ÉCRITE PAR BERNARD DE FONTENELLE, SON NEVEU
11 fit la comédie de Mélile, qui parut en 1623... et sur la confiance qu'on eut du nouvel auteur qui paroissoit, il se forma une nouvelle troupe de comédiens.
Comme on a promis des notes grammaticales, il est juste d'observer que la confiance du nouvel auteur est une faute de langue. On a de la confiance en quelqu'un, dans le mérite et les talents de quelqu'un, mais non pas du mérite et des talents. On a de la défiance de, et de la confiance en. Cette remarque est pour les étrangers ; ils pourraient être induits en erreur par cette inadvertance de M. de Fontenelle, qui écrivait d'ailleurs avec autant de pureté que de grâce et de finesse.
Il est certain que ces [premières] pièces ne sont pas belles; mais, outre qu'elles servent à l'histoire du théâtre, elles servent beaucoup aussi à la gloire de Corneille.
Ce qu'on ne peut lire ne peut guère servir à la gloire de l'auteur. La gloire est le concert des louanges constantes du public. Deux ou trois littérateurs qui diront d'un mauvais ouvrage en soi : cet ouvrage était bon pour son temps, ne procureront à l'auteur aucune gloire. Corneille n'est point un grand homme pour avoir fait de mauvaises comédies, bien moins mauvaises que celles de son temps, mais pour avoir fait des tragédies infiniment supé-
1. Voltaire, en réimprimant cet opuscule, y avait fait des changements et des coupures. Je n'ai pas besoin de dire que ses remarques ne portent que sur des phrases qui sont de Fontenelle. (B.)