‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 249 sur 574 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Vers I. Sertorius est mort; cessez d'être jalouse,

Madame, du haut rang qu'aurait pris son épouse; Et n'appréhendez plus, comme de son vivant, Qu'en vos propres États elle ait le pas devant.

C'est une chose également révoltante et froide que l'ironie avec laquelle cet assassin vient répéter à Viriate ce qu'elle lui avait dit au second acte, qu'elle craignait qu'Aristie ne prît le pas devant.

Il vient se proposer avec des qualités où Viriate trouvera de quoi mériter une reine. Son bras l'a dégagée d'un choix abject. Enfin il fait entendre à la reine qu'il est plus jeune que Sertorius. Il n'y a point de connaisseur qui ne se rebute à cette lecture ; le seul fruit qu'on en puisse retirer, c'est que jamais on ne doit mettre un grand crime sur la scène qu'on ne fasse frémir le spectateur ; que c'est là où il faut porter le trouble et l'effroi dans l'âme, et que tout ce qui n'émeut point est indigne de la scène tragique.

C'est une règle puisée dans la nature, qu'il ne faut point parler d'amour quand on vient de commettre un crime horrible, i moins par amour que par ambition. Comment ce froid amour I d'un scélérat pourrait-il produire quelque intérêt? Que le forcené I Ladislas, emporté par sa passion, teint du sang de son rival, se 1 jette aux pieds de sa maîtresse, on est ému d'horreur et de pitié, l Oreste fait un effet admirable dans Andromaque, quand il paraît î \ devant Hermione, qui l'a forcé d'assassiner Pyrrhus. Point de \ jgrands crimes sans de grandes passions qui fassent pleurer pour ■ le criminel même : c'est là la vraie tragédie.

Vers 7 Ce coup heureux saura vous maintenir.

Un coup qui saura la maintenir! Voilà encore ce mot de savoir aussi mal placé que dans les scènes précédentes.

Vers 25. Lâche, tu viens ici braver encor des femmes !

Pourquoi Aristie ne fait-elle aucun effet? C'est qu'elle est de trop dans cette scène.

Vers 43. Cependant vous pourriez, pour votre heur et le mien, Ne parler pas si haut à qui ne vous dit rien.

sont des vers de Jodelet ; et je ne vous dis rien, après lui avoir parlé assez longtemps, est encore plus comique

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