SCÈNE DERNIÈRE
Vers 22. Non, je ne pleure point, madame, mais je meurs.
Ce vers fournira la seule remarque qu'on croie devoir faire sur la tragédie de Suréna, Je ne pleure point, mais je meurs serait le sublime de la douleur si cette idée était assez ménagée, assez préparée pour devenir vraisemblable : car le vraisemblable seul peut toucher. Il faut, pour dire qu'on meurt de douleur, et pour en mourir en effet, avoir éprouvé, avoir fait ^oir un désespoir si violent qu'on ne s'étonne pas qu'un prompt trépas en soit la suite ; mais on ne meurt pas ainsi de mort subite après avoir fait des raisonnements politiques et des dissertations sur l'amour. Levers par lui-même est très-tragique ; mais il n'est pas amené par des sentiments assez tragiques. ttle n'est pas assez qu'un vers soit beau, il faut qu'il soit placé, et qu'il ne soit pas seul de son espèce dans la foule. •
i. Toutes ces déclarations de Voltaire ne se trouvent naturellement que dans la seconde édition des Commentaires, illi. 2. Horace, livre P'', chap. iv, vers 9.