalage odieux de ces horribles lieux communs, qu'un empereur doit être empoisonneur et parricide dès qu'il y va de son intérêt. Il échauffe la colère de Néron par degrés, et le dispose petit à petit à se défaire de son frère sans que Néron s'aperçoive même de l'adresse de Narcisse ; et si ce Narcisse avait un grand intérêt à la mort de Britannicus, la scène en serait incomparablement meilleure. Voyez encore comme Acomat, dans la tragédie de Bajazet, s'exprime, en ne conseillant qu'un simple manquement de parole à une femme ambitieuse et criminelle :

Et d'un trône si saint la moitié n'est fondée Que sur la foi promise et rarement gardée. Je m'emporte, seigneur^.

Il corrige la dureté de cette maxime par ce mot si naturel et si adroit, je m'emporte.

Le reste de cette scène est beau et bien écrit. On ne peut, ce me semble, y reprendre qu'une seule chose, c'est qu'on ne sait ( point que c'est Perpenna qui parle. Le spectateur ne peutledevi- j ' ner. Ce défaut vient en partie de la mauvaise habitude où nous | j avons toujours été d'appeler nos personnages de tragédie sci- (jneurs. C'est un nom que les Bomains ne se donnèrent jamais. Les autres nations sont en cela plus sages que nous. Shakespeare ; et Addison appellent César, Brutus, Caton, par leurs noms pro- / J près.

Vers 27 Sylla, ni Marius,

N'ont jamais épargné le sang de leurs vaincus.

On ne dit point mon vaincu, coipme on dit mon esclave, mon ennemi.

Vers 31 . Tour à tour le carnage et les proscriptions Ont sacrifié Ronae à leurs dissensions.

Le carnage qui a sacrifie Rome aux dissensions. Quelle incorrection ! quelle impropriété ! Et que ce défaut revient souvent !

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