‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 448 sur 574 · JUPITER, MERCURE · texte numérisé non relu

JUPITER, MERCURE

JL"PITER.

Je deviens vieux, Mercure, et depuis trois mille ans Jupiter n'a plus de maîtresse.

MERCURE

Mais dans Fontainebleau quel est votre dessein ?

JUPITER

Je prétends des Français y remplir l'espérance, Et leur faire un heureux destin.

MERCURE

Vous vous y prenez mal, il pleut toujours en France; Leurs clameurs vainement demandent les beaux jours.

1. Nous voyons dans une lettre de M. de Voltaire à M'""^ la présidente de Bernières, du 17 septembre 1725, qu'il avait préparé un divertissement pour le jour du mariage de Louis XV, mais qu'on n'en fit point usage. Le premier gentilhomme de la chambre du roi alors en exercice, ne l'ayant pas trouvé apparemment assez analogue à la circonstance, le rejeta, et fit donner pour spectacle à la jeune reine, le jour de ses noces, la comédie d'Amphitryon et celle du Médecin malgré lui, choix qui dut paraître un peu singulier. C'est sans doute ce même divertissement, composé par M. de Voltaire, que nous retrouvons dans nos manuscrits ; il est imprimé ici pour la première fois. Le lecteur sera à même de juger si ce poëme, orné probablement de musique et de danse, n'était pas plus convenable à la fête nuptiale, et plus propre à intéresser les augustes personnages qui en étaient l'objet, que le spectacle qu'on leur a donné. (A'ofe du premier éditeur.)

JUPITER

Les mortels se plaignent toujours ; C'est assez qu'on soit dieu, prince, ou d'un rang suprême,

Pour être en butte à leurs discours; Eh bien, ils les auront, j'en jure par moi-même, Ils les auront ces jours doux, tranquilles, sereins. Qu'ils ne se plaignent plus, une aimable princesse Va faire en arrivant le bonheur des humains : Sa grâce m'a charmé, sa vertu m'intéresse ; Au trône des Français je veux l'associer.

Pour jamais je la favorise ; Enfin si Jupiter était à marier

C'est pour moi que je l'aurais prise.

MERCURE

Vous êtes, sans dissimuler.

Un parti fort honnête, une bonne alliance.

Mais c'est un joli pis-aller

De se trouver reine de France.

Seigneur, dans cet hymen quel sera mon emploi ? Je fais peu, comme on sait, d'honnêtes mariages ;

Et Jupiter, l'Amour, et moi, N'ont servi jusqu'ici qu'à troubler les ménages.

JUPITER

Charge-toi des plaisirs de la reine et du roi. Invente quelque fête, et qu'elle réjouisse.

MERCURE

Et les grands sont-ils donc gens que l'on divertisse ? Rien peut-il réveiller leur goût trop dédaigneux? Nés au sein des plaisirs, rien n'est plaisir pour eux.

Par quelle fête et par quels jeux Pourrais-je ranimer la froide indifférence

Qui semble régner auprès d'eux?

JUPITER

Quand tu ne serais pas le dieu de l'éloquence,

Il est plus aisé qu'on ne pense.

Mon fils, de divertir la cour ; Un rien suffit pour plaire, un fou souvent amuse.

MERCURE

Et voilà, Dieu puissant, ce qui n'a point d'excuse.

Quoi ! tandis qu'un bouffon exciterait les ris,

Les beaux-arts languissants seraient dans le mépris?

Jl faut des jeux aux rois, mais des jeux honorables :

La noble bienséance en doit faire le prix ;

Et jusqu'à leurs plaisirs je les veux respectables.

JUPITER

Va donc, s'il est ainsi, trouver cette princesse, De qui l'hymen est arrêté ;

Les plaisirs et la sagesse

Sont toujours à son côté.

Prépare en ce grand jour une fête immortelle. Digne du dieu des arts, et surtout digne d'elle.

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