SCÈNE II
Vers 17. Ciel! faut-il que ce cœur qui se sent déchirer, Contre un sujet ingrat tremble à se déclarer? Que ma mort qu'il résout me demandant la sienne, Une indigne pitié m'étonne, me retienne, etc.
Il est clair que si Essex a conspiré contre la vie d'Elisabeth, elle ne doit pas se borner à dire : il verra ce que c'est que cVoutrager sa reine ; et s'il s'en est tenu à s'être caché cet amour où pour lui le cœur cVÈlisabeth est attaché, elle ne doit pas dire qu'il a conspiré sa mort. Ce n'est point ici une amante désespérée, qui dit à son amant infidèle qu'il la tue ; c'est une vieille et grande reine qui dit positivement qu'on a voulu la détrôner et la tuer. Elle ne dit donc point du tout ce qu'elle doit dire ; elle ne parle ni en amante abandonnée, ni en reine contre laquelle on conspire; elle mêle ensemble ces deux attentats si différents l'un de l'autre; elle dit : j'ai souffert jusqu'ici malgré ses injustices. L'injustice était un peu forte de vouloir lui ôter la vie. // faut, en l'abaissant, étonner les ingrats. Quoi ! elle prétend qu'Essex est coupable de haute trahison, de lèse-majesté au premier chef, et elle se contente de dire quHl faut l'abaisser, qu'il faut étonner les ingrats Ip^âYone que tous ces termes si mal mesurés, si peu convenables à la situation, et qui ne disent rien que de vague, cette obscurité, cette incertitude, ne me permettent pas de prendre le moindre intérêt à ces person-