‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 47 sur 574 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Toute cette scène de Léontine est très-belle en son genre, car Léontine dit tout ce qu'elle doit dire, et le dit de la manière la plus imposante. La seule chose qui puisse faire de la peine, c'est que cette Léontine, qui semblait dès le second acte conduire l'action, qui voulait qu'on se reposât de tout sur elle, n'agit point dans la pièce, et c'est ce que nous examinerons, surtout au cinquième acte.

Vers 33. Je m'en consolerai quand je verrai Phocas

Croire affermir son sceptre en se coupant le bras, Et de la môme main son ordre tyrannique A^enger Héraclius dessus son fils unique.

Un ordre n'a point de main, et la phrase est trop incorrecte.

Je verrai Phocas se couper le bras, et son ordre venger Héraclius de la même main !

Vers 47. Tant ce qu'il a reçu d'heureuse nourriture

Dompte ce mauvais sang qu'il eut de la nature.

Ce terme, nourriture, mérite d'être en usage ; il est très-supérieur à éducation, qui, étant trop long et composé de syllabes sourdes, ne doit pas entrer dans un vers.

Vers 53. 11 seroit lâche, impie, inhumain comme toi.

Remarquez que dans le cours de la pièce Phocas n'a été ni lâche, ni impie, ni inhumain ; ces injures vagues sentent trop la déclamation, et encore une fois une domestique ne parle point ainsi à un empereur dans son propre palais. Qu'il serait beau de faire sous-entendre toutes les injures que disent Léontine et

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