‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 28 sur 574 · ACTE II, SCÈXE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈXE VII

Vers 19. Je voulois donc, seigneur, qu'une flamme si belle Portât votre courage aux vertus dignes d'elle, etc.

La réponse de Léontine ne peut qu'inspirer beaucoup de défiance à Martian, qui se croit Héraclius. Je voulais vous rendre amoureux de votre sœur afin de vous inspirer l'ardeur de venger votre père. Ce discours subtil doit indigner Martian ; il doit répondre : X'aviez-vous pas d'autres moyens? ^'êtes-yous pas une très-mécliante et très-imprudente femme, d'avoir pris le parti de nrexposer à être incestueux ? Ne valait-il pas mieux m'apprendre ma naissance ? Sur quoi pensez-vous que le motif de venger mon père ne m'eût pas suffi ? Fallait-il que je fusse amoureux de ma sœur pour faire mon devoir ? Comment voulez -vous que je croie la mauvaise raison que vous m'alléguez ?

Vers 25. Et j'ose dire encor qu'un bras si renommé

Peut-être auroit moins fait si le cœur n'eût aimé.

Un bras renommé ^ !

Vers 27. Achevez donc, seigneur, et puisque Pulchérie Doit craindre l'attentat d'une aveugle furie...

Elle veut parler du mariage proposé par Pliocas ; mais ce n'est pas là une aveugle furie.

Vers 29. Peut-être il vaudroit mieux moi-môme la porter A ce que le tyran témoigne en souhaiter.

Cela est trop prosaïque. Ce sont là des discussions, et non pas des mouvements tragiques.

Vers 40. Et quand même l'issue en pourroit être bonne, Peut-être il m'est honteux de reprendre l'État Par l'infâme succès d'un lâche assassinat.

On reprend la couronne, l'empire, mais non pas l'État ; et Vissue bonne est trop prosaïque.

Vers 43. Peut-être il vaudroit mieux, en tête d'une armée,

^ Faire parler pour moi toute ma renommée. / /

Voyez comme ce mot toute gâte le vers, parce qu'il est superflu. 1 /

Vers 4o. Et trouver à l'empire un chemin glorieux

Pour venger mes parents d'un bras victorieux.

Il semble, par la phrase, que c'est d'un bras ennemi victorieux, du bras de Pbocas, qu'il vengera ses parents ; et l'auteur

1. « En poésie, remarque Palis-ot. tout ce qui se dit d'une personne peut se dire également de son bras, qui est pris alors pour la personne même. »

cntoiul que le bras victorieux de Martian, cru Héraclius, les vengera.

Vers 47. C'est dont je vais résoudre avec cette princesse,

Pour qui non plus l'amour, mais le sang m'intéresse.

Cela n'est pas français ; et d'ailleurs les grands mouvements nécessaires au théâtre manquent à cette scène.

Vers dern. Adieu.

Martian n'a joué dans cette scène qu'un rôle froid et avilissant. Léontine se moque de lui. Il n'agit point, il ne fait rien, il n'aime point, il n'a aucun dessein, aucun mouvement tragique; il n'est là que pour être trompé.

Page 1