AVERTISSEMENT AU LECTEUR
Depuis trente ans que M. Mairet a fait admirer sa Sophonisbe sur notre théâtre, elle y dure encore;... elle a des endroits inimitables... Le démêlé de Scipion avec Massinisse et le désespoir de ce prince sont de ce nombre.
On voit que Corneille était alors raccommodé avec Mairet, ou qu'il craignait de choquer le public, qui aimait toujours l'ancienne Sophonisbe. C'est dans cette scène où Scipion fait à Massinisse des reproches de sa faiblesse, qu'on trouve ce vers énergique ;
Massinisse en un jour voit, aime, et se marie!
Ce vers est la critique de tant d'amours de théâtre, qui commencent au premier acte, et qui produisent un mariage au dernier.
Je ne m'aperçus point qu'on se scandalisât de voir, dans Sertorius^ Pompée mari de deux femmes vivantes, dont l'une venoit chercher un second mari aux yeux mêmes de ce premier.
C'est qu'Aristie est répudiée, et on la plaint ; Sophonisbe ne l'est pas, et on la blâme.
J'aime mieux qu'on me reproche d'avoir fait mes femmes trop héroïnes... que de m'entendre louer d'avoir efféminé mes héros par une docte et sublime complaisance au goût de nos délicats, qui veulent de l'amour partout.
Ce n'est point Racine que Corneille désigne ici. Ce grand homme, qui n'a jamais efféminé ses héros, qui n'a traité l'amour que comme une passion dangereuse, et non comme une galanterie froide, pour remplir un acte ou deux d'une intrigue languissante; Racine, dis-je, n'avait encore publié aucune pièce de théâtre : c'est de Quinault dont il est ici question. Le jeune Quinault venait de donner successivement Stratonîce, Amalasonte, le Faux Tiberinus, Astrale. Cet Astrale surtout, joué dans le même tem])s q\iG SopJionisbe, avait attiré tout Paris, tandis que Sophonisbe était négligée. Il y a de très-belles scènes dans Astrale; il y règne surtout de l'intérêt : c'est ce qui fit son grand succès. Le