A MADEMOISELLE SALLE
Les Amours, pleurant votre absence,
Loin de nous s'étaient envolés;
Enfin les voilà rappelés
Dans le séjour de leur naissance.
Je les vis, ces enfants ailés.
Voler en foule sur la scène :
Pour y voir triompher leur reine,
Les états furent assemblés;
Tout avait déseité Cythère,
Le jour, le plus beau de vos jours,
Où vous reçûtes de leur mère
Lt la ceinture et les atours.
Dieux! quel fut Taimable concours
Des Jeux qui, marchant sur vos traces,
Apprirent de vous pour toujours
Ces pas mesurés par les Grâces,
Et composés par les Amours !
Des Ris l'essaim vif et folâtre,
Pour contempler ces jeux charmants,
Avait occupé le théâtre
Sous les formes de mille amants;
Vénus et ses nymphes, parées
De modernes habillements.
Des loges s'étaient emparées.
Un tas de vains perturbateurs,
Soulevant les flots du parterre,
1. Cette épître a été imprimée sans nom d'auteur clans le Mercure de 1731. Elle est depuis longtemps dans les OEuvres de Voltaire, qui semble s'en avouer l'auteur par sa lettre à Thieriot du 14 juillet 1733. Mais il l'a désavouée dans une de ses notes sur le Dialogue de Pégase et du Vieillard. Dans sa lettre à Thieriot du 10 mars 1736, Voltaire la donne à Bernard. Elle fait partie des Œuvres de ce poëte. (B.) — Voyez le tome I'''" de la Correspondance, lettre 349.
A vous, à vos admirateurs,
Vint aussi déclarer la guerre.
Je vis leur parti frémissant,
Forcé de changer de langage,
\'ous rendre en pestant leur hommage,
Et jurer en applaudissant.
Restez, fille de Terpsichore :
L'Amour est las de voltiger;
Laissez soupirer l'étranger,
Brûlant de vous revoir encore.
Je sais que, pour vous attirer.
Le solide Anglais récompense
Le mérite errant, que la France
Ne fait tout au plus qu'admirer.
Par sa généreuse industrie.
Il veut en vain vous rappeler :
Est-il rien qui doive égaler
Le suffrage de sa patrie ^ ?
VERS