ACTE I, SCENE III
SCÈ.\E III.
Ce premier couplet d'Aristie n'a pas toute la netteté qui est absolument nécessaire au dialogue ; l'un et l'autre qui ont sa raison d'État contre sa retraite; Pompée qui veut se ressaisir par la violence d'un bien qu'il ne peut voir ailleurs sans déplaisir.
Ces phrases n'ont pas l'élégance et le naturel que les vers demandent. Mais le plus grand défaut, ce me semble, c'est qu'Aristie ne lie point une intrigue tragique ; elle ne sait ce qu'elle veut ; elle est délaissée par son mari ; elle est indécise ; elle n'est ni assez animée par la vengeance, ni assez puissante pour se venger, ni assez touchée, ni assez héroïque.
Vers 0. Mais vous pouvez, seigneur, joindre à mes espérances, Contre un péril nouveau, nouvelles assurances.
Ces phrases barbares et le reste du discours d'Aristie ne sont pas assurément tragiques ; mais ce qui est contre l'esprit de la vraie tragédie, contre la décence aussi bien que contre la vérité de l'histoire, c'est une femme de Pompée qui s'en va en Aragon pour prier un vieux soldat révolté de l'épouser.
Vers 28. Mais s'il se dédisoit d'un outrage forcé...
J'aurois peine, seigneur, à lui refuser grâce.
Le mot de dédire semble petit et peu convenable. Peut-être s'il se repentait serait mieux placé. On ne se dédit point d'un outrage.
Vers 41. Vous ravaleriez-vous jusques à la bassesse... Ravaler ne se dit plus.
Vers 45 Laissons pour les petites âmes
Ce commerce rampant de soupirs et de flammes.
L'abbé d'Aubignac condamne durement ce commerce rampant, et je crois qu'il a raison ; mais le fond de l'idée est beau. Aristie et Sertorius pensent et s'expriment noblement; et il serait à souhaiter qu'il y eût plus de force, plus de tragique, dans le rôle de la femme de Pompée.
A^ers 49. Unissons ma vengeance à votre politique, Pour sauver des abois toute la république.
On n'a jamais dû dire sauver des abois, parce qa^abois signifie les derniers soupirs, et qu'on ne sauve point d'un soupir ; on
sauve d'un péril, et on tire d'une extrémité ; on rappelle des portes de la mort; on ne sauve point des abois. Au reste, ce mot abois est pris des cris des chiens qui aboient autour d'un cerf forcé, avant de se jeter sur lui.
Vers 63. Si votre hymen m'élève à la grandeur sublime...
Chwideur sublime n'est plus d'usage. Ce terme sublime ne s'emploie que pour exprimer les choses qui élèvent l'âme : une pensée sublime, un discours sublime. Cependant, pourquoi ne pas appeler de ce nom tout ce qui est élevé ? On doit, ce me semble, accorder à la poésie plus de liberté qu'on ne lui en donne. {C'est surtout aux bons auteurs qu'il appartient de ressusciter des termes abolis, en les plaçant avantageusement! M ais aussi remarquons que rang sublime vaut bien mieux que grandeur sublime : pourquoi ? C'est que sublime joint avec rang est une épithète nécessaire : sublime apprend que ce rang est élevé ; mais sublime est inutile avec grandeur X^q vous servez jamais d'épithètes que quand elles ajouteront beaucoup à la chose J
Vers 6b. Tandis qu'en l'esclavage un autre hymen l'abîme.
Le mot d'abîme ne convient point à Fesclavage. Pourquoi diton abimè dans la douleur, dans la tristesse, etc. 2 C'est qu'on y peut ajouter l'épithète àQ profonde; mais un esclavage n'est point profond. On ne saurait y être abîmé. "fîi y a une infinité d'expressions louches qui font peine au lecteur ; on en sent rarement la raison, on ne la cherche pas même; mais il y en a toujours une, I et ceux qui veulent se former le style doivent la chercher.
Vers 69. Tout mon bien est encor dedans l'incertitude.
Il semble que son bien consiste à être incertaine. Quand on dit tout mon bien est dans V espérance, on entend que le bonheur consiste à espérer. L'auteur veut dire tout mon bien est incertain.
Vers 72. Tant que de cet espoir vous m'ayez répondu.
On ne répond point d'un espoir : on répond d'une personne, d'un événement. Tant que n'est pas ici français en ce sens.
Vers 78. J'adore les grands noms que j'en ai pour otages, Et vois que leur secours, nous rehaussant le bras, Auroit bientôt jeté la tyrannie à bas.
Des noms pour otages, des secours qui rehaussent le bras, et qui jettent la tyrannie a bas, sont des expressions trop impropres, trop triviales; ce style est trop obscur et négligé. Un secours qui