‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 219 sur 574 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Vers \ Que direz-vous, madame,

Du dessein téméraire où s'échappe mon àme?

Une âme ne s'échappe point à un dessein.

Vers 23. Pour qui de tous ces rois êtes-vous sans soupçon?

C'est un barbarisme de phrase. On soupçonne quelqu'un, on a des soupçons, on jette des soupçons sur lui ; on n'a pas des soupçons pour quelqu'un, comme on a de l'estime, de l'amitié, de la haine pour quelqu'un. Il est vraisemblable que c'est une faute ancienne des imprimeurs, et qu'on doit lire : Sur qui de tous ces rois êtes-vous sans soupçon?

Vers 34. Digne d'être avoué de l'ancienne Rome,

Il en a la naissance, il en a le grand cœur.

Cette phrase signifie : il a la naissance de Rome, il a le grand cœur de Rome. On sent bien que l'auteur veut dire : il est né Romain, il a la valeur d'un Romain; mais il ne suffit pas qu'on puisse l'entendre, il faut qu'on no puisse pas l'entendre autrement.

Vers 38. Libéral, intrépide, affable, magnanime;

Enfin, c'est Perpenna sur qui vous emportez...

— J'attendois votre nom après ces qualités. Les éloges brillants que vous daignez y joindre

Ne me permettoient pas d'espérer rien de moindre... Si vos Romains ainsi choisissent des maîtresses, A vos derniers tribuns il faudra des princesses.

— Madame... — Parlons net sur ce choix d'un époux.

Cette réponse est fort belle; elle doit toujours faire un grand effet. Les vers suivants semblent l'affaiblir. Parlons net sent un peu trop le dialogue de comédie, et le mot de maîtresse n'a jamais été employé par Racine dans ses bonnes pièces \

Vers 50 Un pareil amour sied bien à mes pareilles.

Un amour qui sied bien, ou qui sied mal, ne peut se dire : il semble qu'on parle d'un ajustement. On doit éviter le mot de mes pareilles ; il est plus bourgeois que noble.

Vers 33. Je le dis donc tout haut, afin que l'on m'entende.

Viriate n'élève pas ici la voix; elle parle devant sa confidente, qui connaît ses sentiments : ainsi ce vers n'est qu'un vers de comédie, qui ne devait pas avoir place dans une scène noble.

Vers 57. Mais si de leur puissance ils vous laissent l'arbitre, Leur foiblesse du moins en conserve le titre.

Être arbitre des rois se dit très-bien, parce qu'en efïet des rois peuvent cboisir ou recevoir un arbitre ; on est l'arbitre des lois, parce que souvent les lois sont opposées l'une à l'autre ; l'arbitre des États qui ont des prétentions, mais non pas l'arbitre de la puissance ; encore moins a-t-on le titre de sa puissance.

Vers 59. Ainsi ce noble orgueil qui vous préfère à tous En préfère le moindre à tout autre qu'à vous.

Elle veut dire préfère le moindre des rois à tout autre Romain que vous.

Vers 61. Car enfin, pour remplir l'honneur de ma naissance...

On soutient l'honneur de sa naissance; on remplit les devoirs de sa naissance; mais on ne remplit point un honneur. Encore une fois, rien n'est si rare que le mot propre.

1. « On le trouve, dit Palissot, dans Bajazet, dans Britannicus, dans 31itJiridate, et par conséquent dans les bonnes pièces de Racine. Voltaire lui-même Ta employé plus d'une fois dans Zaïre. »

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