REMARQUES DE VOLTAIRE SUR LES NOTES DE SAINT-SAPHORIN
Pourquoi en parles-tu donc ?
Cela n'est pas vrai; Corneille et Despréaux sont pleins de force.
Pour deux raisons : parce que le sujet est très-beau d'ailleurs, et que la religion catholique est plus poétique que la protestante.
Ce n'était pas à moi à en parler.
Je n'ai qu'un seul vers sur la messe.
Je n'ai pas été si bien reçu à
1. Vous trouverez dans la Correspondance, sous le n<» 107, une lettre de Voltaire à M. Isaac Gambiague, à Londres, dans laquelle il lui annonce l'envoi d'un exemplaire de la Henriade. Cet exemplaire lui fut remis en effet. Après sa mort, en 1728, cet exemplaire passa aux Pelissari, famille italienne réfugiée à Genève. Un homme de beaucoup d'esprit, qui a joué un rôle politique assez important à la fin du règne de Louis XIV, Pesme de Saint-Saphorin, gentilhomme du pays de Vaud, qui soutenait les intérêts protestants contre l'influence française dans la guerre de la succession d'Espagne, s'en empare et l'annote. Cet exemplaire annoté revient à Voltaire alors qu'il est fixé sur les bords du Léman, et il s'amuse à le contre-annoter.
Ces notes ont été imprimées par M. Gaulieur dans VAthenœum français, 3« année, pages 753-754, 12 avril 1854.
2. Ici Saint-Saphorin s'exprime d'une manière fort injurieuse à l'égard des cérémonies du culte catholique. {Note de M. E.-H. Gaulieur.)
aille en France avec un livre contre le papisme et contre les cardinaux; je demande si le cardinal de Fleury lui donnera des dîners à sa maison de campagne et si la cour fera imprimer son livre par souscription.
M. de Voltaire introduit un vieillard catholique romain qui prédit que notre religion (la protestante) sera bientôt détruite. Je dis, moi, au contraire, qu'il y a plus d'apparence que le papisme sera à sa fin plus tôt que le protestantisme.
Un culte si nouveau ne peut durer toujours. Des caprices de l'homme il a tiré son être : On le verra partir ainsi qu'on l'a vu naître.
J'applique ces vers de M. de Voltaire au papisme, avec la permission de l'auteur : car ni saint Paul, ni saint Jean, ni saint Pierre, n'ont dit la messe ni n'ont fait l'office des morts, ni n'ont eu des images, ni n'ont eu la confession auriculaire, ni la transsubstantiation. C'est tout cela qui a tiré son être des caprices de l'homme.
Henri IV changeait de religion comme de maîtresse ; mais les poètes sont comme les théologiens : Dieu est leur machine. Il semble que ces deux professions aient pour but de nous tromper avec des paroles; voilà pourquoi les premiers théologiens furent poètes.
Allons, monsieur de Voltaire, pendant que vous êtes à nous parler des suppôts de la cour de Rome, quelques touches de votre pinceau sur l'infaillibilité, et je vous ferai une souscription pour ce seul endroit.
Je prends mon parti de la clémence de Henri IV. Elle tire des larmes. Mais saint Louis fait rire quand il va prier le bon Dieu d'envover Henri IV à la messe.
Londres que vous me le reprochez.
La Henriade par souscriptions n'a pas rapporté ce qu'on a bien voulu dire.
Je ne m'y oppose pas.
Répondra à cela qui pourra.
Plût à Dieu qu'il n'y en eût point d'autres!
J'accepte la proposition ; tope !
C'est toi qui me fais rire.
(Suivent d'autres critiques auxquelles Voltaire se dispense de répondre.)